_De la charité qu'il avoit vers les pélerins, de sa quantité et des
accidents de sa personne. Puis de son habit et de sa manière de vivre; puis
de ses meurs et coment il estoit sobre et attempré._
Homme fu plain de grant charité vers estranges gens et vers pélerins
meismement; si grand cure avoit de les recevoir et tant y en venoit et si
souvent, que la multitude ne sembloit pas estre à charge au palais tant
seulement, mais partout le royaume de France. Mais le bon roy qui avoit la
bonne renommée quant au monde, tout ne feist-il pas force, aussi
attendoit-il le mérite, quant en ce à Dieu; pour ce ne luy estoit à charge
né à grief[514].
Note 514: Je doute que notre traducteur comprit mieux sa phrase que
celle d'Eginhard. Voici cette dernière: «Ipse tamen, præ magnitudine
animi hujusce modi pondere minimè gravabatur, cùm etiam ingentia
incommoda laude liberalitatis ac bonæ famæ mercede compensaret.»
[515]Homme fu de grant corps et de fort estature et non mie trop grant.
Sept piés avoit de long, à la mesure de son pié; le chief avoit réond, les
yeux grans et gros et si clers que quant il estoit courroucié, ils
replandissoient comme escarboucle[516], le nés avoit grant et droit et un
pou hault par le milieu. Brune chevelure, la face vermeille lie et
alegre[517]; de si grant force estoit qu'il estendoit trois fers de cheval
tous ensemble légièrement, et levoit un chevalier armé sus sa paume, de
terre jusques à mont. De Joieuse son espée coupoit un chevalier tout armé;
de tout nombre estoit bien taillié. Six espans avoit de ceint sans ce qui
pendoit dehors la boucle de sa courroye.