_Coment les deus frères partirent le royaume, et des premières batailles
que le roy Charles fist en Acquitaine, et coment le roy Desier de Pavie fit
pris et envoié en esil, et du privilége que l'apostole Adrien donna à la
couronne de France_.
Jusques cy, avons parlé briefment de ses victoires: ci parlerons plus
plainement de chacune, par ordre, et comment il vint à terre tenir après la
mort son père. [260]Après le décès du roy Pepin, ses deux fils Charles et
Charlemaines départirent le royaume par l'accort des barons, et régna
chascun en sa partie. Charles estoit ainsné et fut couronné en la cité de
Loon, et Charlemaines le mainsné, en la cité de Soissons. Après son
couronnement s'en ala Charlemaines à Ais-la-Chapelle; là, célébra la
solennité de la Nativité, et celle de la Résurrection en la cité de Rouen.
(Appelé fu en son prénom Charles, et après Charlemaines, par ses
merveilleuax fais. Car Charlemaines vault autant à dire comme
Charles-le-Grant[261].) La province d'Acquitaine qui en la partie
Charlemaines estoit venue ne put demourer en paix, pour aucuns remanens de
la guerre qui devant y eut esté, et que le roy Pepin n'avoit pas encore
bien achevée au jour qu'il trespassa. Car le duc Hunaut[262], qui béoit à
avoir le royaume, esmut les grans et les puissans hommes de la terre[263] à
commencier guerre contre le nouveau roy, et le roy assembla ses osts et
s'esmut contre luy moult efforciement. Auparavant il manda son frère le roy
Charlemaines au parlement, et luy requist qu'il luy aidast. Il ne luy voult
aider pourceque ses barons lui desloèrent[264]. En son royaume demoura, et
cil ostoia contre ses ennemis tout droit vers la cité d'Angoulesme. Le duc
chacia et s'en faillit bien petit qu'il ne fut prins. Mais il se garantit
par les destroits et par les forteresces des lieux qu'il cognoissoit, où
l'en ne pouvoit pas légièrement né seurement entrer. A la parfin guerpi
tout le païs et s'en fouyt au duc Lup de Gascongne; en sa garde se mist et
lui requist qu'il le garentist. Mais le roy Charles, quant il sceut qu'il
s'en fut fouy, manda au duc qu'il luy rendist son traiteur et son fuitif;
et sé il ne faisoit ce, il pouvoit estre certain qu'il entreroit en
Gascongne à tout son ost et ne s'en partiroit, devant ce qu'il fust de luy
vengié. Le duc Lup, qui forment se douta du roy, luy envoia le duc Hunaut,
sa femme et ses enfans, et luy manda qu'il estoit tout prest d'obéir à luy
et d'accomplir tous ses commandemens. Le roy atendi les messages au lieu
meisme dont il estoit meu, et il fonda tandis un chastel qui a nom
Frontenoy[265], sur la rivière de Dordonne.
Note 260: Ici notre traducteur va laisser Eginhard le biographe pour
reprendra la suite des Annales attribuées au même auteur. Voyez
ci-dessus le dernier alinéa du cinquième livre.
Note 261: Cette phrase est le fait du traducteur.