[36]_Incidence._ Mais avant que ce avenist que nous avons ici conté, au
tems que le roy d'Austrasie estoit encore en vie, assambla-il ses osts et
alla à bataille contre Radulphe le roy de Toringe. En ce tems n'a voit
encore nul hoir de son corps né nul n'en povoit avoir, et pour le désespoir
en quoi il estoit chéus, fonda-il douze abaies en son royaume. Si estoient
son coadjuteur et ministre Grimoart le mestre de son palais et Remacle
évesque de la cité du Traet[37].
Note 36: Le fonds de cet alinéa se trouve dans le texte de la _Vita
Sigiberti regis Austrasiæ, cap._ 4 et 5, et dans la chronique de
Sigebert, moine de Gemblours (année 651).
Note 37: _Du Traet._ Ou _Trajectum_; ce n'est pas _Utrecht_, mais
Maestrick, où le siége épiscopal de Tongres fut d'abord transporté,
puis ensuite à Liège. Le biographe de Sigebert III écrit: _Remaclo
Tungrensis episcopo._
[38]_Incidence_. Itte, qui a voit esté femme le premier Pepin mestre du
palais d'Austrasie, se voua et donna à Dieu, elle et ses choses, par
l'amonestement et le conseil saint Amant: une abaïe de nonnains fonda à
Nivele et fist abbesse du lieu une sienne fille pucelle et vierge qui avoit
nom Gertrus. [39]En ce tems revint en France saint Fursin, l'abaie de
Laigni fonda par la volonté du roy Loys, qui moult honnourablement le
reçut. Peu de tems après resplendirent en bonnes euvres au royaume de
France ses deux frères, saint Follene et saint Ultane: et fonda ce saint
Follene en ce tems l'abaïe Saint-Mor des fossés par le don d'une vierge qui
avoit nom Gertrus; léans mesme gist-il par martire couronné.[40] En ce
mesme tems florissoient en bonnes euvres au royaume de France saint Eloy
évesque de Noion, saint Oain[41] archevesque de Rouen, saint Philibert en
hermitage, saint Richier en Ponthieu[42] et saint Germer à Flai. Ansegise,
le fils saint Ernoul, évesque de Metz, qui selon l'opinion d'aucuns fu dit
Anchise, vivoit en ce tems: si avoit espousée Begue, fille au premier Pepin
le mestre du palais Sigebert roy d'Austrasie, et seur Grimoart.[43] De cet
Ansegise ou Anchise qui fu fils saint Ernoul, fu fils le second Pepin, qui
estoit nommé Pepin le brief, qui engendra le noble prince Charles-Martel, si
comme l'histoire dira ci-après. Charle Martiau fu père Pepin le tiers, qui
fu père au grant roi Charlemaine: et par ce puet-on prouver que la ligniée
de Mérovée continua sans faillir jusques à Charlemaine le grant.
Note 38: _Sigiberti Gemblacensis monachi Chronicon. Anno_ 650.
Note 39: Cette mention de saint Fursin est citée par Jacques de Guise
d'après la chronique de Sigebert; mais c'est en vain que nous l'y
avons cherchée. Aimoin avoit auparavant placé le même fait sous le
règne de Clovis Ier. Mais notre traducteur qui l'avoit d'abord suivi
(voyez tome 1er, note 88), le rétablit ici à sa véritable place.
Note 40: _Sigiberti monachi Chronicon. Anno_ 649.
Note 41: _Saint Ouen_, ou _Dado_. « Audoenus _qui et Dado_,
Rolhomage.» Texte de Sigebert, cité par Jacques de Guise.
Note 42: _Saint Philibert_, etc. Le texte de la chronique de Sigebert
porte: « Philibertus et Richarius Pontivensis abbatiæ.» Quant à saint
Germer de Flai (_Flaviensis_), c'est d'après son ancien biographe que
notre traducteur en fait mention. _Flai_, plus tard _Saint-Germer_,
est aujourd'hui un Village du département de l'Oise (Picardie).
Note 43: _Vita S. Sigiberti Austrasiæ regis, cap_. 4.