SECOND OFFICIER.--_Boblibindo chicurmurco._

L'INTERPRÈTE, _à l'officier_.--Vous êtes un général miséricordieux. (_A

Parolles._) Notre général vous ordonne de répondre à ce que je vais vous

demander, d'après cet écrit.

PAROLLES.--Et j'y répondrai avec vérité, comme j'espère vivre.

L'INTERPRÈTE, _lisant un interrogatoire par écrit_.--_D'abord lui

demander quelle est la force du duc en fait de chevaux._ Que

répondez-vous à cela?

PAROLLES.--Cinq ou six mille chevaux environ, mais affaiblis et hors de

service: les troupes sont toutes dispersées, et les chefs sont de

pauvres hères: c'est ce que je certifie sur ma réputation, et sur mon

espoir de vivre.

L'INTERPRÈTE.--Coucherai-je par écrit votre réponse?

PAROLLES.--Oui, et j'en ferai serment comme il vous plaira.

BERTRAND.--Oh! cela lui est bien égal! (_A part._) Quel misérable

poltron!

PREMIER OFFICIER, _à Bertrand, avec ironie_.--Vous vous trompez,

seigneur. C'est monsieur Parolles; ce brave militaire (c'était là sa

phrase ordinaire) qui portait toute la théorie de la guerre dans le

noeud de son écharpe, et toute la pratique dans le fourreau de son

poignard.

SECOND OFFICIER.--Je ne me fierai jamais à un homme, parce qu'il aura

soin de tenir son épée luisante; ni ne croirai qu'il possède tous les

mérites, parce qu'il porte bien son uniforme.

L'INTERPRÈTE, _à Parolles_.--Allons, la réponse est écrite.

PAROLLES.--Oui, cinq ou six mille chevaux environ, comme je l'ai

dit.--Je veux dire le nombre juste, ou à peu de chose près.

Écrivez-le;--car je veux dire la vérité.

PREMIER OFFICIER.--Il approche de la vérité là-dessus.

BERTRAND.--Mais, vu la manière dont il le dit, je ne choisirai pas mes

mots pour l'en remercier, vu la manière dont il l'a dit.

PAROLLES.--De pauvres hères: je vous prie, écrivez-le.

L'INTERPRÈTE.--Bon; cela est écrit.

PAROLLES.--Je vous en remercie bien. La vérité est la vérité. Ce sont de

bien pauvres hères!

L'INTERPRÈTE, _lisant_.--_Lui demander quelle est la force de son

infanterie._ (_A Parolles._) Que dites-vous de cela?

PAROLLES.--Sur ma foi, monsieur, quand je n'aurais plus que cette heure

à vivre, je dirai la vérité.--Voyons. Spurio, cent cinquante; Sébastien,

autant; Corambus autant; Guiltian, Cosmo, Lodovick, et Gratii, deux cent

cinquante chacun; ma compagnie, Chitopher, Vaumont, Bentii, chacun deux

cent cinquante; en sorte que toute la troupe, tant sains que malades, ne

monte pas, sur ma vie, à quinze mille hommes: et il y en a la moitié qui

n'oseraient pas secouer la neige de leur pourpoint, de crainte de tomber

eux-mêmes en morceaux.

BERTRAND.--Que lui fera-t-on?

PREMIER OFFICIER, _à Bertrand_.--Rien autre chose que de le remercier.

(_A l'interprète._) Interrogez-le sur mon état, et sur le crédit dont je

jouis près du duc.

L'INTERPRÈTE, _à Parolles_.--Allons; cela est écrit. (_Lisant._) _Vous

lui demanderez encore s'il y a dans le camp un certain capitaine

Dumaine, un Français: quelle est sa réputation auprès du duc; quelles

sont sa valeur, sa probité, et son expérience dans la guerre; ou s'il ne

croit pas qu'il fût possible avec de bonnes sommes d'or de le corrompre

et de l'engager à la révolte._ (_A Parolles_.) Que dites-vous de

ceci? Qu'en savez-vous?

PAROLLES.--Je vous en conjure, laissez-moi répondre en détail à ces

questions: faites-moi les demandes séparément.

L'INTERPRÈTE.--Connaissez-vous ce capitaine Dumaine?

PAROLLES.--Je le connais: il était apprenti boucher à Paris, d'où il a

été chassé à coups de fouet pour avoir donné un enfant à la servante du

shérif[33], une pauvre innocente, muette, qui ne pouvait lui dire _non_.

[Note 33: Shakspeare place un shérif à Paris; mais shérif veut dire ici

prévôt.]

(Dumaine, en colère, lève la main.)

BERTRAND.--Allons, avec votre permission, tenez vos mains;--quoique je

sache bien que sa cervelle soit vouée à la première tuile qui tombera.

L'INTERPRÈTE.--Ce capitaine est-il dans le camp du duc de Florence?

PAROLLES.--A ma connaissance, il y est: c'est un pouilleux.

PREMIER OFFICIER, _à Bertrand qui le regarde_.--Allons, ne me

considérez pas tant; nous entendrons parler tout à l'heure de Votre

Seigneurie.

L'INTERPRÈTE.--Quel cas en fait le duc?

PAROLLES.--Le duc ne le connaît que pour un de mes mauvais officiers, et

il m'écrivit l'autre jour de le renvoyer de la troupe: je crois que j'ai

sa lettre dans ma poche.

L'INTERPRÈTE.--Ma foi, nous allons l'y chercher.

PAROLLES.--En conscience je ne sais pas: mais ou elle y est, ou elle est

enfilée avec les autres lettres du duc, dans ma tente.

L'INTERPRÈTE _le fouillant_.--La voici: voici un papier: vous le

lirai-je?

PAROLLES.--Je ne sais pas si c'est cela, ou non.

BERTRAND, _à demi-voix_.--Notre interprète fait bien son rôle.

PREMIER OFFICIER.--A merveille.

Tout est bien qui finit bien · 第 39 / 50 题