dimanche de chaque semaine.... Qui m'empêche ces jours-là d'avoir ici,
comme autrefois, des écolières dans la chambre que vous m'avez
conservée? je prierai quelques-unes de mes anciennes élèves de m'en
chercher... et pour que l'amour-propre de mon mari n'en souffre pas, je
donnerai, s'il le faut, les leçons sous mon nom de fille.... De la
sorte, bon père, vous ne manquerez de rien, et....
Pierre Raimond interrompit Berthe en la prenant dans ses bras avec
attendrissement.
--Pauvre chère enfant.... Non... je ne souffrirai pas que tu joignes les
préoccupations de l'étude, du travail, à tes autres chagrins....
--Oh! mon père, ce sera au contraire pour moi la plus charmante des
consolations... voyons... me refuserez-vous le seul bonheur peut-être
dont je puisse jouir?
--Non... eh bien, non... mon enfant bien-aimée... cette résolution est
noble, et belle... l'accepter... c'est l'apprécier ce qu'elle vaut....
--Vous consentez...--s'écria Berthe avec une joie indicible.
--J'y consens... et cette nouvelle marque de l'élévation de ton coeur
m'impose plus que jamais le devoir d'exiger que ton mari te traite avec
les égards, les soins, le respect que tu mérites, et aussi vrai que je
m'appelle Pierre Raimond... non seulement je l'exigerai, mais je
l'obtiendrai.
* * * * *
CHAPITRE XXIV.
DÉCOUVERTE.
Madame de Hansfeld, continuant d'écrire à M. de Morville sous un nom
supposé, avait reçu plusieurs réponses. Un matin (quelques jours après
que M. de Hansfeld eut sauvé la vie du père de Berthe de Brévannes),
Iris, revenant du bureau de la poste restante, apporta une lettre à sa
maîtresse.
Le coeur de la princesse battit de joie en reconnaissant l'écriture de
M. de Morville.
Celle lettre était ainsi conçue:
«Voilà la cinquième fois que j'écris à ma mystérieuse amie, ses
consolations me sont tellement douces et précieuses, elles me viennent
si bien en aide pour supporter la tristesse où me plonge un amour
malheureux, que je ne saurais trop la remercier de son tendre intérêt.
Il y a pour moi un charme singulier dans ces confidences à la fois si
vagues et si précises faites à une inconnue, qui apprécie l'état de mon
coeur avec une délicatesse infinie.... J'ai été frappé de ce que vous me
dites sur _le bonheur d'aimer même sans espoir, de même qu'on aime Dieu
pour Dieu, et de trouver dans la seule dévotion à l'objet adoré une pure
et ineffable félicité_. Vos pensées, à ce sujet, sont en tout si
semblables aux miennes... et cela dans leurs nuances les plus
insaisissables, qu'à force de m'en étonner, il m'est venu à l'esprit une
idée absurde, bizarre, folle.... Cette idée est que... mais non... je
n'oserai pas même vous l'écrire... du moins, avant de vous avoir avoué
une autre de mes croyances.. Je suis fermement convaincu que deux
personnes, passionnément éprises l'une de l'autre, doivent avoir sur
l'amour certaines idées absolument semblables.... Aussi, en conséquence
de toutes mes folles pensées, je suis assez fou pour conclure... que
vous pourriez bien être... la femme que j'aime... sans espoir, et qui, à
un bal de l'Opéra, m'a dit ces mots: _Faust_ et _Childe-Harold_... lors
d'une soirée que je n'oublierai de ma vie.»
En lisant ce passage, madame de Hansfeld tressaillit et devint pourpre
de surprise, de bonheur et de confusion; elle continua de lire avec un
violent battement de coeur.
«Pardonnez-moi cet espoir insensé... Si je me trompe, ces mots seront
incompréhensibles pour vous; si je ne me trompe pas, il peut néanmoins
vous convenir que je _n'aie pas deviné_, alors vous me répondrez que je
suis dans l'erreur, et notre correspondance continuera comme par le
passé.
«Maintenant, par quel pressentiment, par quel instinct ai-je été amené
à croire que ces lettres m'étaient écrites par vous? Je l'ignore....
Sans doute la présence de l'être aimé se manifeste en tout et partout,
même malgré le mystère qui semble le plus impénétrable. Si l'on
distingue entre mille voix... une voix adorée, pourquoi ne
reconnaîtrait-on pas de même l'esprit, la pensée de la femme que l'on
chérit? Si je ne me suis pas trompé... ce phénomène s'expliquerait plus
encore par la sincérité que par la sagacité de mon amour. Alors... je
vous en supplie, ne me refusez pas la seule consolation qui me reste...
j'allais presque dire qui nous reste. Songez à tout le bonheur que nous
pouvons encore espérer de cette correspondance... et puis quelle
confiance absolue, aveugle, doit nous donner l'un pour l'autre mon
étrange découverte! Ne prouverait-elle pas autant en faveur de votre
amour que du mien? Vous ne m'avez pas écrit un mot qui pût vous déceler,
et pourtant je vous ai reconnue.... Oh! de grâce, répondez-moi! Oui,
nous pouvons être encore bien heureux, malgré la barrière
infranchissable qui nous sépare. Croyant n'être pas aimé de vous, je
vous fuyais obstinément, dans la crainte d'augmenter encore les chagrins
d'une passion déjà si malheureuse; mais si vous la partagiez... pourquoi
me refuseriez-vous le bonheur de vous rencontrer souvent... tout en
restant, aux yeux du monde, étrangers l'un à l'autre? J'ai juré... non
de ne plus vous aimer, cela m'était impossible; mais j'ai juré, lors
même que vous répondriez à mon amour, de ne jamais porter atteinte à la
sainteté de vos devoirs, et de ne jamais me présenter chez vous. En
restant fidèle, comme je le dois, à ce serment, quels seraient nos
torts? qu'aurions-nous à redouter? N'êtes-vous pas liée par votre amour
comme je le suis par ma parole... parole dont je ne serais délié que le
jour où je _pourrais aspirer à votre main_?
«Mais à quoi bon entrer dans de pareils détails si mon coeur se
trompe... si vous n'êtes pas _vous_? Un mot encore... si j'ai deviné
juste, je vous le jure sur l'honneur, personne au monde ne m'a rien dit
qui put me faire soupçonner que vous m'écriviez.... Cette découverte est
un de ces miracles de l'amour, qui ne semblent impossibles qu'aux impies
et aux athées.
«L. DE M.»
A la lecture de cette lettre, Paula fut pour ainsi dire éblouie. Cette
preuve éclatante de divination dans l'amour la confondait et la
ravissait à la fois. Ne fallait-il pas aimer immensément pour arriver à
ce point de pénétration?
Madame de Hansfeld croyait avec raison M. de Morville incapable d'un
mensonge; aussi elle se livrait en toute sécurité aux enchantements de
cette lettre, qu'elle relut plusieurs fois avec adoration.
Involontairement la princesse ressentit une sorte de frisson à ce
passage où M. de Morville disait clairement qu'il ne serait délié de
son serment que si elle devenait veuve.
Pour la première fois de sa vie, madame de Hansfeld eut une pensé qui
lui fit horreur, et qu'elle se reprocha comme un crime.
Elle chercha, pour ainsi dire, un refuge dans les nobles sentiments que
devait lui inspirer l'amour de M. de Morville; comme lui, elle vit un
avenir de bonheur dans cet attachement pur et ignoré. Il échapperait au
moins à la grossière malignité du monde, et conserverait, caché dans
l'ombre, toute sa délicatesse, toute sa fleur, tout son parfum....
Écrire souvent à M. de Morville, l'apercevoir quelquefois, se savoir
aimée de lui... lui répéter sans cesse qu'elle l'aimait... n'avoir
jamais à rougir de cette affection si passionnément partagée... quelles
brillantes, quelles radieuses espérances!
Un léger frappement qu'elle entendit à sa porte rappela madame de
Hansfeld à elle-même. Elle serra la lettre de M. de Morville dans un
meuble à secret, et dit:
--Entrez.
La porte s'ouvrit, le prince de Hansfeld entra chez sa femme.
* * * * *
CHAPITRE XXV.
DOULEUR.
La physionomie du prince était froide et hautaine. On aurait
difficilement cru que ses traits fins, mélancoliques et d'une
délicatesse toute juvénile, pussent se prêter à cette expression de
dureté glaciale.
La princesse regarda son mari avec autant de surprise que d'inquiétude.
Jamais elle ne lui avait vu un pareil visage. Arnold était pâle et vêtu
de noir.
Voulant dissimuler son embarras, Paula lui dit:
--Êtes-vous dans l'intention de sortir ce soir... Arnold?
--Non, madame... je vous prie de m'accorder quelques moments....
--Je vous écoute.
--J'ai décidé que nous quitterions cet hôtel....
--Comme il vous plaira, monsieur; seulement, après les dépenses toutes
récentes que vous y avez faites....
--Cela me regarde.
--Je n'ai plus la moindre objection à élever. Je vous avouerai même
franchement... que je suis fort contente d'abandonner ce quartier désert
où vous aviez absolument voulu habiter.
--Je suis si bizarre, si original.... Mais voici qui vous paraîtra,
madame, plus original et plus bizarre encore... nous quitterons cet
hôtel après-demain.
--Et où irons-nous loger, monsieur?
--Vous partirez pour l'Allemagne.
--Vous dites, monsieur?
--Que vous partirez pour l'Allemagne.
--C'est une plaisanterie, sans doute?
--Je n'ai guère l'habitude de plaisanter.
--En ce cas, monsieur, puis-je savoir pour quel motif vous quittez si
brusquement Paris au milieu de l'hiver?
--Je ne quitte pas Paris... madame... mais _vous_, vous quitterez Paris
après-demain.... Dans un mois, j'irai probablement vous rejoindre.... Je
l'ai résolu... cela sera.
Madame de Hansfeld regardait le prince avec stupeur. Souvent il s'était
montré courroucé, violent; mais au milieu de ces emportements dont Paula
cherchait en vain la cause, il y avait des élans de passion, des cris de
désespoir dont elle était aussi apitoyée que blessée; jamais de sa vie
le prince ne lui avait parlé de ce ton froid, dur et tranchant. Elle
répondit donc avec une sorte de crainte causée par la surprise:
--J'espère, monsieur, que vous n'insisterez pas sur ce projet de voyage,
lorsque vous saurez qu'il me serait extrêmement désagréable de quitter
Paris en ce moment.
--Vous vous trompez, madame... vous partirez..
--Monsieur....
--Madame... après-demain vous partirez.
--Je ne partirai pas....
--Vraiment?
--D'ailleurs, je suis bien folle de prendre au sérieux ce que vous me
dites.... Quelquefois vos idées sont tellement... bizarres, vos caprices
si étranges, vos volontés si éphémères, qu'il y a de l'enfantillage à
moi de m'inquiéter de cette nouvelle fantaisie.
--Peu m'importe, madame, que vous vous inquiétiez, pourvu que prévenue
vous obéissiez.
--Obéir... le mot est un peu dur... monsieur....
--Il est juste.
--Ainsi, monsieur... c'est un ordre?
--Un ordre.
--Si j'étais capable de m'y soumettre, avouez au moins qu'il serait bien
tyrannique....
--Je serais très indulgent.
--Indulgent!... Et qu'avez-vous à me reprocher, monsieur? N'est-ce pas
moi... qui ai mille fois été indulgente de supporter vos emportements,
de les soigneusement cacher à tout le monde.... Ne m'avez-vous pas cent
fois répété que, bien que nous vécussions sous le même toit... j'étais
libre de mes actions.... Il est vrai que bientôt après vous veniez tout
éploré renier vos paroles. Encore une fois, monsieur, tenez, j'ai tort
de vous répondre.... Je suis sans doute à cette heure, et comme vous,
dupe d'une aberration de votre esprit.
--Je suis fou, n'est-ce pas, ainsi que mes bizarreries semblent le faire
croire? Oh! il n'a pas tenu à vous que ces apparences, dont vous étiez
la seule cause, que j'affectais par compassion pour vous (vous ne
méritez pas que je vous explique le sens de ces paroles); il n'a pas
tenu à vous, dis-je, que ces apparences ne devinssent une réalité...
Mais je croyais au moins qu'éclairée par ces alternatives de passion et
d'horreur....
--D'horreur!--s'écria la princesse.
--D'horreur--reprit froidement le prince;--je croyais que vous auriez
compris l'énormité de vos forfaits et l'opiniâtreté de ma passion qui
leur survivait.... Mais non!... pas même cela.... Heureusement pour moi,
à cette heure la passion est morte; votre dernier trait l'a tuée....
Mais l'horreur survit... l'horreur, entendez-vous bien?
--Je vous entends, mon Dieu... mais je ne vous comprends pas.
--Mais je vous ai aimée, vous portez mon nom... cet abominable secret
restera donc enseveli entre vous et moi. Ainsi donc, partez... au nom du
ciel, partez... et remerciez-moi à genoux d'être aussi clément que je
le suis.
Madame de Hansfeld regardait son mari avec épouvante; elle n'avait à se
reprocher que son amour pour M. de Morville, et cet amour ne méritait
pas les reproches affreux dont l'accablait le prince. Celui-ci pourtant
semblait plein de raison; il n'y avait rien d'égaré dans son regard,
d'altéré dans son accent. Voulant voir s'il ferait allusion à l'amour
qu'elle ressentait pour M. de Morville, amour que, par un hasard
inexplicable, M. de Hansfeld avait peut-être pénétré, elle lui dit:
--Lorsque je vous ai épousé, monsieur, je vous l'ai dit loyalement...
mon coeur n'était pas libre... j'ai aimé, passionnément aimé... Ce que
je vous disais alors, à cette heure je vous le répète.... Je ne vous
aime pas d'amour; mais devant Dieu qui m'entend, jamais je ne vous ai
été infidèle....
--M'être infidèle!--s'écria le prince--ce serait une action louable
auprès des crimes que vous avez commis.
--Moi!--s'écria Paula en joignant les mains avec force--mais c'est une
calomnie aussi infâme qu'absurde....
--Comment... vous oserez nier qu'hier soir.... Oh! non, jamais!--s'écria
le prince en frémissant;--jamais machination plus infernale n'est entrée
dans une tête humaine. J'ai frissonné d'épouvante autant que de
surprise.... Et vous n'êtes pas à genoux... devant moi, les mains
suppliantes.... Et vous êtes là, froide, méprisante.... Mais vous ne
savez donc pas qu'il y a des juges et un échafaud, madame!
Paula, cette fois, trembla.
Jusqu'alors elle n'avait souffert des bizarreries de M. de Hansfeld que
dans ses accès de colère ou plutôt de douleur désespérée. Il lui avait
fait de vagues reproches, presque toujours suspendus par des réticences;
mais jamais il n'avait formulé contre elle une accusation aussi précise,
aussi terrible.
La princesse crut sincèrement que la raison d'Arnold était égarée.
Celui-ci prit la stupeur de la princesse pour un aveu tacite, et lui dit
d'une voix plus calme, mais avec une indignation profonde et concentrée:
--Vous voyez bien qu'il faut que vous partiez, madame, non par égard
pour vous, mais par égard pour mon nom.... Je serai censé vous
accompagner. Je passe pour fou--ajouta-t-il avec un sourire amer--on ne
s'étonnera pas de mon départ précipité. Je resterai ici sous un nom
emprunté. Excepté madame de Lormoy et un homme de ses amis qui est venu
dans sa loge, personne ne me connaît; cette fable sera donc facilement
admise.... D'ailleurs, je fréquenterai peu le monde; et dans un mois ou
deux, avant peut-être, je quitterai Paris pour aller vous rejoindre en
Bohème, où vous vous rendrez sous la conduite de Frantz, qui a mes
ordres.... Alors je vous dirai mes volontés, sinon je vous les écrirai.
Ce soir, vous irez à l'Opéra; on répandra le bruit de mon départ
subit.... Ce sera une bizarrerie de plus; vous pourrez l'attribuer à
l'aberration de mon caractère... on y croira sans peine. Vous partirez
dans une voiture fermée; tous mes gens vous suivront; on croira
facilement que je vous ai accompagnée. Un mot encore. Le mépris et
l'exécration que vous m'inspirez sont tels, que je tiens à vous bien
persuader que c'est non par clémence, mais par respect pour mon nom que
je ne dévoile pas ici tous vos crimes.... Mais prenez bien garde; à la
moindre hésitation de votre part à m'obéir, soit ici, soit ailleurs, je
surmonte ce dégoût, et je vous abandonne à la vengeance divine et
humaine.
Et le prince sortit.
Madame de Hansfeld l'avait écouté sans l'interrompre, se disant qu'il
fallait toujours se garder de contrarier les fous.
Iris entra d'un air effrayé:
--Ah! marraine... quel malheur!--s'écria-t-elle.
--Qu'as-tu?...
--D'après vos ordres, je suis allée au troisième rendez-vous que m'a
donné Charles de Brévannes....
--Eh bien!
--Je lui ai dit que vous ne vouliez pas consentir à le voir....
--Ensuite!
--Il s'est écrié les yeux brillants de fureur:
«Dis à ta maîtresse que je suis là... que si elle ne me donne pas un
rendez-vous prochain où tu assisteras... j'y consens... ce soir je
répands partout l'histoire de Raphaël Monti... ta maîtresse me
comprendra...»
--Il a dit cela... il a dit cela?...
--Et il a ajouté: «Elle doit savoir que je puis la perdre, et je la
perdrai.»
--Malheur!... malheur à moi! Et M. de Morville?... Que pensera-t-il de
moi?... Il croira ces calomnies... le malheureux Raphaël y a bien cru!
--Vous lui indiquerez un rendez-vous dans un endroit retiré... Le
Luxembourg, m'a-t-il dit, ou le Jardin-des-Plantes.... Vous y viendrez
avec moi... et il s'y trouvera.... Sinon... il parlera. Que faire?...
que faire?... Ce méchant homme est capable de tout....
Après quelques moments de réflexion, Paula dit à Iris d'une voix ferme:
--Donnez-moi... du papier... une plume....
--Que voulez-vous faire?
--Donner à M. de Brévannes un rendez-vous où tu viendras.
--Y pensez-vous, marraine: écrire... laisser une lettre de vous entre
les mains de cet homme? Quelle imprudence!... Mais.... Il ne connaît pas
votre écriture?
--Non....
--Si j'écrivais pour vous.
--Tu as raison... écris....
_Après-demain, à dix heures, au Jardin-des-Plantes_... _sous le cèdre du
labyrinthe_....
--As-tu écrit?
--Oui, marraine.
--Signe... _Paula Monti_.
--Et s'il veut abuser de ce billet, dit Iris après avoir signé, il sera
dupe de sa propre infamie....
--Quand lui remettras-tu cette lettre?
--A l'instant.... Il attend votre réponse à la petite porte du quai
d'Anjou.
--Va vite et reviens....
--Et j'aurai bien des choses à vous dire que j'apprends à l'instant.
--Qu'est-ce?
--Depuis huit jours... le prince est allé quatre fois chez un vieil
homme, nommé Pierre Raimond, qui demeure ici près....
--Et qu'importe!
--Mais Pierre Raimond est le père de Berthe de Brévannes, que vous
trouvez si jolie.
--Que dis-tu?
--Et c'est chez Pierre Raimond que Berthe a deux fois rencontré le
prince....
--Lui... lui?
--Sous un faux nom... sous celui d'Arnold Schneider....
--Ah! maintenant... je comprends tout--s'écria la princesse en mettant
ses deux mains sur son front.
--Quoi donc, marraine?
--Tu le sauras plus tard... laisse-moi.
Iris sortit.
Quelques minutes après, trompé par les perfides paroles d'Iris, M. de
Brévannes, ivre d'une espérance insensée, couvrait de baisers passionnés
le billet qu'il croyait avoir été écrit par la princesse de Hansfeld.
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.
TABLE DES CHAPITRES.
CHAPITRE I.
I. Le bal de l'Opéra
II. Une intrigue
III. Le domino
IV. Paula Monti
V. L'aveu
VI. M. de Brévannes
VII. Madame de Brévannes
VIII. Le retour
IX. Le récit
X. Le prince de Hansfeld
XI. Le père et la fille
XII. Le beau-père et le gendre
XIII. Une première représentation
XIV. Premières loges, n° 7
XV. Loge de première, n° 29
XVI. Les stalles d'amis
XVII. Entr'actes. Loge n° 7
XVIII. La sortie
XIX. La poste restante
XX. L'émissaire
XXI. L'entretien
XXII. Rencontre
XXIII. Chagrins
XXIV. Découverte
XXV. Douleur
FIN DE LA TABLE.
* * * * *