CORRESPONDANCE.

Environ trois mois après mon arrivée, Blondeau me remit un petit carton

qu'un commissionnaire avait apporté. Je l'ouvris, pâlis d'effroi... en

voyant un bouquet de ces fleurs vénéneuses d'un rouge éclatant que M.

Lugarto m'avait autrefois envoyées, et qui depuis lors étaient devenues

comme le symbole de son odieux souvenir, puisque madame de Richeville

avait reçu un bouquet pareil le jour de la mort de M. de Mortagne.

Avec ce bouquet était la lettre ci-jointe écrite par mon mari à un de

ses amis que je ne connaissais pas, l'enveloppe ayant été enlevée.

Comment M. Lugarto, qui n'était pas à Paris, du moins je le supposais,

avait-il pu intercepter la correspondance de M. de Lancry, je ne pus le

savoir; mais je ne fus pas étonnée de ce fait: cet homme, grâce à son

immense fortune, pouvait corrompre les gens ou avoir des créatures à lui

au sein même de la maison des personnes qu'il épiait.

Quant au but de cet envoi, il n'était pas douteux: ignorant mon

indifférence pour M. de Lancry, M. Lugarto croyait me blesser

douloureusement en me dévoilant les mystères de la conduite de mon mari

et d'Ursule.

Si cette intention ne fut pas absolument remplie, cette lettre, ainsi

qu'on va le voir, dut néanmoins me causer de pénibles ressentiments; la

nouvelle perfidie de M. Lugarto porta donc quelques fruits amers.

Voici la lettre de mon mari.

Mathilde: mémoires d'une jeune femme · 第 260 / 355 题