M. Sécherin était peu clairvoyant; il ne s'aperçut pas de ma stupeur.

Ma position devenait d'autant plus pénible, qu'en effet, alors que

j'avais une foi aveugle dans l'amitié d'Ursule, je lui avais fait cette

proposition, en la suppliant de l'accepter.

Interprétant mon silence à sa manière, M. Sécherin s'écria:

--Eh bien! vous n'en revenez pas! J'en étais sûr, vous ne nous croyez

pas capables de cela.

--En effet, mon cousin, j'étais loin d'espérer...

--Que nous nous ressouviendrions de tes offres, ma bonne Mathilde?...

Ah! c'était faire injure à moi d'abord et à mon mari ensuite, dit Ursule

d'un ton de gracieux reproche.

Ne voulant pas éclater avant d'avoir eu avec elle la conversation que je

désirais avoir, d'après les conseils de madame de Richeville, je

répondis assez embarrassée:

--Sans doute j'espérais cette bonne fortune, mon cher cousin; mais je ne

comptais pas qu'elle fût si prochaine, et je suis ravie de cet

empressement de votre part.

--Et je vous crois, cousine, parce que vous le dites... Oh! je vous

connais; vous n'êtes pas de ces femmes qui disent oui quand elles

pensent non. Maman me le répétait toujours: «Madame de Lancry, c'est la

vérité, c'est l'honneur en personne; ce qu'elle dit, c'est parole

d'Évangile.» N'est-ce pas, Ursule?

--Sans doute, mon ami; mais votre mère en disant cela pensait comme moi.

--Ça, c'est vrai... Oh! voyez-vous, cousine, vous n'avez pas d'amie,

qu'est-ce que je dis? de soeur plus dévouée que ma femme. C'est

toujours Mathilde par-ci, Mathilde par-là; enfin, surtout depuis votre

petit voyage à Rouvray, elle est comme endiablée pour venir habiter avec

vous. Vous jugez comme ça me va, à moi qui non plus ne jure que par

vous, sans oublier mon cousin Lancry... Ah! cousine, comme on dit, les

deux font la paire. Vous êtes née pour M. de Lancry comme M. de Lancry

est né pour vous... C'est comme moi, sans vanité, je suis né pour Ursule

comme Ursule est née pour moi... Mais c'est que c'est très-vrai, les

grands seigneurs sont faits pour les grandes seigneuresses comme

vous,--ajouta M. Sécherin en éclatant de rire;--les gentilles petites

bourgeoises comme Ursule sont faites pour les bons bourgeois comme moi.

--Mon cousin, je ne suis pas de votre avis; il n'y a aucune de ces

différences-là entre Ursule et moi: ne sommes-nous pas parentes?--dis-je

en voyant que la conversation prenait un caractère fâcheux et que M.

Sécherin blessait profondément l'orgueil de sa femme.

Malheureusement, lorsque mon cousin poursuivait une idée, il était

impossible de l'en distraire; aussi reprit-il:

--Vous ne me comprenez pas, cousine. Je ne parle pas de la naissance: je

sais bien que la famille de ma femme est noble et que je ne suis qu'un

bon bourgeois; mais je dis que vous et votre mari, vous avez en vous

quelque chose de supérieur, d'imposant, que ni moi ni Ursule nous

n'avons pas, et pour ma part j'en suis ravi... oui, ravi... Est-ce que

vous croyez que si ma femme avait eu votre grand air de princesse, je

l'aurais tutoyée le jour de mes noces? Ah bien oui! je n'aurais jamais

osé... Au contraire, Ursule, avec sa charmante petite mine chiffonnée,

dont je raffole de plus en plus, m'a mis à mon aise tout de suite; je

lui ai dit _toi_, elle m'a dit _tu_, et nous avons été à l'instant une

paire d'amis. Enfin entre vous et elle, il y a cette différence que...

--Oh! je vous arrête là,--dis-je à M. Sécherin.--Ne cherchez pas à nous

rendre compte de la variété de vos impressions; contentez-vous de les

éprouver. Vous aimez passionnément Ursule, voilà pourquoi vous êtes

parfaitement en confiance avec elle, pourquoi vous lui trouvez avec

raison la grâce et le charme qui attirent, tandis que vous me trouvez,

moi, digne et imposante; en un mot vous l'aimez d'amour, et vous avez

pour moi une franche et sincère amitié... voilà la différence.

--C'est prodigieux comme vous donnez la raison de tout!--s'écria M.

Sécherin.--Ah!... à propos de quelque chose de prodigieux,--reprit-il,--je

vais bien vous étonner. Est-ce que je ne suis pas devenu écuyer!

--Comment cela?

--Encore une preuve de dévouement que m'a donnée mon mari, dit

Ursule.--Après ton départ, ma bonne Mathilde, mon médecin m'a ordonné

l'exercice du cheval. M. Sécherin a eu la bonté de faire venir de Tours

un maître d'équitation, et il a partagé mes leçons pour pouvoir

m'accompagner.

L'idée me vint aussitôt qu'Ursule avait appris à monter à cheval, afin

de pouvoir, une fois à Maran, se ménager des tête-à-tête avec mon mari,

car depuis notre arrivée, Gontran avait toujours refusé de me laisser me

livrer à cet exercice.

--Et vous ne pouvez pas vous imaginer,--reprit mon cousin,--avec quelle

ardeur, avec quel courage Ursule apprenait. Ce qui lui avait été

ordonné pour sa santé était devenu pour elle un vrai plaisir; elle

montait deux ou trois fois a cheval par jour dans un pré de la fabrique

qui avait l'air d'avoir été créé pour ça. Elle était si hardie, si

intrépide, que l'écuyer disait qu'il n'avait vu personne avoir des

dispositions pareilles.

--Ah! mon ami, vous exagérez,--dit Ursule avec modestie.

--J'exagère! eh bien! je parie qu'il n'y a pas un des chevaux de M. de

Lancry qu'Ursule ne puisse monter,--s'écria M. Sécherin;--et quant à

moi, je n'en pourrais pas dire autant... ni vous non plus, cousine, car

vous n'êtes guère _écuyère_, je crois...

--Non, mon cousin; mais il serait très-imprudent à Ursule d'essayer de

monter un des chevaux de M. de Lancry; aucun n'est dressé pour une

femme; il y aurait du danger pour elle.

--Du danger!... Ah! vous la connaissez bien! Du danger! Est-ce qu'elle

craint quelque chose?... Ah! une fois à cheval, si vous la voyiez, comme

elle y est gentille et comme son amazone lui va bien! comme ça fait

valoir sa taille! Rien qu'à la regarder, j'en ai la tête tournée. Tu

montreras ton amazone à notre cousine, n'est-ce pas?

--Vous savez bien, mon ami, qu'on dit un habit de cheval et non pas une

amazone,--dit Ursule en souriant.

--C'est vrai, c'est vrai, tu me l'as dit, je l'avais oublié. Oh! es-tu

mademoiselle de Maran! L'es-tu! N'est-ce pas, cousine?

--Ma bonne Mathilde ne pourra pas m'en vouloir de ce petit reproche que

je vous fais, mon ami, car elle-même m'a recommandé de toujours vous

avertir de ce qui se disait ou non,--n'est-ce pas, ma soeur?

--Oui... oui...--répondis-je avec distraction. J'étais navrée; la

jalousie, et, le dirai-je, l'envie, me torturaient. Je voyais déjà

Ursule à cheval à côté de Gontran, coquette, hardie, impétueuse, et tous

deux partant pour de longues promenades, et moi... moi seule je restais!

Non, non, me dis-je en frémissant de colère, cela ne sera pas. Il faut

qu'Ursule parte; je suivrai les conseils de madame de Richeville.

Au moment où j'étais livrée à ces amères pensées, Ursule reprit:

--Voici bientôt l'heure du dîner, ma chère Mathilde; veux-tu avoir la

bonté de faire demander ma femme de chambre... pour qu'on nous conduise

à notre appartement?

--Ah! oui, et fais-toi belle; tu as apporté de si charmantes toilettes.

Figurez-vous, cousine,--dit M. Sécherin,--qu'elle avait tant de caisses

et de cartons, que j'ai été obligé d'acheter un fourgon à Tours pour

apporter tout cet attirail, y compris Célestine, mademoiselle Célestine,

veux-je dire, une femme de chambre comme il n'y en a pas, dit-on, et que

ma femme a fait venir de Paris. Il est vrai de dire qu'elle coiffe dans

la perfection des perfections.

Ces préparatifs de coquetterie de la part d'Ursule augmentèrent encore

mes soupçons; je ne pus m'empêcher de lui dire avec assez d'aigreur:

--Mon Dieu! pourquoi donc as-tu fait tant d'apprêts? comment, pour

venir passer quelque temps avec nous qui ne voyons personne!... Mais, en

vérité, on dirait que tu as de grands projets de conquête; je ne sais

qui tu veux séduire ici. Cela devient très-inquiétant,--ajoutais-je

d'une voix altérée en m'efforçant de sourire.

Ursule ne me répondit rien; mais elle me montra M. Sécherin d'un geste

de tête d'une coquetterie charmante, et me dit avec la candeur la plus

merveilleusement simulée:

--Mon Dieu! je veux séduire mon mari... voilà tout.

M. Sécherin ne put résister à cette attaque; il saisit la main de sa

femme, la baisa tendrement à plusieurs reprises, et s'écria:

--Est-elle gentille et naturelle!... hein, cousine, l'est-elle? Mais

elle a raison. Vous oubliez donc vos leçons quand vous me disiez: «Mon

cher cousin, c'est surtout pour son mari qu'une femme doit se parer,

faire des frais, et, _vice versâ_, qu'un mari doit se parer, doit faire

des frais surtout pour sa femme.» Ah... ah... cousine, nous n'oublions

pas vos conseils, allez! soyez tranquille. Aussi je vais imiter Ursule,

et vous demander la permission d'aller me faire pour elle le plus beau

que je le pourrai... car, vous l'avez dit, dès qu'un mari se néglige,

c'est une preuve qu'il n'aime plus sa femme d'amour, et quand il n'aime

plus sa femme d'amour...

--Toute chose peut s'exagérer,--dis-je à M. Sécherin en l'interrompant,

car Gontran pouvait rentrer d'un moment à l'autre, et j'aurais été

profondément humiliée de laisser deviner à Ursule avec quel dédain mon

mari me traitait depuis quelque temps.

Je repris donc:

--Il y a une certaine liberté qui s'accorde parfaitement avec une vie de

campagne toute solitaire; la recherche de toilette y est alors presque

déplacée, presque de mauvais goût.

--Ah! Mathilde!... Mathilde!...--dit Ursule en souriant,--regarde-toi

donc: quelle élégance!... Je ne t'ai jamais vue mise avec plus de

coquetterie.

Je ne sus que répondre. Ne voulant rien négliger pour ranimer l'amour de

Gontran à Maran comme autrefois dans notre maisonnette de Chantilly, je

n'avais qu'un but, celui de lui plaire le plus possible, malgré ses

dédains.

A ce moment j'entendis une porte s'ouvrir; je reconnus les pas de

Gontran. Je rougis de honte.

Il entra... Quel fut mon étonnement! Il était mis avec une élégance, une

recherche extrêmes.

J'étais tellement habituée à le voir dans des accoutrements sordides,

que je le reconnaissais à peine. J'examinai attentivement Ursule lorsque

mon mari entra, elle ne rougit pas.

Gontran fut d'une grâce et d'une cordialité parfaites. Ses traits, qui

pendant deux mois s'étaient à peine déridés pour moi, reprirent

l'expression ravissante qui, lorsqu'il le voulait, leur donnait une

séduction irrésistible.

Ursule et son mari nous laissèrent quelques instants avant dîner.

Je ne pus m'empêcher de dire à Gontran:

--Vous saviez sans doute qu'Ursule était ici.

--Pourquoi cela... parce que j'ai quitté mes habits de chasse et que je

ne les quitte pas quand je suis seul avec vous?

--Sans doute c'est un enfantillage, mais il me semble que ce que vous

faites pour une étrangère...

--Je pourrais le faire pour vous, est-ce cela?--me demanda-t-il.

--Je crois, mon ami, que j'ai autant de droits que ma cousine à être

traitée par vous avec égard.

--Permettez-moi, ma chère amie, de vous faire observer que les égards ne

consistent pas dans un vêtement fait d'une façon ou d'une autre. Il est

tout simple que je m'habille convenablement pour recevoir votre cousine.

Ce n'est pas moi qui l'ai invitée à venir ici, c'est vous; je crois donc

faire une chose qui vous soit agréable en l'accueillant de mon mieux, et

en ayant pour elle les égards que tout homme doit à une femme qu'il a

l'honneur de recevoir.

--Vous ignoriez qu'Ursule devait venir ici cet automne?--demandai-je à

mon mari en tâchant de lire sur sa physionomie. Il resta impassible et

me répondit:

--Je l'ignorais complétement; mais, après tout, maintenant j'en suis

enchanté. Sa présence vous distraira, et son mari est le meilleur des

hommes... Mais qu'avez-vous? l'arrivée de votre amie d'enfance ne vous

cause pas la joie que j'attendais...

--J'ai des raisons pour cela, mon ami... Et je crains que le séjour de

ma cousine ici ne soit pas aussi long qu'elle l'espère, peut-être.

--Les affaires de son mari l'abrégeront sans doute. Vous en a-t-elle

prévenue?

--Non... mais...

--Mais?... que voulez-vous dire?

--C'est moi qui supplierai Ursule de partir.

--Vous! et pourquoi?

--Parce que... parce que...

--Eh bien?

--Parce que j'ai des raisons pour craindre sa présence, parce que...

j'en suis jalouse, Gontran!

--De votre cousine! Ah çà, mais vous êtes folle, ma chère amie!

--Je ne suis pas folle, Gontran... L'instinct de mon coeur ne me

trompe pas.

--S'il en est ainsi, vous allez lui rendre le séjour de Maran bien

agréable! cette vision promet!... Il est dit qu'avec vous on n'a jamais

un moment de repos. Ah! quel malheureux caractère vous avez... et pour

vous et pour les autres.

--Mais, mon Dieu... ce n'est pas ma faute si j'ai des soupçons... si...

--Mais, encore une fois, vos soupçons n'ont pas le sens commun;

réfléchissez donc que c'est m'accuser sans raison, que c'est vous

tourmenter sans motif.

--Vrai? bien vrai? Gontran, soyez généreux! rassurez-moi... j'ai tant de

frayeur.

--Pauvre Mathilde...--me dit Gontran avec une dignité touchante,--je ne

vous parlerai plus de mon amour, vous ne me croiriez plus peut-être;

mais je vous dirai que M. Sécherin, notre parent, vient habiter chez

nous, et que je serais un misérable si je songeais seulement à abuser

aussi lâchement de l'hospitalité que nous lui offrons.

Je serrai la main de Gontran dans les miennes, ces simples et nobles

paroles me redonnèrent du courage.

Ursule et son mari rentrèrent. Je trouvai ma cousine si jolie, si

fraîche, si rose, ses yeux étaient à la fois si doux et si brillants,

son sourire si fin et si agaçant, sa taille si accomplie, que je jetai

les yeux sur une glace placée en face de moi pour me comparer avec

Ursule.

Hélas! je remarquai avec douleur que j'étais pâle, que mes traits

étaient changés, flétris, languissants, car depuis quelque temps je me

trouvais souffrante, j'éprouvais toujours un malaise vague, un

accablement douloureux que j'attribuais au chagrin et qui augmentait

sans cesse. Pour la première fois, je m'aperçus que mon visage avait

déjà perdu cette première fleur de jeunesse qui rendait les traits

d'Ursule si enchanteurs.

Le dîner fut très-gai, grâce a mon mari qui y mit beaucoup d'enjouement

et d'entrain. Ursule était visiblement gênée, elle craignait de paraître

trop gaie à mes yeux et de perdre ainsi son prestige mélancolique; d'un

autre côté, elle regrettait de ne pouvoir se montrer à Gontran sous un

jour plus brillant. A la fin du dîner, M. Sécherin en revint à sa

malheureuse proposition.

--Mon cousin,--dit-il à M. de Lancry,--je soutenais tout à l'heure à

madame de Lancry que ma femme était capable de monter n'importe lequel

de vos chevaux.

--Comment, madame, vous montez à cheval?--dit Gontran avec

étonnement.--Mais c'est une bonne fortune pour nous, j'oserais presque

dire pour vous; car les environs de Maran sont délicieux, et je suis

charmé de pouvoir vous offrir cette distraction.

--Mais, mon ami,--dis-je à mon mari,--vous n'avez pas de chevaux de

femme... car vous savez que vous n'avez jamais voulu me permettre de

vous suivre à la chasse. Et ce serait une grande imprudence que

d'exposer Ursule à...

--Mais je vous ai déjà dit que ma femme sait très-bien monter à cheval,

cousine...--s'écria M. Sécherin en m'interrompant.--Depuis deux mois

elle ne fait que cela.

--Mathilde a raison,--dit Ursule avec résignation,--il serait plus

prudent de m'abstenir de cet exercice.

--Vous devez bien penser, madame,--lui dit Gontran,--que pour rien au

monde je ne voudrais vous exposer à quelque danger. Madame de Lancry n'a

jamais monté à cheval de sa vie; aussi, par prudence, j'ai dû me priver

du plaisir de l'emmener avec moi... tandis que vous... d'après ce que me

dit mon cousin...

--Je vous réponds que ma femme vous étonnera!--s'écria M.

Sécherin.--L'écuyer de Tours n'en revenait pas.

--J'ai justement une jument excellente et d'une douceur parfaite,--dit

M. de Lancry;--elle conviendra on ne peut mieux à madame Sécherin; et

si ma cousine veut bien m'accorder quelque confiance, elle n'aura

aucune crainte.

--J'ai sans doute une entière confiance en vous, mon cousin,--dit Ursule

en hésitant;--mais, tout bien considéré, je regretterais trop de prendre

un plaisir que Mathilde ne pût pas partager.

--Mais que vous êtes donc enfant,--dit M. Sécherin à sa femme,--parce

que madame de Lancry ne monte pas à cheval, elle ne veut pas vous

empêcher d'y monter. N'est-ce pas, cousine?

--Voyons, ma chère Mathilde,--me dit Gontran,--vous allez décider cette

grave question en dernier ressort; votre haute sagesse sera seule

juge... Permettez-vous ou non à madame Sécherin de monter à cheval?

Prenez garde!... si vous dites non... comme vous la priveriez, et moi

aussi... d'un très-grand plaisir, nous vous garderons tous deux une

mortelle rancune, je vous en préviens.

--Et ce sera bien fait, et je me joindrai à eux,--s'écria M. Sécherin en

riant aux éclats,--car vous aurez empêché ma femme de paraître dans tout

son beau; elle n'est jamais plus jolie qu'à cheval.

Je ne pouvais objecter aucune raison sérieuse, je répondis en

balbutiant:

--Je ne m'y oppose pas... c'était seulement par prudence que je faisais

cette observation à Ursule.

--Oh! rassurez-vous, il n'y aura aucun danger,--reprit mon mari,--je

réponds de la sagesse de _Stella_; un enfant la monterait.

--Puisque tu le veux absolument, Mathilde,--me dit ma

cousine,--j'essaierai; mais, en vérité, j'ai peur d'être si gauche...

--Oh! pour cela, ma cousine,--reprit Gontran en souriant,--je vous en

défie, et cela soit dit sans flatterie, car il est impossible à

certaines personnes de ne pas tout faire avec grâce et adresse. Et ce

n'est pas leur faute si elles sont charmantes.

--Ah çà! et à quand cette belle partie-là?--demanda M. Sécherin.

--Mais demain. Le coucher du soleil était magnifique ce soir,--dit

Gontran;--il fera un temps superbe, nous monterons à cheval à une heure,

et nous ferons une véritable chasse de demoiselles.

--Ah çà! et moi, cousine, je suis trop mauvais cavalier pour suivre une

chasse, je vous en avertis...

--Vous, mon cher monsieur Sécherin, vous nous accompagnerez en calèche

avec madame de Lancry; un de mes valets de limiers qui connaît

parfaitement la forêt montera à cheval et vous conduira dans les

carrefours, où vous pourrez parfaitement voir passer la chasse.

--A la bonne heure... voilà une vraie fête, un plaisir royal,--s'écria

M. Sécherin;--moi, qui n'ai jamais chassé qu'avec mon garde-chasse et

ses deux bassets... Pourvu qu'il fasse beau!

--Je vous assure qu'il fera demain un temps radieux; madame Sécherin le

désire trop pour que cela n'arrive pas. Demain sera donc une journée

enchanteresse, j'en réponds,--dit Gontran.

Mathilde: mémoires d'une jeune femme · 第 196 / 355 题