M. Sécherin décacheta et lut la lettre.

--Il s'agit d'un de vos voisins?--dis-je à Ursule.

--C'est notre sous-préfet,--répondit-elle en rougissant.

Surprise de la voir rougir, je la regardai fixement, non pour

l'embarrasser, mais par un mouvement machinal; à mon grand étonnement,

Ursule devint pourpre.

--C'est bien cela,--reprit M. Sécherin,--il ne peut pas venir ce soir,

il a des circulaires à écrire, car on parle de réélections. C'est un

bien charmant garçon que Chopinelle, et un bien bel homme. En voilà un

qui est toujours bien mis, et qui fait sa barbe tous les jours, et qui

met des gants. Est-ce que vous ne l'avez pas rencontré dans le monde,

Chopinelle... ma cousine?

--Je ne le crois pas...--lui dis-je en souriant... je ne connais pas ce

nom...

--Il va pourtant dans ce qu'il y a de plus huppé comme société quand il

est à Paris. N'est-ce pas, ma femme? Il dîne chez les ministres et il

est la coqueluche du _noble faubourg_, comme il dit toujours, n'est-ce

pas, _Belotte_?

--Je crois que M. Chopinelle se vante,--dit Ursule d'un ton sec.

--Tiens! comme tu dis cela d'un drôle d'air, toi qui te fâches quand on

le contredit et qui l'écoutes toujours comme un oracle!

--Je crois que M. Chopinelle est un menteur,--dit madame Sécherin d'un

ton bref.

--Ah! bon! maman, bon!... vous allez vous faire une fameuse querelle

avec Ursule, si vous dites du mal de son _pays_, car Chopinelle est

parisien comme elle, et par-dessus son valseur privilégié et son

accompagnateur de romances; car il a une voix superbe, Chopinelle,

n'est-ce pas, _Belotte_? une voix ronflante comme un tuyau d'orgue. Il

faudra que vous chantiez ensemble, pour notre cousine, ce joli duo, tu

sais... mais tu sais bien, ce duo que vous avez répété si longtemps, ce

duo d'un opéra italien qui finit en... _i_.

Ursule, voulant sans doute interrompre une conversation qui lui était

désagréable, dit à sa belle-mère:

--Ma cousine est très-fatiguée de la route... Elle a besoin de repos.

--C'est juste, ma bru... Pardon, madame,--ajouta madame Sécherin en se

retournant vers moi;--mon fils, dis tes grâces.

Les grâces dites, nous rentrâmes au salon.

Je souhaitai le bonsoir à mes hôtes, et je montai chez moi avec Ursule.

--Demain matin, je viendrai t'éveiller, et nous causerons,--me dit-elle

d'un air embarrassé.--Ce soir, tu dois être fatiguée... Repose-toi.

Mathilde: mémoires d'une jeune femme · 第 166 / 355 题