Oui, mon Aline, j'ai tort, et vous me le faites sentir; la confiance est
la plus douce preuve de l'amour, et j'ai l'air de vous l'avoir refusée,
en ne vous racontant pas les malheurs de ma vie; mais ce silence de ma
part, depuis le temps que je vous connais, a sa source dans deux
principes que vous ne blâmerez pas: la crainte de vous ennuyer par des
récits qui n'intéressent que moi, et la vanité qui souffre à les faire.
On voudrait s'élever sans cesse aux yeux de ce qu'on aime, et l'on se
tait quand ce qu'on peut dire de soi, n'a rien qui doive nous flatter.
Si le sort m'eût lié avec toute autre, peut-être eusse-je eu moins
d'orgueil; mais vous sûtes m'en inspirer tant, dès que je crus vous
avoir rendu sensible, que vous me fîtes, dès ce moment, rougir de
moi-même et de mon audace à placer dans vos fers un esclave aussi peut
fait pour vous. Je me sentais si loin de ce qu'il fallait être pour vous
mériter, et j'aimai mieux vous laisser croire que j'en étais digne, que
de vous montrer votre erreur.--Maintenant vous exigez des aveux que je
voulais taire; ne vous en prenez qu'à vous, s'il s'y rencontre des
motifs de me moins estimer, et que ma franchise ou mon obéissance me
fasse retrouver dans votre coeur ce que la vérité m'y fera perdre.
Toutes mes fautes précèdent l'instant où je vous ai vue pour la première
fois. Hélas! c'est mon unique excuse; je n'ai plus connu que l'amour et
la vertu depuis cette heureuse époque, et comment eusse-je osé depuis
souiller par des écarts le coeur où régnait votre image?