Mathias n'était pas le premier nègre venu.
Né dans la plantation d'anciens esclaves devenus fidèles serviteurs, son
intelligence et le désir d'apprendre se manifestèrent dès le jeune âge.
Fort ingénieux, il faisait tout ce qu'il voulait de ses doigts et des
autres parties de son corps.
Chimiste de première force, il découvrit la synthèse de la nicotine en
faisant chauffer, en vase clos, parties égales de chaux vive, de bouse
de vache, avec deux ou trois ronds de betterave.
Peu après cette découverte, il recevait les palmes académiques en
récompense de son beau travail sur l'_Utilisation des feuilles de choux
dans les cigares de la régie française__[4]_.
[Note 4: Le cigare ne se récolte pas sur les arbres, ainsi que
beaucoup de personnes se l'imaginent à tort. C'est, au contraire,
un produit manufacturé dont la fabrication exige beaucoup d'astuce
et de tact.]
Par un contact habile et raisonné entre la feuille de chou et la feuille
de tabac, il arriva promptement à ce remarquable résultat que la feuille
de chou semblait une feuille de tabac, alors que cette dernière aurait
pu facilement être employée comme vieille feuille du noyer.
Si bien qu'on pouvait dire à la Feuille de chou, comme en la fable
délicieuse du poète Sâdi: «Pardon, mademoiselle, n'êtes-vous point la
Feuille de tabac?» Ce à quoi la Feuille de chou aurait répondu: «Non,
madame, je ne suis pas la Feuille de tabac, mais ayant beaucoup
fréquenté chez elle, j'ai gardé de son parfum».