Mlle Elisabeth: «A vingt-trois ans.»

Le dialogue dura longtemps; elle vint à parler de son père. Parmi cent

détails, de moi oubliés, elle dit:

«A telle époque, _il pleurait de rage en apprenant que l'ennemi s

approchait de Toulon._»

(Mais quand l'ennemi s'est-il approché de Toulon? Vers 1736, peut-être,

dans la guerre marquée par la bataille de l'_Assiette_, dont je viens

de voir en 34 une gravure intéressante par la _vérité._)

11 aurait voulu que la milice marchât. Or, rien au monde n'était plus

opposé aux sentiments de mon grand-père Gagnon, véritable Fontenelle,

l'homme le plus spirituel et le moins patriote que j'aie jamais connu.

Le patriotisme aurait distrait bassement mon grand-père de ses idées

élégantes et littéraires. Mon père aurait calculé sur-le-champ ce qu'il

pouvait lui rapporter. Mon oncle Romain aurait dit d'un air alarmé:

«Diable! cela peut me faire courir quelque danger.» Le cœur de ma

vieille tante et le mien auraient palpité[19] d'intérêt.

Peut-être j'avance un peu les choses à mon égard et j'attribue à sept

ou huit ans les sentiments que j'eus à neuf ou dix. Il est impossible

pour moi de distinguer sur les même choses les sentiments de deux

époques antiques.

Ce dont je suis sûr, c'est que le portrait sérieux et rébarbatif de

mon arrière-grand-père[20] dans son cadre doré à grandes rosaces

d'un demi-pied de large, qui me faisait presque peur, me devint cher et

sacré dès que j'eus appris les sentiments courageux et généreux que lui

avaient inspiré les ennemis s'approchant de Toulon.

[Illustration]

PORTRAIT DE HENRI GAGNON. MÉDECIN (Bibl. mun. de Grenoble. collection

de portraits Dauphinois)

[Footnote 1: Le _chapitre VII_ est le chapitre V du manuscrit (fol. 81 à

99).--Écrit à Rome, le 2 décembre, et à Cività-Vecchia, le 5 décembre

1835.--On lit au verso du fol. 92: «Idée: Peut-être en ne corrigeant

pas ce premier jet parviendrai-je à ne pas mentir par vanité. Omar, 3

décembre 1835.»]

[Footnote 2: _J'ai appris ..._--Variante: «_Su._»]

[Footnote 3: _Il avait donc, en _1790, _quarante-trois ans._--Chérubin-Joseph

Beyle était né le 29 mars 1747. Il épousa le 20 février 1781

Caroline-Adélaïde-Henriette Gagnon et mourut le 20 juin 1819.]

[Footnote 4: ... _la plus absurde dévotion._--Ms.: «_Surdeab tiondévo._»]

[Footnote 5: _Cette saison, que tout le monde ..._--Variante: «_Cet âge, que

l'avis de tout le monde ..._»]

[Footnote 6: _Je crois que c'est par intérêt pour moi ..._--Variante:

«_Amitié._»]

[Footnote 7: _J'allais prendre ses leçons sur la petite place Notre-Dame

..._--A cette époque, la «voie centrale» (rue Président-Carnot) et

l'avenue Maréchal-Randon n'étaient pas encore ouvertes. Voir notre plan

de Grenoble en 1793.]

[Footnote 8: ... _Casimir et Augustin Périer et de leurs quatre ou six

frères._--Casimir et Augustin Périer étaient fils de Claude Périer.

Claude Périer eut neuf fils et trois filles: Jacques-Prosper (mort

enfant), Elisabeth-Joséphine, Euphrosine-Marine (morte enfant),

Augustin-Charles, Alexandre-Jacques, Antoine-Scipion, Casimir-Pierre,

Adélaïde-Hélène, surnommée Marine, Camille-Joseph, Alphonse,

Amédée-Auguste et André-Jean-Joseph.]

[Footnote 9: _Casimir a été un ministre très célèbre ..._--Casimir-Pierre

Périer, le ministre, était né à Grenoble le 11 octobre 1777; il mourut

à Paris le 16 mai 1832.]

[Footnote 10: _Augustin ... est mort pair de France._--Augustin-Charles Périer

était né à Grenoble le 22 mai 1773. Pair de France à la mort de son

frère Casimir (16 mai 1832), il mourut à Frémigny (Seine-et-Oise), le 2

décembre 1833.]

[Footnote 11: _Scipion était mort ... vers_ 1806.--Scipion Périer est mort à

Paris en 1821. (Note au crayon de R. Colomb.)--Il était né le 14 juin

1776.]

[Footnote 12: _Camille a été un plat préfet ..._--Camille-Joseph Périer, né

a Grenoble le 15 août 1781. Préfet de la Corrèze depuis le 12 février

1810 jusqu'en 1815, et de la Meuse depuis le 10 février 1819 jusqu'en

1822. Plus tard député et pair de France, il est mort le 14 septembre

1844.]

[Footnote 13: ... _et vient d'épouser en secondes noces une femme fort riche

..._--Erreur, Mlle de Sahune n'a pas eu un sou de dot. (Note

au crayon de R. Colomb.)--Camille Périer épousa en premières noces

Adèle Lecoulteux de Canteleux, et en secondes noces Amélie Pourcet

de Sahune, cousine de Louise-Henriette de Berckeim, femme d'Augustin

Périer.]

[Footnote 14: _Joseph, mari dune jolie femme ..._--André-Joseph-Jean Périer,

né à Grenoble le 27 novembre 1786, dirigea la banque Périer frères,

à Paris. A l'époque où Stendhal écrivait la _Vie de Henri Brulard_,

il était député de la Marne (Epernay) depuis le 15 novembre 1832. Il

épousa Mlle Marie-Aglaé du Clavel de Kergonan et mourut à

Paris le 18 décembre 1868.]

[Footnote 15: ... _Amédée ... a peut-être volé au jeu vers_ 1815

...--Amédée-Auguste Périer, né à Grenoble le 14 mars 1785, est mort à

Paris en 1851.--L'histoire racontée par Stendhal nous est absolument

inconnue et nous semble un produit de l'esprit caustique de notre

auteur.]

[Footnote 16: ... _par instinct de prêtre ..._--Ms.: «_Reprêt._»]

[Footnote 17: _M. Périer milord ..._--Sur ce surnom de _milord_ donné à Claude

Périer, voir t. II, p. 149.]

[Footnote 18: ... _a laissé trois cent cinquante mille francs à chacun._---M.

Périer a laissé dix enfants et 500.000 francs à chacun. (Note au crayon

de R. Colomb.)--En réalité, Claude Périer eut douze enfants, dont deux

moururent jeunes.]

[Footnote 19: ... _auraient palpité ..._--Variante: «_Palpitaient._»]

[Footnote 20: ... _le portrait sérieux et rébarbatif de mon arrière-grand-père

..._--Le manuscrit porte: «_Mon grand-père._»]

Vie de Henri Brulard, tome 1 · 第 34 / 82 题