SCENE VI

HELENE, DUPONT, PUIS MADAME PREVOST

DUPONT

La colère m'aveuglait! S'il était resté une minute de plus, je lui

aurais rentré les mots dans la gorge. Bandit! vaurien!! Canaille,

va!!!... (Un temps, il regarde Hélène) La pauvre femme, la

malheureuse!... reniée, volée, chassée!... Non, mais quelle honte.

C'est à ne pas croire ces choses-là!... (Un temps, il s'approche

d'Hélène qui pleure doucement) Madame Charbonnier, ne pleurez pas comme

ça... vous me faites de la peine.

HELENE

Mon brave Dupont!

DUPONT

Oui, je suis là. Je vous défendrai, moi!

HELENE

Mais vous ne pouvez rien faire... Il va revenir demain matin... pour me

chasser avec mon pauvre petit!

DUPONT

Ah ça! Jamais! Il me passerait plutôt sur le corps!

HELENE

Si c'est son droit, il faudra bien que je parte.

DUPONT

Bons sens de bon sens! Et je serai là impuissant! Je ne pourrai pas les

en empêcher... Ah, ça ne peut pas être, il faut que je cherche... que

je trouve quelque chose...

HELENE

Vous ne trouverez rien, hélas!

DUPONT

Je vais essayer...

Mme Prévost entre, le petit garçon endormi dans les bras. Toutes les

répliques suivantes se disent à voix basse.

MADAME PREVOST

Chut! Le petit dort.

DUPONT, soudain calmé

Pauvre gosse...

HELENE

Mettez-le, sur le lit, tenez...

MADAME PREVOST

C'est ça!... (Elles couchent l'enfant délicatement) Là!...

HELENE

Je le déshabillerai tout à l'heure.

MADAME PREVOST

Il s'est endormi justement comme nous finissions de manger...

maintenant il en a pour jusqu'à de main matin.

DUPONT

Moi, je vais m'en aller... (à Hélène) Je vais vous quitter, madame

Charbonnier.

HELENE

Oui, voici la nuit qui avance.

DUPONT, tendant la main

Au revoir.

HELENE

Au revoir, Dupont.

DUPONT

Je serai là demain à la première heure.

HELENE, soudain angoissée

Oh, oui! ne me laissez pas seule demain?

DUPONT

Comptez sur moi.

MADAME PREVOST

Bonsoir!

HELENE

Bonsoir! (vivement) Merci bien, madame Prévost.

MADAME PREVOST

Oh, il n'y a pas de quoi...

Ils sortent.

HELENE, après un temps d'immobilité

Demain!... (elle range machinalement, puis elle s'arrête et éclate en

sanglots) Oh, c'est affreux!... (Elle pleure, puis va vers le lit et

regarde l'enfant) Mon pauvre petit! demain, on sera dans la rue, tous

les deux!... (elle continue de pleurer. Son désespoir doit aller

croissant de minutes en minutes. Elle va, vient, s'assoit, se lève,

prononce des mots inintelligibles au milieu de ses larmes. Elle prend

sur la commode, la photographie du défunt) Oh, mon pauvre vieux! on

était si heureux!... et maintenant c'est fini... J'ai pu rien!...

J'suis toute seule!... (Elle pose la photographie et reprend sa marche.

Elle fait tomber les pincettes, les ramasse, puis fixe étrangement le

réchaud de charbon de bois). Oh!... (Elle ne pleure plus, mais son

visage exprime une secrète terreur) Non! non!... (Elle recule vers

l'autre extrémité de la pièce sans quitter des yeux le fourneau) Non!

j'peux pas!... pour mon p'tit, j'peux pas. (Il y a lutte en elle. Elle

examine autour d'elle, les yeux agrandis de terreur. Soudain, elle se

décide). Si, si, il le faut! (Ses gestes sont d'un automate. Elle

remplit de charbon le réchaud et le porte au milieu de la pièce. Elle

prend des draps dans l'armoire, les pend devant la porte et la fenêtre,

puis, après un dernier recul, elle s'allonge en sanglotant, près de

l'enfant, sur le lit) Oh, mon p'tit! mon p'tit! mon p'tit! (Ces

derniers mots doivent être une sorte de clameur farouche où l'instinct

lutte encore contre l'horreur et la désespérance. C'est le hurlement

d'agonie de la bête humaine).

RIDEAU

Grande Imp du Centre -- Herbin, Montluçon.

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C'est la loi! · 第 5 / 5 章