En somme, jusqu'à ce jour, le ministère a fait assez bonne figure
dans la bataille, et le duc de Broglie pouvait écrire à son fils,
le 7 février 1848: «Les choses marchent ici laborieusement,
mais glorieusement. La majorité est solide[510].» Toutefois, on
n'avait pas encore abordé la question la plus brûlante et la plus
périlleuse, celle des banquets et de la réforme. Sur ce point, le
projet d'adresse faisait docilement écho au discours du trône; il
parlait des «agitations que soulevaient des passions _ennemies_ ou
des entraînements _aveugles_», et se bornait à des généralités sur
l'ordre social et les libertés publiques, sans un mot qui donnât
pour l'avenir une espérance de réforme. Était-ce répondre au vrai
sentiment des conservateurs? Plus que jamais, on pouvait discerner,
chez un certain nombre d'entre eux, une sorte d'hésitation inquiète,
le sentiment qu'il «fallait faire quelque chose». Dans la lettre
même que je viens de citer, après avoir constaté la «solidité» de la
majorité, le duc de Broglie ajoutait: «Elle n'est ébranlable que par
un point: le désir d'un petit bout de réforme pour satisfaire aux
engagements pris avec les collèges électoraux et apaiser l'opinion
publique, qui est fort gâtée par les banquets et par la mauvaise
année que nous venons de passer.»
[Note 510: _Documents inédits._]
Ce besoin de voir «faire quelque chose» ne se manifestait pas
seulement chez les conservateurs «progressistes», plus ou moins
détachés du cabinet, mais chez les ministériels les plus dévoués.
J'ai déjà eu occasion de parler de l'article que M. de Morny avait
publié dans la _Revue des Deux Mondes_ du 1er janvier 1848[511].
Dans cet article, tout en se défendant d'être un «progressiste» ou
un «dissident», il déclarait que la réforme parlementaire était
«l'objet d'un voeu presque unanime»; sans doute, disait-il, cette
concession aura «moins bonne mine» après les banquets qu'elle
n'aurait eu au commencement de 1847; mais «vouloir introduire
l'amour-propre dans ces situations, c'est refuser au pays sa
participation et son influence; un gouvernement ne doit pas résister
par pique». M. de Morny ne se contenta pas de faire connaître ainsi
son sentiment au public; il vint trouver M. Guizot, qui faisait
cas de son esprit et de son courage. «Prenez-y garde, dit-il au
président du conseil, je ne prétends pas que ce mouvement soit
bon, mais il est réel; il faut lui donner quelque satisfaction.
Dans quelle mesure? Je ne sais pas; mais il y a quelque concession
à faire. Plusieurs de nos amis le pensent sans vous le dire. Si
vous ne vous y prêtez pas, on hésitera, on se divisera.--Vous me
connaissez assez, répondit M. Guizot, pour ne pas supposer qu'à les
considérer en elles-mêmes, j'attache aux réformes dont on parle une
importance capitale; quelques électeurs de plus dans les collèges et
quelques fonctionnaires de moins dans la Chambre ne bouleverseraient
pas l'État. Je ne me fais pas non plus illusion sur la situation
du cabinet; il dure depuis bien longtemps; les assiégeants sont
impatients; et, parmi nos amis assiégés avec nous, quelques-uns
sont las et voudraient bien un peu de repos. S'il ne s'agissait que
de cela, ce serait facile à arranger. Mais ne vous y trompez pas:
l'affaire n'est plus dans la Chambre; on l'en a fait sortir; elle
a passé dans ce monde du dehors, illimité, obscur, bouillonnant,
que les brouillons et les badauds appellent le peuple...--Je le
sais bien, reprit M. de Morny, et c'est à cause de cela que je suis
inquiet; si ce mouvement continue, si on va où il pousse, nous
arriverons je ne sais où, à quelque catastrophe; il faut l'arrêter à
tout prix, et on ne le peut que par quelque concession.--Retirez donc
la question, dit M. Guizot, des mains qui la tiennent aujourd'hui;
qu'elle rentre dans la Chambre; que la majorité fasse un pas dans
le sens des concessions indiquées; si petite qu'elle soit, je vous
réponds qu'elle sera comprise et que vous aurez un nouveau cabinet
qui fera ce que vous croyez nécessaire.--C'est aisé à dire, répondit
M. de Morny, mais ce sera là bien autre chose que la retraite du
cabinet; ce sera la défaite, la désorganisation plus ou moins
profonde, plus ou moins longue, du parti conservateur. Qui sait
ce qui en résulterait? Et qui voudra se faire l'instrument d'un
tel coup?--Je vous comprends, répliqua le président du conseil,
mais, à coup sûr, vous comprenez aussi que ce n'est pas moi qui me
chargerai de cette oeuvre. Qu'une majorité nouvelle en décide. Si la
question rentre dans la Chambre, c'est au groupe réformiste qu'il
appartient de la vider[512].» Ce ne fut pas le seul avis donné alors
à M. Guizot, des dispositions de la majorité. Vers cette époque
(probablement dans les premiers jours de février), un groupe assez
nombreux de députés conservateurs déléguait, après délibération,
deux des leurs, MM. de Goulard et d'Angeville, auprès du président
du conseil, afin d'appeler son attention sur la nécessité de la
réforme parlementaire; ces délégués devaient en outre toucher une
question plus délicate, celle du remplacement de M. Hébert, jugé trop
provocant, et de l'éloignement de M. Génie, compromis par l'«affaire
Petit». M. Guizot reconnut qu'il y avait quelque chose à faire sur
les incompatibilités, mais que cela devait être l'oeuvre du parti
conservateur, accomplie à son heure et non sous l'injonction de
l'opposition; il défendit dans M. Hébert son collègue le plus dévoué;
tout au plus parut-il résigné à se séparer de M. Génie[513].
[Note 511: V. plus haut, p. 325.]
[Note 512: _Mémoires de M. Guizot_, t. VIII, p. 537 à 539.]
[Note 513: Joseph D'ARCAY, _Notes inédites sur M. Thiers_, p. 225
à 229.--L'auteur dit tenir ces renseignements de M. de Goulard.
Seulement il se trompe évidemment, quand il place cette démarche à
la fin de 1847. D'après ce qu'il rapporte lui-même, elle a eu lieu
après l'«affaire Petit». L'opposition paraît en avoir eu, sur le
moment, une connaissance plus ou moins précise; le _National_ en
parle dans les premiers jours de février 1848.--Des démarches de M.
de Morny et de M. de Goulard, on peut rapprocher la lettre suivante,
écrite au Roi, le 24 janvier 1848, par un autre député conservateur,
M. Liadières: «Que le Roi me permette de le dire, il serait
dangereux pour le système conservateur de résister plus longtemps à
l'entraînement des esprits. Je pense, avec un grand nombre de mes
amis, que des réformes sérieuses doivent être préparées, et qu'il
serait utile d'annoncer aux Chambres que le cabinet s'en occupe.»]
De ces diverses démarches, il résultait clairement que la politique
de résistance était à bout. Comme l'a écrit le duc de Broglie: «La
majorité de la majorité était plus d'à moitié vaincue ou convaincue.»
Encore un peu de patience, et l'opposition, obtenait sûrement sa
réforme. C'est le moment qu'elle choisit pour sortir de cette
enceinte parlementaire, où elle touche à la victoire, et pour faire
de nouveau appel à l'agitation extérieure qui ne doit profiter qu'aux
révolutionnaires. On ne saurait comprendre comment elle y a été
amenée, sans revenir de quelques jours en arrière.
Aussitôt la session ouverte, les chefs du centre gauche et de la
gauche modérée avaient déclaré que, ne jugeant pas convenable
d'opposer une tribune populaire à celle du Parlement, ils ne
consentiraient plus désormais à assister à des banquets. Ils
n'étaient d'ailleurs pas fâchés d'avoir une raison d'interrompre
une campagne où ils se sentaient débordés. Dans les premiers jours
de janvier, l'idée s'étant présentée à quelques personnes qu'une
agitation commencée à Paris devait se clore dans la même ville,
il avait été question de faire deux banquets, l'un dans le 2e
arrondissement, l'autre dans le 12e. Invités à y prendre part,
MM. Odilon Barrot, Duvergier de Hauranne et leurs amis, fidèles à
leur résolution, répondirent par un refus formel et invitèrent les
organisateurs à ajourner leur projet. Ceux du 2e arrondissement y
consentirent sans difficulté. Ceux du 12e (c'était le quartier du
Panthéon) persistèrent. Ils formèrent un comité où ils appelèrent
plusieurs députés radicaux, MM. Marie, Crémieux, Garnier-Pagès,
Boissel, et un républicain du Comité central, M. Pagnerre. Puis,
ayant fixé le jour de leur banquet au 19 janvier, ils en donnèrent
avis au commissaire de police. Le gouvernement était résolu à ne
plus user envers les banquets d'une tolérance que beaucoup de
conservateurs lui avaient reprochée. Le préfet de police répondit
donc, le 14 janvier, par un refus d'autorisation, et annonça qu'il
s'opposerait à la réunion[514]. Le comité, tout en retardant
l'exécution de son projet, répliqua que «le préfet avait confondu
une déclaration pure et simple du lieu et du jour du banquet, avec
la demande d'une autorisation qu'on n'avait ni à solliciter, ni à
refuser», et il déclara «regarder la sommation de M. le préfet comme
un acte de pur arbitraire et de nul effet». Interrogé, le 18 janvier,
à la Chambre des pairs par M. d'Alton-Shée, M. Duchâtel dit que le
préfet avait agi par ses ordres; il ajouta que, conformément à de
nombreux précédents, il se tenait pour investi par les lois générales
de police, et notamment par la loi de 1790, du droit d'interdire les
banquets et autres réunions publiques, quand il croyait que l'ordre
était menacé.
[Note 514: On a prétendu plus tard que le projet de banquet était
abandonné, quand le préfet de police était venu le faire reprendre
par son interdiction provocatrice. Cette assertion est démentie par
les pièces mêmes publiées sur le moment.]
L'attitude prise par le gouvernement n'était pas faite pour beaucoup
surprendre. Depuis quelque temps déjà, les ministres n'avaient pas
fait mystère de leur volonté de ne plus tolérer de banquets. Quant
au droit d'interdiction, on n'ignorait pas qu'il avait été souvent
exercé, et que, notamment, sous le ministère du 1er mars, M. de
Rémusat en avait usé contre un des banquets réformistes d'alors[515].
Sans doute, un tel régime n'avait rien de commun avec la liberté de
réunion; mais ne savait-on pas que, sur ce point, comme en matière
d'association, notre législation et nos moeurs publiques étaient
encore fort timides? L'opposition affecta cependant de se trouver en
face d'une prétention exorbitante et d'un attentat imprévu contre
lesquels il était de l'honneur de tous les amis de la liberté de
lutter hautement. Entraînés ou intimidés, M. Odilon Barrot et ses
amis parurent croire que cet incident changeait complètement la
situation et leur imposait des devoirs nouveaux. Quand donc les
délégués radicaux du 12e arrondissement, l'arrêté du préfet de police
et le discours de M. Duchâtel à la main, vinrent leur demander
s'ils persistaient dans leur refus de prendre part au banquet, ils
déclarèrent que non, et promirent leur concours pour la résistance
légale projetée; ils demandèrent seulement et obtinrent que le
banquet fût remis après la discussion de l'adresse, et qu'on leur
laissât le soin d'en fixer la date. Ces monarchistes ne paraissent
pas s'être demandé, un seul instant, jusqu'où pouvait les conduire le
conflit qu'ils retiraient du Parlement pour le porter dans les rues
de Paris, à un moment déjà si troublé et en compagnie si ouvertement
révolutionnaire. Pouvaient-ils mieux justifier le reproche
d'«aveuglement» que leur adressait le discours du trône, et dont ils
se montraient tant indignés? Loin de manifester quelque hésitation à
s'engager dans cette voie, ils ne paraissaient préoccupés que de le
faire avec plus d'éclat et d'une façon plus irrévocable. Afin de se
couper toute retraite, ils convinrent entre eux que M. Duvergier de
Hauranne, inscrit pour parler le premier sur le dernier paragraphe de
l'adresse, annoncerait solennellement sa détermination d'assister au
banquet du 12e arrondissement malgré l'interdiction ministérielle, et
que l'opposition s'associerait à ce défi par ses acclamations.
[Note 515: Voir plus haut, t. IV, p. 181.]
Le programme fut exécuté. Le 7 février, aussitôt la discussion
ouverte sur la question des banquets et de la réforme, M. Duvergier
de Hauranne parut à la tribune. Après avoir déclaré qu'il s'adressait
au pays, non à la Chambre, il ajouta: «Je tiens, quant à moi, les
réunions politiques pour légales, pour libres, et, je le déclare
hautement, je suis tout prêt à m'associer à ceux qui, par un acte
éclatant de résistance légale, voudront prouver jusqu'à quel point,
cinquante-huit ans après notre première révolution, les droits des
citoyens peuvent être confisqués par un arrêté de police.» Comme il
était convenu, les membres de la gauche s'écrièrent: «Nous aussi,
tous!» M. Duvergier de Hauranne recommença ensuite son réquisitoire
habituel contre le gouvernement et fit l'apologie des banquets. Pour
justifier les dynastiques d'y avoir donné la main aux radicaux,
il crut suffisant d'évoquer le souvenir de la coalition de 1839.
Il toucha, en passant, l'exclusion du toast au Roi. «Lorsqu'on a
l'imprudence, disait-il, de faire du Roi un chef de parti et de
le faire parler comme tel, on n'a pas le droit de s'étonner d'un
tel silence. On a dit avec raison que le silence des peuples est
la leçon des rois; faites donc votre profit de celui qui a été
gardé dans quelques banquets, mais n'en faites pas un grief contre
nous.» Puis, se tournant vers les ministres: «Vous nous accusez,
s'écria-t-il, d'être mus par des passions haineuses ou aveugles! nous
vous accusons, nous, de fonder sur des passions, basses et cupides
tout l'espoir de votre domination... Je l'ai dit et je le répète,
nous serions indignes de la liberté, si, forts du droit que nous
donne la constitution, nous allions reculer lâchement devant un ukase
ministériel.»
Commencée sur ce ton, la discussion générale sur le paragraphe se
prolongea pendant trois séances[516]. Toujours même thèse chez les
orateurs de l'opposition. Ils refusaient à la majorité le droit de
blâmer les banquets dans le passé et de les interdire dans l'avenir,
renouvelaient le défi de M. Duvergier de Hauranne, le tout accompagné
de déclamations contre la corruption et le pouvoir personnel,
d'attaques plus ou moins voilées contre le Roi. C'était chez eux
comme un mot d'ordre d'évoquer le souvenir de Charles X. «Ne résistez
pas, disaient-ils; autrement ce ne serait plus seulement une réforme,
ce serait une révolution!» Cette révolution, ils n'y croyaient pas,
et la plupart d'entre eux étaient sincères quand ils protestaient
n'en pas vouloir; mais cela leur paraissait un procédé oratoire
propre à intimider la majorité. Ils ne se faisaient aucun scrupule de
mettre ainsi publiquement en doute la solidité et la durée du régime,
de réhabituer les esprits à voir dans les violences de la rue la
revanche des défaites parlementaires; et ils ne se demandaient pas
ce qu'un tel langage, tenu à la tribune nationale par des hommes se
disant monarchistes, produisait de trouble et d'ébranlement dans la
masse de la nation, d'encouragement chez les révolutionnaires.
[Note 516: 7, 8 et 9 février.]
Du côté du ministère, la lutte fut principalement soutenue par M.
Duchâtel et par M. Hébert, chacun avec son tempérament particulier.
M. Duchâtel, alors dans la plénitude de son talent, fut très net
et très ferme, mais de ton modéré, sans violence, quoique parfois
non sans malice, affectant de montrer plus de bon sens et de raison
que de passion. Il commença par établir juridiquement le droit du
gouvernement et par rappeler les précédents, notamment celui de 1840,
alors que l'un de ses principaux contradicteurs, M. de Malleville,
était sous-secrétaire d'État au ministère de l'intérieur. Quant au
conflit dont on le menaçait dans la rue, il tâchait prudemment de le
faire tourner en controverse judiciaire. «Je crois, disait-il, que
ceux qui, tout à l'heure, comme on l'a déjà fait hier, adressaient
au gouvernement un défi,--défi auquel je ne répondrai pas par un
défi pareil, car je ne veux pas envenimer la question,--je crois
que ceux qui ont adressé ce défi feraient beaucoup mieux de porter
la question devant les tribunaux, que de s'exposer contre leur gré
à provoquer un désordre que je n'hésite pas à dire certain, par
une résistance matérielle aux prescriptions de l'autorité agissant
en vertu de ses droits... Mais je n'hésite pas à dire que, si l'on
croit que le gouvernement, accomplissant son devoir, cédera devant
des manifestations, quelles qu'elles soient, non, il ne cédera pas.»
Et comme la gauche éclatait en clameurs, prétendant que Charles X
ou Ferdinand de Naples n'auraient pas tenu un autre langage, le
ministre, sans se troubler ni s'échauffer, répondait tranquillement
qu'il avait seulement voulu faire bien connaître la résolution où le
gouvernement était de ne pas changer d'avis. Puis, à la fin, sans
hausser la voix et, en quelque sorte, de bonne amitié, il demandait
aux banqueteurs ce qu'on aurait pu leur dire de plus doux que de les
appeler «aveugles». «Nous nous abonnerions parfaitement, ajoutait-il,
à ne subir jamais d'autres qualifications.»
Courageux, hardi, M. Hébert était un discuteur puissant, mais
avec je ne sais quoi d'implacable, de cassant et d'irritant dans
l'argumentation; il allait volontiers jusqu'au bout de toutes ses
thèses, ne craignant ni de porter ni de recevoir les coups. Tandis
que M. Duchâtel s'était borné à revendiquer pour le gouvernement le
droit d'empêcher par mesure de police les réunions dangereuses, M.
Hébert nia d'une façon absolue le droit même de réunion. Aux défis
de l'opposition, il répondit en exprimant dédaigneusement le doute
qu'elle osât les tenir, et il rappela que, lors de la loi de 1834
contre les associations, il y avait eu également des serments de
désobéir, et que les auteurs de ces serments étaient devenus, l'un
pair de France, l'autre député de la majorité conservatrice. C'était
provoquer naturellement la gauche à renouveler ses menaces. Elle
n'y manqua pas. Sur tous les bancs, l'excitation était extrême. À
un moment, M. Odilon Barrot se lève, et, le bras tendu, d'une voix
fatidique, il jette au ministre cette apostrophe: «M. de Polignac et
M. de Peyronnet n'ont jamais parlé ainsi!» Acclamations enthousiastes
de la gauche; exclamations indignées du centre. «Je proteste contre
ces accusations, répond M. Hébert; et loin qu'elles arrêtent mon
courage, loin qu'elles me fassent reculer, elles me démontrent de
plus en plus que j'ai eu raison, que j'ai montré la vérité, que
j'ai touché la plaie. Cette plaie, il n'y a que le maintien juste
et persévérant des lois, malgré ceux qui veulent s'en écarter, qui
pourra la guérir.» «Nous acceptons la menace! Nous n'en avons pas
peur!» crie-t-on de toutes parts à gauche. Les députés sont debout,
poussant des clameurs, trépignant, se montrant le poing. Le ministre,
la tête haute, les bras croisés, pâle, mais résolu, regarde fixement
M. Odilon Barrot. Le président agite sa sonnette, sans pouvoir
dominer un tumulte qui menace de dégénérer en pugilat, et il se voit
réduit à lever la séance.
Le soir même, M. Duchâtel écrivait à M. Guizot: «L'effet de la séance
n'est pas très favorable. Hébert a été trop absolu à la fin. C'est
le sentiment de tous ceux que j'ai vus. Il faut calmer la Chambre.
Nous allons droit à une émeute, pour laquelle j'ai, du reste, toutes
mes mesures prises.» Le _National_, de son côté, saluait avec joie,
«dans cette agitation, dans ces incidents, dans cette véhémence des
apostrophes, dans ces échanges de colère», le «prologue» d'un «autre
drame bien plus palpitant et plus réel». En effet, ces violences ne
pouvaient pas ne pas avoir leur contre-coup dans le pays. À vrai
dire, elles produisaient moins encore d'excitation que de malaise et
d'inquiétude. Mais ce n'était pas de quoi se rassurer; un tel état
d'esprit est souvent le préliminaire des paniques et des débandades.
Chez plus d'un contemporain, on discernait alors l'impression vague
que «tout cela pourrait bien finir d'une façon brutale[517]». Seul
le Roi gardait son entière sécurité. «Tous ces gens-là, disait-il
à son entourage, sont des fiers-à-bras qui veulent intimider le
gouvernement; ils crient, ils s'enivrent de l'encens que leurs
propres journaux leur mettent sous le nez. Mais, quand ils verront
qu'ils n'intimident personne, ils se calmeront[518].»
[Note 517: C'est l'expression dont se servait, à la date même du
9 février, dans son journal intime, un «officier de service aux
Tuileries». (MARNAY _Mémoires secrets_.)]
[Note 518: _Ibid._]
Le moment était venu, pour la Chambre, de conclure et de voter.
Elle se trouvait en présence de divers amendements, tous présentés
par des conservateurs dissidents. La discussion se ralluma à propos
de chacun d'eux et se prolongea encore, avec un acharnement inouï,
pendant trois longues séances[519]. Le premier de ces amendements,
celui de M. Darblay, faisait deux parts des banquets, condamnant les
uns comme factieux, absolvant les autres comme constitutionnels.
Repoussé également par M. Odilon Barrot et par M. Duchâtel, il ne
se trouvait convenir à personne. Ce n'en fut pas moins l'occasion
d'un débat violent. M. Guizot y intervint en quelques mots, avec le
désir visible de corriger ce que la parole de M. Hébert avait eu
de maladroitement provocant. Mais les esprits étaient trop montés
pour que cette tentative pût avoir un heureux effet. Le président du
conseil n'aboutit qu'à faire parler M. Thiers, qui prit hautement
et vivement parti pour les banquets. De là de nouvelles scènes de
tumulte au milieu desquelles l'amendement, mis aux voix, ne réunit
que deux suffrages.
[Note 519: Séances des 10, 11 et 12 février.]
Le jour suivant, ce fut le tour d'un amendement de M. Desmousseaux
de Givré, qui se bornait à supprimer du projet d'adresse le
double reproche d'_aveuglement_ et d'_hostilité_. De nombreux
orateurs l'appuyèrent. M. de Lamartine s'écria d'un ton menaçant:
«Souvenez-vous du Jeu de paume! Le Jeu de paume, Messieurs,
c'est un lieu de réunion fermé par l'autorité, rouvert par la
nation.» MM. de Rémusat et Dufaure, plus habiles, reprochèrent à
la politique ministérielle d'être une politique irréconciliable
et de rendre impossible toute transaction. MM. de Morny, Vitet,
Duchâtel répondirent, avec la préoccupation de ne pas se montrer
agressifs. Un premier vote par assis et levé fut déclaré douteux; on
procéda alors à l'appel nominal, au milieu d'une grande émotion; le
scrutin donna 185 voix pour l'amendement, 228 contre. Le ministère
l'emportait encore; mais, de 80 voix, sa majorité était tombée à 43.
Immédiatement après, le paragraphe de la commission fut adopté par
223 voix contre 18; la gauche s'était abstenue, dans l'espérance de
rendre le vote nul.
Tout n'était pas fini. Un dernier défilé restait à franchir, et
ce n'était pas le moins difficile. On savait en effet, depuis
quelques jours, qu'un député récemment élu, riche manufacturier,
conservateur notoire, bien vu à la cour, M. Sallandrouze, proposait
un paragraphe additionnel où, sans rien retrancher du blâme
infligé aux banquets, il exprimait le voeu que le gouvernement
prît l'initiative de «réformes sages et modérées», notamment de la
«réforme parlementaire». Quelle conduite le ministère devait-il tenir
en face de cette proposition? M. Guizot, on le sait, n'avait pas
personnellement d'objection absolue contre la réforme demandée. Il
n'ignorait pas que cet amendement répondait au sentiment vrai d'une
partie de ses amis; les démarches de M. de Goulard et de M. de Morny
ne pouvaient lui laisser sur ce point aucun doute. Il n'ignorait
pas non plus que la majorité était ébranlée; le dernier vote le lui
avait prouvé. Mais, d'autre part, il se demandait si, après une si
longue résistance, et devant une pareille attaque, il pouvait céder
sans se diminuer. Et puis, pour certains conservateurs qui désiraient
la réforme parlementaire, il en était d'autres qui auraient regardé
toute concession comme une sorte de trahison; ne pouvait-il pas se
croire, envers ces derniers, des devoirs particulièrement étroits?
Était-ce à lui de désorganiser l'armée qu'il avait eu tant de
peine à former? Enfin, il lui fallait compter avec le Roi, plus
décidé que jamais à tout refuser. On racontait que Louis-Philippe
s'était borné à répondre à M. Sallandrouze qui lui démontrait les
avantages de son amendement: «Monsieur Sallandrouze, vendez-vous
bien vos tapis?» De quelque côté qu'on l'envisageât, la situation
était fort embarrassante pour M. Guizot. Céder, malgré le Roi, ne
lui paraissait pas être dans son rôle. Résister absolument comme
l'aurait voulu le Roi, c'était s'exposer à un échec. Cette dernière
perspective, à la vérité, ne déplaisait pas à certains conservateurs,
qui, jugeant l'heure venue de passer la main à d'autres ministres,
voyaient là un moyen de mettre fin à une tension devenue périlleuse.
Tel était notamment le sentiment de M. Duchâtel. Mais d'autres amis
du ministère, dont était le duc de Broglie, estimaient que, dans
l'état de l'Europe, il ne devait pas aller au-devant d'une chute qui
bouleverserait toute notre politique étrangère et mettrait peut-être
la paix en péril[520]. Un tel argument était fait pour agir sur M.
Guizot. Il décida donc, après délibération, de tenir un langage
moins absolu que dans le passé, et il se proposa cette tâche peu
aisée de donner quelque satisfaction ou du moins quelque espérance
aux conservateurs désireux d'une réforme, sans cependant prendre
l'engagement refusé par le Roi.
[Note 520: Quelques jours plus tard, le 17 février, le duc de Broglie
mandait à son fils que quelques personnes eussent préféré que le
ministère se laissât mettre en minorité et se retirât; puis il
ajoutait: «Dans l'état présent de l'Europe, je ne saurais partager ce
sentiment.» (_Documents inédits._)]
Le 12 février, au moment où s'ouvrit la discussion sur l'amendement
de M. Sallandrouze, la Chambre ignorait à quel parti s'était arrêté
le gouvernement. Aussi l'anxiété était-elle grande. Le débat fut
d'abord concentré entre conservateurs; la gauche jugeait plus prudent
de se tenir à l'écart. MM. Sallandrouze et Clappier soutinrent
l'amendement, mais en protestant de leurs bons sentiments à l'égard
du cabinet. MM. de Goulard et de Morny le combattirent, mais en se
prononçant pour la réforme parlementaire. M. Guizot fit ensuite sa
déclaration. «Après ce qui s'est passé naguère dans le pays, dit-il,
en présence de ce qui se passe en Europe, toute innovation du genre
de celle qu'on vous indique et qui aboutirait nécessairement à la
dissolution serait, à notre avis, au dedans une faiblesse, au dehors
une grande imprudence... Le ministère croirait manquer à tous ses
devoirs en s'y prêtant. Il croirait également manquer à ses devoirs,
s'il prenait aujourd'hui, à cette tribune et pour l'avenir, un
engagement. En pareille matière, Messieurs, promettre, c'est plus
que faire; car, en promettant, on détruit ce qui est et on ne le
remplace pas. Un gouvernement sensé peut et doit quelquefois faire
des réformes, il ne les proclame pas d'avance; quand il en croit le
moment venu, il agit; jusque-là, il se tait. Je pourrais dire plus;
je pourrais dire, en m'autorisant des plus illustres exemples, que
jusque-là il les combat; plusieurs des grandes réformes qui ont
été opérées en Angleterre l'ont été par des hommes qui les avaient
combattues jusqu'au moment où ils ont cru devoir les accomplir. En
même temps que je dis cela, le ministère ne méconnaît pas l'état des
esprits, ni dans le pays, ni dans la Chambre; il ne le méconnaît pas
et il en tient compte. Il reconnaît que ces questions doivent être
examinées à fond et vidées dans le cours de cette législature. Ce que
vous me demandez en ce moment, dans votre pensée, c'est ce que fera
le ministère, le jour où viendra définitivement cette question...
Voici ma réponse. Le maintien de l'unité du parti conservateur, le
maintien de la politique conservatrice et de sa force, voilà ce
qui sera l'idée fixe et la règle de conduite du cabinet... Il fera
de sincères efforts pour maintenir, pour rétablir, si vous voulez,
sur cette question, l'unité du parti conservateur, pour que ce soit
le parti conservateur lui-même et tout entier qui en adopte et en
donne au pays la solution. Si une telle transaction dans le sein du
parti conservateur est possible, si les efforts du cabinet dans ce
sens peuvent réussir, la transaction aura lieu. Si cela n'est pas
possible, le cabinet laissera à d'autres la triste tâche de présider
à la désorganisation du parti conservateur et à la ruine de sa
politique.»
En dépit du grand air qu'avait toujours la parole de M. Guizot,
elle n'avait pu, cette fois, masquer complètement l'embarras de sa
situation. De l'effort fait pour donner satisfaction à la fois à
des opinions contradictoires, résultait une sorte d'incertitude et
d'équivoque. Le ministre en disait assez pour que sa résistance, si
longtemps superbe, parût avoir fait place à une demi-capitulation,
pas assez pour désarmer les mécontents. M. Sallandrouze déclara
maintenir son amendement. Par combien de conservateurs allait-il être
suivi? L'incertitude du résultat faisait naître une grande agitation
dans la Chambre; chaque parti envoyait chercher ses amis absents ou
même malades. Dans cette passe périlleuse, le ministère fut sauvé par
MM. Thiers et de Rémusat, qui ne résistèrent pas au plaisir d'appuyer
sur la désorganisation de la majorité, sur l'humiliation du cabinet,
et qui témoignèrent de l'«orgueil» qu'en ressentait l'opposition. Les
conservateurs, ainsi avertis de la portée de leur vote, repoussèrent
l'amendement par 222 voix contre 189. M. Guizot gardait donc la
majorité; mais celle-ci avait subi un nouveau déchet; elle n'était
plus que de 33 voix. «La séance d'hier,--écrivait, le lendemain, dans
son journal intime, un des amis du ministère,--a produit un effet
très peu favorable au cabinet, moins encore par la faiblesse relative
de la majorité, à laquelle on s'attendait, que parce que beaucoup de
gens, ne tenant pas, à mon avis, suffisamment compte des difficultés
de la position du gouvernement, ont trouvé l'attitude de M. Guizot
peu digne et peu franche. Les partisans de la réforme lui reprochent
de n'avoir pas nettement adopté le principe qu'il avouait lui-même
ne pouvoir plus repousser d'une manière absolue et péremptoire, et
d'avoir cherché à se ménager encore des faux-fuyants; les adversaires
systématiques de toute innovation, tels qu'on en compte un bon nombre
dans le parti conservateur, s'indignent, au contraire, de le voir
baisser pavillon devant des exigences auxquelles il a longtemps
opposé de si hautains refus[521].»
[Note 521: _Journal inédit du baron de Viel-Castel._]
Si peu que M. Guizot eût cédé et donné d'espérances aux partisans
de la réforme, il avait dû le faire de sa propre autorité et malgré
le Roi. Le soir même de la séance et devant ceux qui venaient la
lui raconter, Louis-Philippe protestait avec vivacité qu'aucune
promesse n'avait pu être apportée à la tribune par son ministre;
que lui, en tout cas, n'en avait pas fait. «Il n'y aura pas de
réforme, disait-il, je ne le veux pas. Si la Chambre des députés
la vote, j'ai la Chambre des pairs pour la rejeter. Et quand bien
même la Chambre des pairs l'adopterait, mon _veto_ est là[522].» Il
ne faudrait pas, sans doute, prendre trop à la lettre les boutades
un peu intempérantes auxquelles s'abandonnait parfois le Roi.
Néanmoins, il n'est que trop certain que, sur cette question, il
était singulièrement animé et obstiné. Le lendemain, il rabrouait
assez rudement M. de Montalivet, qui venait le féliciter de ce
que son ministère avait fait un premier pas dans la voie des
concessions[523]. C'était évidemment parce que M. Guizot connaissait
cet état d'esprit du Roi et pour adoucir son mécontentement, qu'il
lui écrivait, le 12 février au soir, en sortant de la Chambre: «Voilà
le défilé passé; un des plus difficiles que nous ayons jamais passés.
Je n'ai pris aucun engagement. Si je n'avais pas dit ce que j'ai dit,
l'amendement était adopté et le cabinet renversé. Il y aura bien à
réfléchir dans la session prochaine; car, si on ne parvient pas à
remettre l'unité dans le parti conservateur, la division que j'ai
fait ajourner éclatera, et l'opposition en profitera infailliblement.
En tout cas, le Roi reste parfaitement libre[524].» Rien sans doute
que de vrai dans cette lettre; seulement elle ne s'attachait qu'à
l'une des faces de la déclaration ministérielle. Il était une autre
face que le _Journal des Débats_, soucieux de ménager, non plus
les préventions du Roi, mais celles du public, mettait en lumière
quand il affirmait que les paroles de M. Guizot «n'avaient qu'un
sens possible», qu'elles annonçaient la «solution définitive» de la
réforme parlementaire dans le cours de la législature, que cette
«grande question était décidée en principe, en attendant qu'elle
le fût au scrutin», et que «désormais il n'y avait plus matière à
discussion, ni prétexte aux violences qui avaient affligé le pays».
Le _Journal des Débats_ n'avait certainement pas tenu ce langage à
l'insu de M. Guizot. Ce dernier, du reste, en était déjà à arrêter
quelle réforme non seulement parlementaire, mais électorale, il
pourrait proposer. Le duc de Broglie, qui avait alors toutes ses
confidences, écrivait à son fils: «La semi-réforme a gagné son
procès; il a fallu donner des espérances au parti progressiste devenu
la majorité de la majorité. Il paraît convenu que, comme contre-pied
à l'extension des incompatibilités et à l'admission de la seconde
liste du jury, on rétablira les catégories de la propriété pour la
Chambre des pairs, ce qui donnera à la loi un caractère général et
lui ôtera un peu celui d'une concession[525].»
[Note 522: _Documents inédits._]
[Note 523: _Mémoires inédits de M. de Montalivet._--Plus tard, après
sa chute, dans une conversation très réfléchie et destinée à être
publiée, le Roi a tenu à rappeler qu'il avait désapprouvé le langage
de M. Guizot, et que, quant à lui, il était résolu à «s'en aller»
plutôt que de faire la réforme. (_Abdication du roi Louis-Philippe_
racontée par lui-même et recueillie par M. Édouard LEMOINE, p. 40 à
44.)]
[Note 524: _Revue rétrospective._]
[Note 525: Lettre du 17 février 1848. (_Documents inédits._)]
Aussitôt après le rejet de l'amendement de M. Sallandrouze, la
Chambre procéda au vote sur l'ensemble de l'adresse et l'adopta par
241 voix sur 244; l'opposition s'était abstenue. Ainsi finit, le
12 février, cette bataille, la plus longue et la plus acharnée qui
eût été livrée à la tribune parlementaire, pendant la monarchie de
Juillet. La discussion n'avait pas occupé moins de vingt séances,
avec de singuliers contrastes, tantôt déshonorée par de honteuses
violences, tantôt brillant d'un incomparable éclat oratoire. Ce
n'était pas seulement en France qu'on l'avait suivie avec une
curiosité anxieuse. L'Europe entière tenait les yeux fixés sur le
Palais-Bourbon, car elle n'ignorait pas quel contre-coup aurait sur
ses destinées la victoire ou la défaite du cabinet. Tandis qu'à
Londres, lord Palmerston désirait le renversement de M. Guizot et
y travaillait de son mieux, à Berlin et à Vienne on faisait des
voeux ardents pour son succès[526]. Au plus vif des attaques contre
le ministère français, la princesse de Metternich, causant avec un
diplomate autrichien, ne pouvait s'empêcher de s'écrier: «S'il tombe,
nous sommes tous perdus[527]!» Sans doute le cabinet n'était pas
«tombé»; dans aucun des nombreux votes émis durant ces vingt séances,
il n'avait été mis en minorité. Néanmoins pouvait-on dire qu'il
sortait de là intact? Force était bien d'avouer que, s'il s'était
habilement défendu sur la question financière, s'il avait eu un réel
succès dans le débat sur les affaires extérieures, les séances à
scandale et surtout les dernières discussions sur la réforme avaient
été pour lui d'un fâcheux effet. Tout le monde s'en rendait compte.
Ce n'était pas seulement M. Duvergier de Hauranne qui constatait, au
sortir de la dernière séance, ce sentiment général que «le ministère
était perdu[528]». Parmi les amis même de ce ministère, plus d'un
reconnaissait qu'il était «blessé à mort», qu'il «ne pouvait plus
que se traîner», et que son intérêt était de se retirer le plus tôt
possible[529].
[Note 526: Correspondance de M. le comte de Flahault et de M. le
marquis de Dalmatie avec M. GUIZOT. (_Documents inédits._)]
[Note 527: M. DE HUBNER, _Une année de ma vie_, p. 12.]
[Note 528: _Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne._]
[Note 529: _Journal inédit du baron de Viel-Castel_, à la date du 14
février 1848.]