CHAPITRE III

Le service de table.

Un vieux savant breton me racontait un jour que, pendant une excursion,

faite au temps de sa jeunesse, dans les montagnes d’Arrée, il était

entré à l’heure du repas chez de pauvres paysans. Toute la famille,

occupée à se repaître de la bouillie traditionnelle, entourait un tronc

ou plutôt une souche de chêne, contemporaine sans doute du roi Gradlon

et de saint Corentin, à en juger par ses dimensions extraordinaires.

Coupée à deux pieds du sol, on l’avait creusée, au centre, d’une vaste

cavité destinée à recevoir le bassin contenant la bouillie. Tout autour,

des creux plus petits servaient de bols pour le lait écrémé ou le cidre

dont on détrempe chaque cuillerée de l’épais mélange avant de le porter

à sa bouche.

Entre ce service de table, si étrangement primitif, et celui qui se

pratique dans les maisons princières, il y a place pour de nombreuses

variantes; nous choisirons ce qui se fait dans «une maison bien tenue»

de condition moyenne.

* * * * *

Dans les intérieurs où règne l’étiquette, il est d’usage que les

domestiques qui servent à table ne quittent point la salle à manger. Ils

sont ainsi plus à même de satisfaire aux exigences du service et de

prévenir les désirs des maîtres et de leurs hôtes.--Il en va de même

parfois dans des milieux moins haut placés.--Je conviens que le repas y

gagne en promptitude, en correction, en confortable, mais combien la vie

de famille y perd en agrément!

Le chef de la maison, retenu toute la journée hors de chez lui, ou

absorbé «at home» par ses travaux, ne voit guère les siens réunis qu’à

l’heure des repas; or, la présence de ce témoin, presque toujours

indiscret, qu’est un domestique, enlève toute liberté, tout charme à la

vie commune. Il entend, comprend à sa façon et répète au dehors tous les

propos gros ou menus, les nouvelles, vraies au fausses, qui se débitent

pendant qu’il sert les convives, et les choses dites fort innocemment

peuvent, en passant par son canal, acquérir une fâcheuse gravité.

Quand on est entre soi, que la simplicité du train de vie ne requiert

point un service raffiné, il vaut mieux, selon moi, s’armer d’un peu de

patience et ne laisser entrer le domestique qu’au coup de sonnette.

Ai-je besoin d’ajouter ici que, homme ou femme, toute personne qui sert

à table doit toujours avoir une tenue correcte, les mains très propres,

la coiffure soignée, les vêtements en bon état.

Tout le monde sait que, chez les gens vraiment bien élevés, on ne

converse pas avec les domestiques pendant qu’ils servent. On leur

adresse, en peu de mots, d’un ton modéré, sans familiarité, les

indications nécessaires au service, on leur demande sans brusquerie ce

dont on a besoin, on évite les gronderies prolongées, les reproches

aigres qui les poussent à répondre des insolences; en un mot, on

maintient la paix et la dignité qui ne doivent jamais être bannies des

réunions de famille.

La maîtresse de maison a beaucoup à faire en ceci, car c’est sur elle

que retombe le soin de calmer les impatiences du mari, d’empêcher les

exigences des enfants, de satisfaire les manies des vieux parents et de

ne pas trop peser sur les serviteurs.

Avec du tact, de la bonté, de l’amabilité, de l’abnégation surtout! elle

vient à bout de sa tâche, et elle est bien payée de ses peines par le

bonheur de tous et l’absence d’orages.

Qui doit découper et servir les mets pendant le repas de famille, si on

n’en laisse pas la charge au domestique? Est-ce Madame? Est-ce Monsieur?

Du côté de Madame, on dit: «La maîtresse de maison prend plus de

précautions, sait mieux préserver la bonne tournure des restes, s’occupe

davantage des goûts de chacun. Et puis, en prenant sur elle cette tâche

laborieuse, elle en décharge son mari qui peut ainsi jouir complètement

du repos et du repas.»

Du côté de Monsieur, on réplique: «Un homme a tout autant d’adresse et

plus de force qu’une femme. Il découpe mieux et plus vite et sait tout

aussi bien épargner les pièces. Et puis, la mère de famille a fort à

faire pour la surveillance de ses enfants, celle du service en général;

elle doit s’estimer heureuse d’être aidée. Enfin, ce n’est pas un ennui

pour beaucoup de messieurs que de découper; au contraire, ceux qui s’en

tirent très bien le font volontiers, y mettent une certaine coquetterie

et y trouvent d’honnêtes petites satisfactions de vanité.»

D’ailleurs, qui empêche de partager les labeurs? Madame ne peut-elle pas

se réserver le potage, les légumes et les entremets, et Monsieur tout ce

qui se tranche au fil de l’acier?

Il est prudent, pour ménager la nappe, de glisser devant la personne qui

découpe un napperon en toile frangée ou une natte. Le napperon de toile

qu’une bonne lessive débarrasse de ses taches de graisse me paraît

préférable à la natte qui emmagasine celles-ci.

* * * * *

Tant qu’on est en tête à tête, ou à peu près, et dès que l’on a, ne

fût-ce qu’un convive, il est plus correct et plus agréable de faire

offrir par le domestique le plat contenant les mets disposés en portions

faciles à prendre; ce service se fait par derrière: on présente le plat

_à gauche_ afin que le convive puisse facilement se servir de la main

droite. Le plat doit être posé sur une serviette pliée et être muni

d’une cuillère et d’une fourchette. Les sauces qu’on sert en saucières,

sauce blanche, sauce des rôtis, mayonnaise, etc., sont offertes en même

temps si le domestique est assez habile pour tenir de la main droite le

plat et de la gauche la saucière; tout de suite après le service du

plat, si l’on se défie de son adresse.

Mais quand la famille compte plusieurs enfants déjà grands, il est à peu

près impossible de continuer ce système. Ils n’en finiraient pas de se

servir, voudraient choisir les morceaux, éclabousseraient eux et leurs

voisins, prendraient trop ou trop peu.

En Angleterre, les enfants, tant qu’ils sont _enfants_ à proprement

parler, ne mangent pas avec leurs parents.

La _nursery_ les garde sous son ombre et la _governess_ les maintient

sous une austère discipline. Nos petits Français, plus tendrement

traités, vérifient le texte biblique _et entourent la table comme de

jeunes plants d’oliviers_; seulement les parents paient ce bonheur par

plus de sollicitude et de labeurs. La mère sert alors dans des assiettes

portées aux intéressés par le domestique la part qui revient à chaque

enfant.

En découpant et en servant, les maîtres de maison doivent, d’un coup

d’œil, se rendre compte de la quantité qu’il faut attribuer à chaque

convive afin que les derniers servis ne risquent point de vérifier par

trop le proverbe latin: _Tarde venientibus ossa._

Voici, à ce propos, l’aventure qui arriva il y a bien longtemps à une de

mes bonnes amies.

Toute jeune femme de seize ans, frêle, petite, gracieuse, aussi

ignorante que possible des choses du ménage, surtout à la campagne, elle

venait d’arriver dans un village où son mari avait été nommé percepteur.

Celui-ci, jovial et hospitalier, n’avait rien trouvé de mieux pour fêter

sa bienvenue que d’inviter à un grand festin tous les curés de sa

perception et quelques amis. On était une quinzaine à table. La soupière

arrive, fumante d’effluves savoureux; les narines se dilatent pour les

mieux aspirer, les appétits aiguisés par les longues courses en pleins

champs sentent redoubler leur ardeur... La mignonne épousée plonge

solennellement dans le vaste cratère la _louche_ d’argent à manche de

bois noir, type de la vénérable argenterie de famille.

Avec l’entrain d’une jeune maîtresse de maison à son début, elle verse

le potage dans les grandes assiettes creuses en faïence campagnarde,

vrais gouffres où les cuillerées tombent sans les combler. En quelques

instants la soupière est vide et la moitié des assiettes reste à

remplir... Effarement du mari; la pauvre petite femme fond en larmes; on

s’empresse pour la consoler et... je ne sais trop comment finit

l’histoire; peut-être qu’on se partagea les portions; peut-être aussi

restait-il du bouillon dans la marmite...

* * * * *

Avant le dessert, le domestique enlève tout ce qui a servi au repas,

sauf les verres, c’est-à-dire les assiettes, fourchettes,

porte-couteaux, grands couteaux, salières, huilier, hors-d’œuvre, etc.,

puis, muni d’une brosse spéciale à cet usage, il balaie les mies de

pain, les petits croûtons, etc., qu’il fait tomber dans une corbeille;

puis il place devant chaque convive l’assiette à dessert contenant les

couteaux à fruit et à fromage, l’un à lame d’argent, l’autre à lame

d’acier, et le petit couvert à dessert, cuillère et fourchette. Si dans

la vie de famille, on veut simplifier cet étalage un peu encombrant et

compliqué lorsqu’on est nombreux, il suffit de faire poser sur

l’assiette une petite cuillère et un couteau à dessert.

De même que le beurre doit toujours être accompagné de la pelle à

beurre, le fromage le sera d’un couteau spécial, le sucre en poudre de

sa cuillère ou passoire.

Aussitôt après le repas, on sert le café au petit salon. On apporte un

joli plateau, les tasses, le sucrier, la cafetière, le flacon de cognac,

avec les petits verres, un pot minuscule plein de crème.

Le domestique n’a à s’occuper du service du café que pour apporter ce

plateau; il disparaît dès qu’il l’a posé sur une table ou un guéridon,

les maîtres se servent eux-mêmes ou se font servir par les jeunes filles

de la maison. Le domestique ne viendra reprendre le plateau qu’au coup

de sonnette.

L’instant du café est un instant de repos, de loisir, de détente, il ne

doit pas être soumis à la réglementation des heures de repas. Cependant,

il est dans l’ordre d’une bonne maison que le plateau à café ne traîne

pas pendant des heures dans la pièce où se tient la famille. Dès que

celle-ci est dispersée pour reprendre ses occupations, on le fait

enlever.

Il est entendu que je ne parle ici que de la vie de tous les jours dans

une condition moyenne, car si le maître de la maison prend le café au

fumoir, il est «seigneur en son logis» et se fait servir et desservir

comme bon lui semble.

Le moment du café est aussi celui des liqueurs. Il me paraît inutile de

parler de leur service, qu’il se fasse dans les cruchons et bouteilles

qui attestent l’authenticité de leur provenance ou dans des cruches,

fioles, flacons en cristal plus ou moins ornementés. Je rappellerai

seulement qu’il ne faut point laisser _envieillir_ la petite couche de

liqueur restant au fond du verre, car elle s’y cristallise en très peu

de temps et devient très dure à enlever.

On veillera donc à ce que les verres à liqueur soient nettoyés

immédiatement après qu’on s’en est servi. Même observation pour les

«gouttes» qui filent le long du carafon ou des bouteilles et poissent

aux doigts quand on saisit le goulot.

Toutes ces prescriptions narrées ainsi par le détail semblent

minutieuses et taquines à l’excès, mais je prie de remarquer que c’est

en somme une affaire de dressage. Cela fait partie du service d’un bon

domestique, et quand il a pris ce genre d’habitudes, il les continue

d’instinct pour ainsi dire, et il lui paraît tout naturel de ne remettre

en place que des objets parfaitement nets.

* * * * *

Dès que la salle à manger est vide, si le service est bien organisé,

elle sera promptement débarrassée des traces du repas.

On se sert maintenant pour desservir de plateaux de chêne sur lesquels

on pose la vaisselle qui doit être emportée à la cuisine pour le

nettoyage. Ces plateaux, en bois massif, sans placage ni vernis, sont

d’un entretien facile quant à la propreté et évitent les gaucheries et

«la casse». Je n’ai jamais apprécié l’usage de ces paniers ou corbeilles

à argenterie, soit en osier, soit en tôle vernie, etc., employés par nos

grands-parents. Fatalement, ils s’imprègnent au contact des cuillères,

fourchettes, couteaux, encore enduits d’aliments gras, d’une tenace et

détestable odeur de ranci. Les lavages ne font que détériorer le

malencontreux récipient.

Le panier à verres est-il bien utile? Lui aussi, pour peu qu’on y laisse

des verres à demi pleins dont le contenu saute au dehors pendant le

transport, s’imbibe de vin, de bière, d’odeurs de cabaret, indignes

d’une «maison bien tenue». Ce sont là de ces inutilités qui sous

prétexte de simplifier le service le compliquent singulièrement. En

somme, pourquoi ne pas se contenter du plateau à desservir qui répond à

tous les besoins?

La vaisselle doit être lavée après _chaque repas_, et remise en place

_le plus tôt_ possible; rien n’accuse le désordre d’une maison comme des

plats chargés de restes, des verres non lavés, des coupes de fruits ou

de compotes entamés, des accessoires de table, etc., restant jusqu’à

trois heures de l’après-midi sur le desservant.

J’ai dit plus haut que la desserte (à part quelques assiettes de

friandises) ne devait point être rangée dans les buffets de salle à

manger; si l’on possède un office, elle y trouve tout naturellement sa

place. Enfin, il faut faire prendre aux domestiques l’habitude de

compter les couverts et pièces d’argenterie tous les jours, et les

compter soi-même souvent. C’est ainsi qu’on s’aperçoit des pertes et

larcins et aussi qu’on les prévient.

* * * * *

Il n’y a point à vrai dire de «service de table» compliqué pour le petit

déjeuner du matin. Les uns le prennent dans leur chambre, les autres

dans la salle à manger, ce qui est plus commode, plus gai et plus

hygiénique, surtout si la famille est nombreuse. En ce cas, on emploie

une nappe carrée ou rectangulaire frangée ou bordée de grosse guipure et

qui couvre la table sans en dépasser les bords. Sur cette nappe on

dispose avec symétrie les tasses à déjeuner avec leur soucoupe, la

corbeille contenant les petits pains, la beurrière, le sucrier, le pot à

lait rempli de lait bouillant, cafetière, théière, chocolatière suivant

les goûts et les habitudes de la maison; pour l’argenterie, couverts et

petits couteaux de la taille du service à dessert.

Dans une maison bien tenue, on ne flâne point sur le premier déjeuner,

car tout le service de la matinée, très chargé d’ordinaire, s’en

ressentirait.

Les membres de la famille qui, pour une raison ou autre, âge, maladie,

habitude, fantaisie, ne veulent point se presser, sont servis dans leur

chambre, sur un plateau garni d’une petite nappe ornée. Il est bon de

choisir pour ces petites nappes un tissu et un mode de garniture qui

supportent bien le blanchissage à fond, car elles sont exposées aux

taches de beurre, de lait, de café, de chocolat, qui résistent aux

savonnages légers.

Pour ce service, une vaisselle spéciale est indispensable: théière,

sucrier, assiette à beurre, doivent être de petite dimension, de même

que les récipients pour le café, le lait, le chocolat, qui ne doivent

contenir que la quantité nécessaire pour une ou deux tasses.

En effet, s’ils étaient plus grands, ils encombreraient le plateau, le

chargeraient d’un poids trop lourd et rendraient son transport

difficile. Ajouterai-je qu’il ne faut point tomber dans l’excès

contraire et mettre les gens à la portion congrue (comme on disait

jadis) en servant leur déjeuner dans une vaisselle digne de la poupée?

Les heures des repas ont beaucoup varié en France. Sans remonter au

temps du vieux dicton:

Lever à six,

Dîner à dix,

Souper à six,

Coucher à dix,

Fait vivre l’homme dix fois dix,

si l’on s’en tient à ce qui se passait il y a cinquante ans dans les

familles aisées, on se rappellera qu’on dînait à six heures, parfois à

cinq ou cinq et demie, plus rarement à six et demie. Peu à peu, l’on a

poussé jusqu’à sept heures, puis à sept et demie, et même maintenant on

atteint huit heures. D’autre part, l’heure du déjeuner ayant peu changé

et ne dépassant guère midi, il reste un long espace que l’aimable

habitude du _lunch_ empruntée aux Anglais est venue partager. La santé y

trouve son compte aussi bien que l’agrément, car l’estomac n’a plus à

souffrir de tiraillements pénibles, pendant une longue suite d’heures,

et le repas du soir, moins copieux, moins prolongé, est plus conforme

aux lois d’une bonne hygiène.

Autrefois les enfants seuls goûtaient, leurs parents maintenant font de

même, et font bien.

Le «five o’clock tea» élégant, recherché dans son service et ses

éléments, trouvera sa place plus loin; je n’en parle donc ici que pour

mémoire; c’est du lunch de famille que nous nous occupons. Sur une table

_ad hoc_, ni grande, c’est trop solennel, ni petite, ce n’est pas

commode, on étend une jolie nappe frangée garnie de guipure, brodée de

couleurs vives, ornée de points à jour, agrémentée de cent façons selon

le goût et l’habileté des dames du logis.

Cette nappe recevra les tasses à thé avec leur petite cuillère; les

tasses à chocolat, un peu différentes de forme; la théière accompagnée

de la bouilloire à lampe à alcool, ou le samovar, qui, portant un

fourneau intérieur, dispense de la bouilloire; la chocolatière, le

sucrier, le pot à crème, le seau à biscuits, le flacon de rhum, une

assiette de rôties beurrées, et si l’on a l’habitude de luncher un peu

solidement, une assiette de sandwiches au jambon et un gros gâteau:

brioche, galette, plum-cake, kugelhof, etc, etc.

En été, les messieurs aiment à voir joindre au lunch de la bière et du

vin blanc. On les sert généralement à part sur un guéridon portant le

service à bière, c’est-à-dire un plateau avec cruches et verres

assortis, carafe à anse et verres à pied pour le vin blanc. A la

campagne, on peut, si l’on veut, y ajouter des fruits, de la crème

fraîche. On sert alors sous la tente d’une terrasse, sous l’ombrage de

quelque bel arbre, au milieu des pelouses, des corbeilles de fleurs;

c’est un des plus délicieux moments de la journée.

Les domestiques n’ont à intervenir dans le service du lunch que pour

apporter les plateaux et les remporter; le reste est fait par les dames

de la maison, les jeunes surtout, à qui ce léger office donne l’occasion

de déployer beaucoup de grâce, d’amabilité... et de mettre de ravissants

tabliers.

Pour terminer, qu’on me permette une petite digression culinaire, on

l’excusera en faveur des bons résultats qu’elle peut produire.

Jamais, ou presque jamais (il ne faut pas être trop absolu), les

domestiques ne font bien le thé. Ce divin breuvage demande des soins

scrupuleux dont ils font fi, le plus souvent, les jugeant inutiles et

tyranniques. Avec le samovar ou la bouilloire, il est si facile d’opérer

soi-même que les vrais amateurs n’hésitent pas.

Faut-il rappeler aussi que les biscuits anglais doivent être croquants,

les sandwiches minces, les rôties dorées également de part et d’autre,

le beurre fin et frais, la crème fraîche, et le rhum... du bon coin?

Une maison bien tenue · 第 10 / 29 题