CACHET D'ABD-EL-KADER.

Le cachet (en arabe tabaa) est le sceau de nos anciens seigneurs du

Moyen-Age; mais au lieu de représenter les armoiries, le cachet arabe ne

contient en général que le nom de son possesseur, avec une courte

légende pieuse. Les fonctionnaires arabes ont seuls le droit d'avoir un

cachet, et on le leur retire lorsqu'ils sont destitués. Cet usage est

particulier à l'Algérie. Aussi le fonctionnaire arabe ne se sépare-t-il

de son cachet, qui est sa vie, dans aucune circonstance, ni le jour ni

la nuit. Il n'a d'ailleurs pas d'autre signature officielle.

Voici les différentes inscriptions gravées sur le cachet d'Abd-el-Kader.

[Illustration.]

Au centre voyez deux triangles: Abd-el-Kader ben (fils) de Mahi-Eddin,

1218 (année de l'hégire correspondant à l'an du Christ 1832), époque à

laquelle Abd-el-Kader a été proclamé sultan.

Les deux grands triangles forment, par leur application l'un sur

l'autre, six petits triangle. Dans le premier, en haut, on lit: _Allah_

(Dieu): dans les deux à gauche; Mohammed, _Abou-Bekr_; dans les deux à

droite: _Ali Osman_; dans le dernier, en bas: _Omar_, (Abou-Bekr, Ali,

Osman et Omar sont les quatre premiers khalifes successeurs de Mahomet.)

Dans les six compartimente, en dehors des deux triangles, en commençant

par le compartiment inférieur à droite du triangle dont la pointe est en

bas, on lit: _Mondana_ (notre Maître); _Emir-el-Mommenin_ (Prince des

Croyants); _El-Mansour_ (le Victorieux); _Billah_ (par Dieu); _El-Kader_

(le Puissant); El-Moutin (le Solide).

L'inscription entre les deux cercles concentriques renferme la légende,

en commençant au-dessus du mot El-Mansour. Celui qui aura par

l'intervention du Prophète l'assistance protectrice de Dieu, si les

lions le rencontrent, ils fuiront dans leur tanière.

Le recrutement en France.

Le système de recrutement adopté dans un pays est la base de toute son

organisation militaire, puisque c'est le recrutement qui fournit les

éléments essentiels de l'armée. Un projet de loi destiné à établir le

nôtre sur des bases fixes et définitives vient d'être adopté avec des

modifications par la Chambre des Pairs.

L'engagement volontaire à pris d'argent, conséquence d'une civilisation

politique désormais arriérée, est devenu insuffisant et impraticable. La

loi le proscrit comme un principe d'avilissement pour l'armée. Il est

encore employé en Angleterre, parce que l'armée, simple instrument de

domination extérieure, n'y a qu'une importance secondaire; mais là même

on a été obligé d'instituer pour la défense du sol une milice recrutée

par la voie du sort. L'obligation du tous les membres de la société de

concourir à sa défense, condition nécessaire de la théorie politique qui

fait de l'État la chose de tous et donne à tout homme une patrie, est

universellement reconnu en Europe.

En Russie, les serfs, choisis arbitrairement pour le métier de soldats,

servent vingt-cinq années, au bout desquelles ils ont, pour récompense,

la qualité d'hommes libres et des emplois subalternes dans

l'administration et surtout dans la police. L'armée est ainsi composée

en grande majorité de vieux soldats. Elle coûte peu, parce que les

denrées de première nécessité sont abondantes en Russie comme dans tous

les pays neufs, et parce que les besoins d'un peuple de serfs sont

bornés. On a calculé, en effet, qu'un fantassin anglais coûtait autant à

entretenir que deux fantassins français, trois prussiens et dix russes.

D'ailleurs, d'une portion de ces hommes voués pour leur vie au métier

des armes, on a formé des colonies militaires qui, livrées à la culture

se nourrissent et s'entretiennent elles-mêmes, et sont prêtes comme les

tribus cosaques à se lever en armes au premier signal.

Le système de la Prusse est tout différent. Tout homme y est, de droit,

soldat pour toute sa vie. Mais le service dans l'armée active n'est que

de cinq années. Les soldats en passent trois seulement en service actif

sous les drapeaux, et les deux dernières en congé, en réserve, à la

disposition du gouvernement, mais dans leurs foyers. Le sort désigne

ceux qui doivent faire partie de l'armée; mais lorsque des jeunes gens

de vingt-un ans paraissent n'avoir pas atteint tout le développement

physique dont ils sont susceptibles, on les renvoie au tirage de l'année

suivante, puis à une autre encore, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'ils

aient atteint l'âge de vingt-cinq ans. Aucun remplacement n'est permis,

et l'on a vu les fils mêmes du roi monter la garde comme soldats à la

porte du palais de leur père. Seulement les volontaires qui s'arment et

s'équipent eux-mêmes ne sont tenus qu'à une année de service dans les

corps de tirailleurs et de chasseurs. Ainsi font les étudiants des

Universités. La charge du service, par cette répartition égale sur tous,

se trouve singulièrement allégée, et, pour la rendre encore moins

onéreuse, les régiments sont cantonnés chacun dans un district spécial

où il reste toujours et qui fournit à son recrutement; de sorte que les

soldats ne s'éloignent pas de leur pays natal, de leurs foyers, de leurs

intérêts ou de leurs travaux.

Au sortir de l'armée on entre pour sept ans dans la _landisher_ du

premier ban, dont font partie, d'ailleurs, jusqu'à l'âge de trente-deux

ans, tous les hommes propres à la guerre qui n'ont pas été incorporés

dans l'armée de ligne. Ce premier ban _landisher_ est une véritable

armée de réserve, pourvue d'une organisation complète, qui diffère de

celle de l'armée active en cela seulement, que l'infanterie, la

cavalerie et l'artillerie sont réunies dans les mêmes régiments, devenus

ainsi des espèces de légions romaines. Elle est formée en divisions et

entre avec l'armée de ligne dans l'organisation permanente des _corps

d'armée_. Les divers corps dont elle est composée se rassemblent tous

les ans, au printemps ou à l'automne, dans des camps de manoeuvres, pour

conserver leur instruction et se former aux habitudes guerrières. Mais

cette armée citoyenne, commandée par des officier» au choix desquels

elle concourt, reste dans ses foyers, ne coûtant rien au trésor, sinon

pendant le temps des manoeuvres, et sauf 500,000 francs employés à

l'entretien d'un état-major peu nombreux. Une seconde réserve,

disponible aussi en temps de guerre, consiste dans la _landisher_ du

second ban, formée des citoyens de trente-deux à quarante ans qui ont

servi dans l'armée ou dans la _landisher_, et présente encore, de l'avis

des militaires les plus éclairés, toute la consistance d'une armée

véritable. Tout cela fait un ensemble d'environ 600,000 hommes

organisés, sans parler de la _landsturm_, ou levée en masse, composée de

tous les autres citoyens valides de dix-sept à cinquante ans. A la fin

de 1825, on comptait, au total, un million d'hommes exercés et soumis au

service militaire. Pour obtenir ces immenses résultats, la Prusse n'a

besoin d'avoir sur pied que 100,000 soldats, que 6,000 officiers, et ne

dépense que 78 millions, quoique les officiers soient mieux payés que

chez nous.

Le système adopté en France nous force, au contraire, à tenir toujours

sur pied 350,000 hommes, et en cas de guerre nous n'avons pour renforcer

cette armée que 130,000 hommes au plus, composés en partie des soldats

en congé illimité, mais aussi en grande partie de conscrits qui n'ont

pas été appelés sous les drapeaux, c'est-à-dire d'hommes tout-à-fait

étrangers aux armes. Ainsi, avec 31 millions d'habitants, la France

arrive péniblement et très imparfaitement au pied de guerre de 500,000

hommes, que la Prusse peut atteindre avec sa population de 14 millions.

Le mode de recrutement est cependant bien rigoureux. Lorsque des 300,000

conscrits environ dont se compose la classe de chaque année, on a

retranché ceux qui sont dispensés du service pour cause d'exemption

légale, pour défaut de taille, faiblesse physique ou infirmités, ceux

qui restent soumis à la grande épreuve voient leurs destinées jetées aux

chances d'une loterie qui n'offre pas un bon numéro sur deux. Au sortir

de la salle du tirage les fortunes les plus diverses vont commencer pour

eux. Les heureux, une moitié à peu près, rendus à l'indépendance, vont

se livrer en paix et sans distraction aux travaux de leur état, aux

plaisirs de la jeunesse, aux joies de la famille. Les autres quittent le

foyer domestique pour errer de caserne en caserne dans des lieux où

nulle affection ne les attend, interrompent leur carrière, compromettent

tout leur avenir, perdent quelquefois tout leur bonheur, voient enfin

leurs plus belles années vouées à une vie pauvre, dure, monotone.

Arrachés à la juridiction tutélaire des lois civiles, ils subissent le

despotisme nécessaire d'une discipline inexorable, le joug de

l'obéissance passive et l'empire de rigoureux devoirs qui souvent

révoltent la conscience, dans cet isolement, plus de guide ou d'appui

pour leur moralité, plus de secours dans leurs dénûments et leurs

erreurs, et, à la moindre faute, de terribles châtiments qui les

flétrissent lorsqu'ils ne leur arrachent pas la vie. Je ne parle pas des

dangers de toute espèce qui les environnent, et parmi lesquels ceux du

champ de bataille ne comptent pas, pour ainsi dire, voilés qu'ils sont

par l'enthousiasme et entourés d'une auréole de gloire. Et quelle

récompense, quelle indemnité de tant de sacrifices? aucune. Bien plus,

cet homme dont on a ainsi dérangé toute l'existence, dès qu'on n'a plus

un besoin présent de son service, on le renvoie cher lui sans solde,

sans moyen de subsistance et d'entretien, et dans l'impossibilité

d'entreprendre aucun état, puisqu'il est toujours soldat, et peut, à

tout moment, être rappelé sous les drapeaux.

Certes, cette répartition, par l'aveugle caprice du sort, de conditions

si inégales entre elles, sans être injuste au fond, puisque tous en

courent également la chance, est cependant d'une équité très imparfaite

et un peu barbare; le seul correctif à ce défaut est la faculté du

remplacement, qui offre elle-même des inconvénients bien graves. D'abord

elle choque l'égalité en donnant à la richesse le privilège d'exempter

des devoirs personnels les plus pénibles. Est-il bien juste qu'une

différence de quelques écus assure à l'un l'indépendance, impose à

l'autre le sacrifice de sa jeunesse et peut-être de sa vie? D'ailleurs

le remplacement altère le caractère national et civique de l'armée. La

moralité très inférieure des hommes qu'il appelle dans ses rangs y

multiplie les méfaits, y porte la corruption en bannit l'honneur, nerf

de toute bonne armée, rend enfin nécessaire le maintien d'un régime

pénal dont la barbarie choquante pour nos moeurs est une véritable cruauté

à l'égard des autres soldats. En effet, tandis que sur cent

quarante-deux jeunes soldats, appelés par la loi il n'y a d'ordinaire

qu'un condamné, il y en a un sur cinquante-neuf remplaçants. Le mal

s'est accru surtout depuis que des sociétés de spéculateurs,

ressuscitant sous des formes moins hideuses les infâmes racoleurs

d'autrefois, se sont mis à accaparer dans tout le pays les hommes à

vendre, pour en faire le commerce. Le projet de loi présenté en 1811

attaquait le mal dans sa racine en interdisant les compagnies de

remplacement, La Chambre des Députés crut que c'était entraver

l'exercice d'un droit. Le projet actuel, rédigé d'après l'avis d'une

commission choisie dans les deux Chambres, cherche à atteindre

indirectement le même but en exigeant pour chaque remplacement un

contrat authentique et le versement du prix dans une caisse publique.

Par là on gêne cette espèce de remplacement en masse qui s'opérait par

l'intermédiaire des compagnies; on prévient aussi les fraudes trop

fréquentes dont étaient victimes les remplaçants; enfin, on leur procure

pour leur pécule un placement sûr, qui est une garantie de moralité.

Une disposition plus importante de ce projet de loi est celle qui porte

à huit ans au lieu de sept la durée du service militaire. Ces huit ans

ne devant même courir que du mois de juillet, époque de l'arrivée sous

les drapeaux du contingent de chaque année, c'est en réalité dix-huit

mois de plus. Cette innovation est sans doute nécessaire pour donner

quelque valeur à notre système d'organisation militaire, puisque l'on

renonce définitivement au système des réserves à la prussienne. Ces huit

ans de service mettent à la disposition du gouvernement huit contingents

entiers. Or, chaque contingent annuel étant toujours supposé de 80,000

hommes, comme sur ces 80,000, déduction faite des hommes reconnus

incapables, des exemptés et des conscrits destinés à la marine, il n'en

arrive guère réellement que 65,000 à l'armée de terre; comme il faut

encore en déduire les pertes éprouvées pendant la durée du service, les

huit contingents réunis ne font pas plus de 150,000 hommes mis à la

disposition du gouvernement. Ajoutez-y environ 90,000 hommes qui ne

proviennent pas des appels, savoir, les officiers, la gendarmerie, les

vétérans, les engagés, etc., vous trouverez un effectif de 5 à 600,000

hommes pour le pied de guerre. On arriverait à 600,000 hommes complets

en portant la durée du service à neuf ans pleins, comme il a été proposé

dans la discussion à la Chambre des Pairs. Nous pensons, pour notre

part, qu'il en faudra venir là afin d'assurer au système actuel son

plein et entier effet; mais nous espérons qu'alors on trouvera le moyen

d'indemniser les citoyens sur qui tombera une charge si lourde, soit par

des avantages civils, soit, tout au moins, par des honneurs et des

marques de distinction, qui devraient être acquis de droit à tout homme

ayant honorablement fourni son temps de service.

Un article du projet de gouvernement, que la Chambre des Pairs a

repoussé et qui a été abandonné par le ministère de la Guerre, ordonnait

que le contingent tout entier de chaque année serait appelé sous les

drapeaux. L'établissement de cette règle avait pour but défaire que tous

les hommes dont se compose la réserve eussent, avant d'y entrer, reçu

pendant deux ou trois ans l'instruction militaire; de sorte qu'au moment

où on les appellerait pour porter l'armée au pied de guerre, on trouvât

en eux des soldats tout faits et non des conscrits qu'il faut drosser à

grands frais presque sous le feu de l'ennemi, comme cela est arrivé en

1810. On a fermé les yeux sur les avantages de ce projet parce qu'il

obligeait à ne garder les soldats d'infanterie que trois ans au service

actif, ce qui ne permettrait pas, dit-on, de leur inculquer assez

profondément l'esprit de corps et les laisserait trop citoyens. Le

gouvernement conservera donc la faculté de laisser dans leurs foyers une

partie des jeunes soldats de chaque contingent annuel, et de délivrer

des congés illimités quand et à qui il voudra.

Napoléon avait rêvé pour la France une organisation militaire bien

différente. Il voulait classer toute la population virile en plusieurs

bans destinés à se lever successivement pour la défense du pays, il

espérait ainsi réduire considérablement le chiffre de l'armée permanente

en augmentant dans une égale proportion la force défensive de la nation.

L'armée devait, selon lui, devenir une sorte de haute école où tous

auraient reçu, en quelque sorte, le baptême civique, et dans le sein de

laquelle chacun aurait trouvé à continuer ses études, son apprentissage

ou sa profession; l'organisation industrielle aurait marché avec

l'organisation guerrière. Si quelque chose se rapproche de ces idées,

c'est l'organisation de l'armée prussienne et non celle de notre force

militaire.

Quelques mots, pour terminer, sur un point trop peu étudié jusqu'à

présent. On s'est justement inquiété du tort que l'entretien des armées

permanentes cause à la richesse, à l'industrie, à la civilisation d'un

peuple, mais fort peu du préjudice qu'éprouvent souvent sans nécessité

les citoyens privés, par le service militaire, de s'employer utilement

pour eux et pour la société. Ce préjudice est grand, car ces hommes ne

perdent pas seulement le temps consacré au service, mais leur aptitude

au travail, leurs chances d'emploi et les années de leur vie les plus

importantes pour se créer une carrière. Il est surtout injustifiable,

puisqu'alors aucune compensation n'y est attachée, à l'égard des soldats

qu'on renvoie chez eux en disponibilité, sans solde, sans moyens de

subsistance assurés et dans une situation précaire qui ne leur permet

pas de tirer bon parti d'eux-mêmes. L'application de l'armée aux travaux

publics est un moyen tout-à-fait insuffisant pour corriger ce mal.

D'ailleurs, assujétir à des travaux de manoeuvres des hommes de

conditions et d'aptitudes diverses, c'est changer leur service en

esclavage. Il faut donc en venir à l'idée émise par Napoléon, d'établir

au sein de l'armée des corporations de travailleurs, des ateliers pour

toutes les branches de l'activité humaine, où soldats et officiers

trouveraient l'emploi de leurs talents, de leur activité, de leurs

facultés. Ce serait, tout en complétant l'organisation de l'armée,

commencer par les moyens les plus avantageux cette organisation générale

du travail qu'appellent aujourd'hui tous les esprits prévoyants et

progressifs.

Mode.

Il y a des temps où la mode est simple et triste; cette année, elle

voulait être brillante; on avait abordé franchement à la ville les

couleurs claires, la soie lilas, bleue, rose, et voilà le mauvais temps

qui a jeté un voile sombre sur toutes ces élégances. Ne se servira-t-on

donc pas de l'ombrelle que vous voyez sur note dessin? Et ce chapeau de

crêpe rose si frais dont toute la grâce est due au talent de madame

Alexandrine, ne pourra-t-il se montrer aux promenades du matin? Mais la

rigueur du temps s'apaise.

Aux robes d'étoffes épaisses, on fait les corsages montant, un jabot,

des manchettes, une écharpe algérienne; c'est une gracieuse toilette de

ville, dont nous aimons à donner le modèle.

Pour les modes d'hommes, nous ne saurions louer ces paletots Tweed qu'il

nous faut subir, mais que nous avons le droit de trouver fort laids.

Nous aimons mieux donner le dessin d'un habit d'Humann.

La fantaisie est aux carreaux pour les pantalons et les gilets; quant

aux coupes, ce sont toujours les revers et les collets longs et aplatis;

les basques longues et carrées; les gilets longs et descendant en

pointe; les pantalons un peu larges du bas.

Le mauvais temps avait retardé les départs pour la campagne; aujourd'hui

il se fait beaucoup de préparatifs; ainsi nous voyons des redingotes en

coutil de fil, fermées par des boutons ou par une passementerie, qui

seront bien pour les courses du matin. Les corsages sont très moulants;

un petit cul Louis XIII doit compléter le costume.

Pour le soir, après la promenade des champs ou des bois, viennent les

robes de tarlatane à deux jupes formant tuniques ou jupe seule garnie de

deux hauts volants découpés. On fait encore des peignoirs blancs doublés

de soie rose de Chine; une petite garniture à la vieille doit se poser

sur les devants de la jupe, autour du corsage et des manches justes, qui

sont demi-longues. Ajoutez à cette toilette négligée une pointe de

dentelle posée sur les cheveux, avec un bouquet de côté ou deux choux de

rubans, cela formera un ensemble gracieux. Il se fait aussi une grande

variété de robes de barége; barége uni, barége à carreaux et à raies

satinées, à corsages décolletés, et dessus un fichu à la paysanne qui

vient s'attacher avec un bouquet de fleurs naturelles ou une épingle

grand'mère, car les vieux bijoux sont aussi retenus: la mode, qui

emporte si rapidement une innovation, la rapporte plus tard, et nous la

recevons avec faveur, parce que si voir est un plaisir, revoir est un

bonheur. Et puis, nous trouvons dans ce capricieux mélange d'atours d'un

siècle avec un autre des souvenirs sérieux qui ajoutent du charme à ces

frivolités de la toilette.

Nécrologie.--Bouvard.

[Illustration: Alexis Bouvard.]

BOUVARD (Alexis), savant et laborieux astronome attaché à l'Observatoire

de Paris, est né entre Sallanche et Chamounix, au pied du Mont-Blanc, le

27 juin 1767. Il vint à Paris en 1785, où il suivit assidûment les cours

du Collège de France. Ses parents le destinaient au négoce; il resta

quelque temps incertain entre la chirurgie et les mathématiques; mais

les mathématiques remportèrent, et il se livra avec passion à l'étude le

l'astronomie. Admis provisoirement à l'Observatoire en 1793, nommé

astronome adjoint en 1795, membre de l'Institut en 1803 et du bureau des

Longitudes en 1804, il n'a cessé de rendre à la science les plus

importants services. Bouvard a découvert huit comètes dont il a calculé

les éléments paraboliques. En 1800, il partagea avec M, Burg; un prix

proposé par l'Institut sur _les moyens mouvements de la lune_; la

collection des volumes intitulés: _Connaissances des Temps à l'usage des

Astronomes et des Navigateurs_ contient un grand nombre d'articles qui

lui sont dus; il travailla au grand ouvrage de la _Mécanique Céleste_

dont l'auteur lui confia les détails et les calculs astronomiques. Il

s'est félicité toute sa vie de cette glorieuse collaboration avec notre

illustre Laplace. Bouvard obtint une mention honorable au concours

décennal pour ses _nouvelles tables de Jupiter et de Saturne_, qu'il

augmenta, en 1821, des _tables d'Uranus_. C'est ce que nous avons de

plus précis sur cette planète, qui, depuis sa découverte en 1781, n'a

pas encore terminé sa révolution (quatre-vingt-quatre ans). On lui doit

de précieuses notes sur l'ouvrage de l'astronome arabe Ebn-Iounis et des

_tables_ du plus haut intérêt publiées chaque année dans _L'Annuaire_ du

Bureau des Longitudes. Nous aimons à consigner ici que Bouvard, qui

soutint sa famille pauvre sans se lasser jamais, laisse dans le souvenir

de ses nombreux amis la réputation du meilleur des hommes Bouvard vient

de mourir à Paris à l'âge de soixante-seize ans.

Amusements des sciences.

L'Illustration, No. 0016, 17 Juin 1843 · 第 12 / 16 题