Il y avait à Paris, dans cet hiver-là, une jeune femme--mais on ne
savait si elle était fille ou veuve--qui était bien le plus joli
petit phénomène qu’il fût possible d’imaginer, même avec beaucoup
d’imagination. Comme il faut un nom à toute force, je l’appellerai
madame d’Alcy,--Joséphine d’Alcy.--Joséphine est un nom qui, de toute
éternité, fut inféodé à ces femmes dont madame d’Alcy était le type,
hélas! trop achevé. J’en sais une surtout,--mais pourquoi médire?--j’en
sais une qui, si elle lisait cette histoire, croirait peut-être que
j’ai voulu tracer un portrait. C’est la manie de tant de femmes, de
croire qu’on pense à elles toujours!
V
Joséphine d’Alcy avait vingt-sept ans, à ce qu’il semblait: car qui
fut jamais sûr de l’âge d’une femme?... Elle n’était ni belle ni
jolie, disaient les femmes qui la rencontraient; mais elle avait des
choses _fort bien_: manière de convenir de ce qui était désolant et
irrésistible, aveu qui paraissait désintéressé! Quoi qu’il en soit, ce
jugement était plus vrai que mille autres prononcés par ces dames, et
contre lesquels nous, les bronzés de l’indifférence, ne nous sommes
jamais révoltés, quoiqu’ils nous parussent d’une impartialité un peu
suspecte.