IV

Il y avait à Paris, dans cet hiver-là, une jeune femme--mais on ne

savait si elle était fille ou veuve--qui était bien le plus joli

petit phénomène qu’il fût possible d’imaginer, même avec beaucoup

d’imagination. Comme il faut un nom à toute force, je l’appellerai

madame d’Alcy,--Joséphine d’Alcy.--Joséphine est un nom qui, de toute

éternité, fut inféodé à ces femmes dont madame d’Alcy était le type,

hélas! trop achevé. J’en sais une surtout,--mais pourquoi médire?--j’en

sais une qui, si elle lisait cette histoire, croirait peut-être que

j’ai voulu tracer un portrait. C’est la manie de tant de femmes, de

croire qu’on pense à elles toujours!

V

Joséphine d’Alcy avait vingt-sept ans, à ce qu’il semblait: car qui

fut jamais sûr de l’âge d’une femme?... Elle n’était ni belle ni

jolie, disaient les femmes qui la rencontraient; mais elle avait des

choses _fort bien_: manière de convenir de ce qui était désolant et

irrésistible, aveu qui paraissait désintéressé! Quoi qu’il en soit, ce

jugement était plus vrai que mille autres prononcés par ces dames, et

contre lesquels nous, les bronzés de l’indifférence, ne nous sommes

jamais révoltés, quoiqu’ils nous parussent d’une impartialité un peu

suspecte.

L'Amour impossible; La bague d'Annibal · 第 46 / 193 题