_A monsieur Lafond, artiste du Théâtre Français de la République, rue
Villedo, à Paris._
* * * * *
_A monsieur Lemercier de l'Académie Française._
B... que j'ai vu, mon cher monsieur Lemercier, et qui doit vous avoir
rendu compte et de nos intentions et de sa dernière visite à Picard,
vous doit avoir mis au fait de tout ce qui s'est passé.
Je suis convaincue que votre opinion sera la mienne, et que vous ne
verrez pas de bonne foi chez votre collègue, à la conduite duquel je
ne comprends pas grand'chose.
Pourquoi vouloir m'engager pour trois ans? Pourquoi ne vouloir pas
m'attacher à l'Odéon comme sociétaire? Pourquoi ne pas recevoir ma
soeur? Enfin pourquoi ne pas se hâter d'en finir afin de rompre la
glace avec le premier théâtre, à l'égard duquel je suis en pourparler.
J'apprends avec bien de le peine que Victor ne fait plus partie du
deuxième théâtre. On se prive d'un jeune homme qu'on ne remplacera
plus, et qui promettait pour l'avenir.
Cela me rend craintive, et me fait redouter une dissolution prochaine.
Je n'en suis pas moins sensible, mon cher monsieur Lemercier, à
l'intérêt dont vous m'avez donné des preuves en cette circonstance.
Je sais que des officieux sans titres, sans mission, sans aucune
approbation de ma part, se sont follement interposés entre Picard et
moi. J'ai laissé sans réponse les lettres qui me furent écrites; je
n'ai répondu qu'à _vous seul_, parce que j'ai dû distinguer en vous
l'homme estimable et l'ami essentiel. Cependant, les journaux ont
parlé, et ce ne peut être que M. Picard qui a dicté, et qui aura sans
doute pensé que je brûlais de me fixer sous sa puissance, en quoi il a
eu le plus grand tort, car, sans vous, j'aurais attendu les démarches.
Voilà donc, mon cher monsieur Lemercier, les choses dans le même état
qu'auparavant; et je présume qu'elles y resteront longtemps,
si M. Picard attend de nouvelles démarches de ma part.
Heureusement, je n'ai besoin ni de l'un ni de l'autre théâtre; si l'un
ou l'autre ont besoin de moi (ce que je ne prétends pas), je désire ne
pas être dans la situation de ne pouvoir accepter. Mais vous comprenez
bien que je dois poursuivre les projets, que je vous ai confiés.
Recevez, cher monsieur Lemercier, avec l'expression de ma
reconnaissance, les voeux que je forme pour tout ce qui pourra vous
être agréable, et croyez au prix que j'attache à une amitié, que je
m'efforcerai de mériter dans toutes les occasions de ma vie.