Promenade.--Prater magnifique.--Description à faire de la ville:
petites rues étroites, maisons élevées.--Saint Joseph. Stadt
superbe.--Entrée par les Gasses.--Belles maisons, rues
étroites.--Ville noire.--Faire quelques recherches là-dessus.
Les véritables grands seigneurs ont un type, qu'il est impossible
d'imiter. Il y a chez eux un ton si parfait, si laisser aller, de la
grâce sans manière; on ne s'y trompe pas. Voyez entrer dans un salon
des hommes, des femmes. A la manière dont ils entrent, dont ils vous
abordent, vous êtes fixé: là, la vraie noblesse; là, les parvenus. Et
pourtant la même mise, la même recherche. Eh bien, non: tout cela est
placé, et porté d'une façon qui indique l'habitude du luxe. (Vous
auriez à dire des choses charmantes.)
Je quittai Vienne avec regret; la princesse Bagration était si
séduisante, sa conversation si spirituelle! Je craignais de ne plus
rencontrer une telle personne. Je partis cette fois avec un domestique
allemand qui parlait français. Dieu! avant d'arriver à Vienne, que de
scènes amusantes et impatientantes. Ne sachant pas l'allemand, ne
pouvoir vivre que par signes; obligée, quand vous vouliez un oeuf,
d'imiter la poule! du lait, imiter la vache; faire les gestes
de la femme qui bat le beurre. De la viande? Mon oncle se chargeait
d'imiter le boeuf, le mouton. Je riais à en être malade! Et, pour
payer, nous leur tendions la main remplie de ducats; ils y puisaient
tant qu'ils voulaient! Et ils voulaient beaucoup! Voyager en poste est
une dérision. J'avais beau dire au postillon: «Cours vite, je suis
pressée.» Je leur faisais signe que j'avais faim, ou que j'étais
indisposée. Rien! le petit trot, ni plus, ni moins. Ah! les entêtés,
je les aurais battus. Des auberges à cette époque détestables. Mon
pauvre Paris, combien je le regrettais, et combien je maudissais
l'ambassadeur! Et pourtant nous voyagions dans un pays magnifique. (A
parler de l'Allemagne, quelques jolies descriptions sur ce beau pays.)
Nous arrivâmes en Pologne, à Vilna. On sut mon arrivée; le gouverneur
me rendit visite et me pria à dîner pour le lendemain. Il y eut
soirée, une réunion nombreuse, des femmes ravissantes: les Polonaises
sont si gracieuses! Je voulus bien dire quelques vers. La politesse me
fit un grand succès. On voulut me remercier de ma complaisance et
voilà tout; on m'entoura de mille soins, d'empressement; on me fit des
éloges inouïs. Je pris tout cela comme je le devais. Toute fatiguée,
j'avais accepté cette invitation et l'on me remerciait. Malgré
l'enthousiasme poli, j'étais fort heureuse de rentrer à mon hôtel, d'y
prendre quelques heures de repos et de me remettre en route. J'avais
hâte d'arriver à Saint-Pétersbourg. (_Parlez là de Vilna._)