CHAPITRE LXIX.

_Préparatifs de mon Père._

Mon père, à la seule idée du grenadier du régiment de Makai, étoit

retombé sur son lit, comme si mon oncle Tobie l'eût assommé. Il y

retomba dans la même attitude. Il ne se releva qu'en faisant les mêmes

mouvemens. Les attitudes en elles-mêmes, madame, ne sont presque rien;

mais le passage d'une attitude à l'autre est quelque chose. C'est en

sentimens ce que les dissonnances sont en musique; elles préparent aux

grands traits.

C'est pourquoi mon père ne sortit de cette seconde crise qu'en observant

tout ce qu'il avoit fait à la première; et il étoit prêt aussi à

recommencer son discours lorsqu'il se rappela le peu de succès qu'il

avoit eu... Cet essai lui fit prendre un autre biais. Il se leva, fit

trois tours dans la chambre, puis s'arrêta tout court et debout, en face

de mon oncle Tobie, alors il se crut avoir un avantage qui ne lui seroit

pas aisément enlevé par un homme assis; et posant trois doigts de sa

main droite dans la paume de sa main gauche, il parla ainsi à mon oncle

Tobie.

Oeuvres complètes, tome 2 · 第 87 / 162 题