_Suite du Chapitre cinquante-quatre._
Vous vous entendez, reprit mon bisaïeul. Eh bien! qu'entendez-vous?...
je n'ai point de nez, s'écria-t-il en portant la main sur le sien. Oh!
parbleu, madame, c'est une injure qui n'est pas concevable. Voyez, voyez
aussi le portrait de mon père, et jugez si son nez n'étoit pas
infiniment plus court que le mien. Mon bisaïeul avoit raison. Le
parallèle lui étoit favorable: mais avec ce brillant avantage, le nez
qu'il portoit n'en étoit pas moins pour tout le monde, et pour ma
bisaïeule, comme le nez de tous les hommes, femmes et enfans que
Pantagruel, dans le cours de ses voyages, trouva sur l'île d'Ennasin. Et
si vous voulez savoir en passant comme ils étoient faits, vous pouvez
lire le chapitre IX du quatrième livre de l'histoire de cet homme
célèbre. Vous y verrez mot pour mot, que les habitans de l'île
ressembloient à beaucoup d'autres, _excepté que les hommes, les femmes
et les enfans avoient le nez de la figure d'un as de trèfle_. Et que
c'est pour cela que l'île s'appeloit Ennasin... Cependant ma bisaïeule
insista si vivement sur l'amplification de son douaire, que mon
bisaïeul, pour ne plus essuyer de querelles de cette nature, consentit à
tout ce qu'elle voulut: l'article fut arrêté et signé.