CHAPITRE V.

_Je n'en sais rien._

Mais mon père n'étoit pas de même. Imbu de toutes les notions qu'on

pouvoit avoir sur le siége de l'ame, il se fraya une route particulière

à travers les opinions de tous les philosophes ses devanciers.--Il s'y

enfonça tellement, qu'il en résulta, sur ce point, un nouveau système

shandyen.--

N'allez pas, je vous prie, vous imaginer que ce fût quelque chose de

hasardé.--Non, non. Mon père appuyoit ce système sur la plus forte base.

Soit que la subtilité, la finesse, la délicatesse de l'ame dépendît du

degré de température, de fluidité, de transparence de la liqueur de

Borry, ou de la contexture fine et déliée du cerveau, cela étoit égal;

le système n'en étoit pas moins solide.

Qu'étoit-ce donc? Mon père, comme on le sait déjà, croyoit qu'il ne

falloit rien négliger dans l'action même de la propagation de chaque

individu de l'espèce humaine. Elle exigeoit, selon lui, autant de

réflexions qu'on y en met peu. On ne pouvoit y apporter trop de soins,

trop d'attention.--C'étoit-là le fondement de cette incompréhensible

texture qui recèle la mémoire, l'esprit, l'imagination, l'éloquence, et

tout ce que l'on conçoit sous le nom de talens.--Venoit ensuite

l'influence des noms de baptême. Après ces deux causes primitives, qui

dirigeoient tout ce qui arrive à l'homme pendant sa vie, il en venoit

une troisième. C'étoit celle que les logiciens appellent _sine quâ non_;

ce qui vouloit dire en anglois, en françois, en basque, et dans toutes

les langues du monde, que l'action de la propagation ne signifioit

absolument rien sans cela.--Enfin, pour qu'on le sache, cette troisième

cause exclusive étoit la conservation intacte de cette toile si fine, si

déliée, si délicate... Et comment faire pour qu'elle ne fût point

endommagée par la compression violente que souffroit la tête, par la

sotte méthode que l'on avoit de nous introduire dans ce monde la tête la

première?

--Ceci exige de l'explication.--

Oeuvres complètes, tome 2 · 第 11 / 162 题