CHAPITRE PREMIER.

_Le Docteur Slop va aussi son petit train._

Eh! arrive! arrive! Le voilà! Oui, c'est lui, c'est Obadiah, et il est

chargé de tous les instrumens chirurgicaux du docteur Slop, et il montre

de loin le sac verd où ils sont renfermés...

--Les voici, dit Obadiah, en mettant le sac verd sur la table; et voilà

la couronne que je t'ai promise, dit mon père, et voilà aussi la mienne,

dit mon oncle Tobie.

--A présent que j'ai mes outils, dit le docteur Slop, et que je puis

être utile à madame Shandy, je crois qu'il est à propos d'envoyer savoir

comment elle se trouve.

--Point d'inquiétude, dit mon père; j'ai donné des ordres précis à la

vieille sage-femme de nous avertir aussitôt qu'il surviendroit quelque

difficulté...

--Des ordres à la vieille sage-femme? reprit le docteur Slop. Quoi! que

voulez-vous dire? Qu'est-ce que cela signifie?

--Ne vous fâchez point, docteur, dit mon père en souriant, avec un air

d'embarras. Il faut que vous sachiez que vous n'êtes ici qu'en qualité

d'auxiliaire. Ce sont les termes d'un traité solennel qui s'est fait,

bien contre mon gré, entre ma femme et moi. Il est même convenu que vous

ne serez d'aucun secours, si la vieille sage-femme est assez adroite

pour se passer de vous.

--Mais, comment diable?...

--J'ai fait ce que j'ai pu, continua mon père, mais les femmes ne se

mènent pas toujours comme on veut; elles ont leurs idées: et puis, à

parler vrai, ce n'est pas nous qui sommes là. Elles portent tout le

fardeau; il faut bien leur passer quelque chose, et le moins qu'on

puisse leur permettre en cette occasion, c'est d'agir en souveraines, et

de se mettre entre les mains de qui bon leur semble...

Elles ont raison, dit mon oncle Tobie... Mais, monsieur, reprit le

docteur Slop, en s'adressant à mon père, et sans égard pour l'opinion de

mon oncle Tobie, j'aimerois beaucoup mieux leur céder quelque chose de

moins essentiel. Un père de famille attentif, et qui veut perpétuer sa

race, ne doit pas souffrir qu'elles s'arrogent une pareille

prérogative... Il y a tant d'autres choses qu'on peut leur laisser à

gouverner.

--Je ne sais, dit mon père avec un peu de vivacité, ce qu'on pourroit

leur abandonner... Mais il me semble qu'il n'y a rien de si simple, que

de leur laisser le choix de la personne qui doit les aider à mettre nos

enfans au monde.

--Pour moi, dit le docteur Slop, j'aimerois presque autant leur laisser

le privilége de les faire faire par qui elles voudroient.

--Puisque la chose est si sérieuse, dit mon oncle Tobie au docteur, je

vous demande excuse...

--Monsieur, répliqua le Docteur, elle est de la plus grande importance.

Aussi ne peut-on concevoir jusqu'à quel point l'émulation des grands

maîtres s'est excitée depuis quelques années... Lucine en personne

seroit aujourd'hui une ignorante.--L'art est parvenu à son plus haut

degré de perfection. C'est singulièrement sur l'extraction prompte et

sûre du fœtus que l'on s'est attaché à faire des découvertes.--Les soins

qu'on a pris n'ont pas été inutiles... On a acquis, sur ce point, des

lumières qui... en vérité, sont... tout-à-fait surprenantes, et qui...

--Je voudrois, docteur Slop, dit mon oncle Tobie, que vous eussiez vu

les armées prodigieuses que nous avions en Flandre... peut-être...

Oeuvres complètes, tome 2 · 第 7 / 162 题