sût à Paris: la voilà bien embarrassée, car M. le Grand avoit une
terrible quantité de ses lettres. Elle envoie prier mademoiselle de
Rambouillet de la venir voir, car elles étoient très-amies; elle lui
conte sa déconvenue, et la supplie de parler pour elle à madame
d'Aiguillon. Dès le soir même elle se rendit à l'hôtel de Rambouillet,
pour aller au Palais-Royal, où madame d'Aiguillon s'étoit retirée sur
quelques ouïs qu'on la pourroit bien enlever au faubourg. Madame de
Rambouillet dit qu'elle n'a jamais rien vu de si désolé. Madame
d'Aiguillon la reçut le mieux du monde, et lui fit rendre ensuite
toutes ses lettres. On dit, à propos de cela, que quand Des-Yveteaux,
intendant de l'armée du Roussillon, alla pour ouvrir les cassettes de
M. le Grand, un valet-de-chambre l'avertit qu'il y trouveroit ce qu'il
ne cherchoit pas: c'étoient des lettres de sa femme.
On a remarqué que jamais personne n'a eu tant de hausses qui
baissent[486] dans sa vie que la princesse Marie; en voici une belle
preuve. Le feu roi de Pologne avoit déjà pensé à elle la première fois
qu'il se maria; mais ses intérêts le firent pencher vers la maison
d'Autriche. Se voyant veuf, il y pensa tout de nouveau, et quoique
l'Empereur lui eût fait envoyer jusqu'à seize portraits de princesses
de la maison d'Autriche, il ne put être ébranlé. Il fait donc demander
la princesse Marie en mariage: on la lui accorde; et la reine, qui
avoit assez d'amitié pour elle, la maria comme fille de France. On
prit ses droits, et on lui donna pour cela quatre cent mille
écus[487]. L'ambassade des Polonois fut magnifique, et leur habit
extraordinaire servit bien à faire admirer leur pompe.
La princesse fut mariée dans la chapelle du Palais-Royal; de là, avec
sa couronne sur la tête, elle voulut aller dire adieu à madame de
Rambouillet, qui m'a dit qu'elle n'avoit jamais rien vu de si opposé
que le jour où elle la vit si déconfortée, et celui-ci, où elle la
vit si pompeuse, et qui avoit le dessus sur la Reine même[488].
Parlons un peu des Polonois.
On les logea dans l'hôtel de Vendôme; là, une infinité de personnes
les alloient voir manger. Ils mangeoient le plus salement du monde, et
se traitoient de grosse viande à leur mode; car ils avoient demandé
qu'au lieu de les nourrir on leur donnât leur argent à dépenser. Les
maîtres donnoient à leurs valets de ce qu'ils mangeoient, et derrière
eux leurs gens dînent et soupent en même temps. Mais ce qu'il y avoit
de plus barbare, c'est qu'ils fermoient la porte et ne laissoient
sortir personne qu'ils n'eussent trouvé leur compte de leur vaisselle
d'argent, qui étoit assez médiocre. On dit qu'une fois ayant trouvé
quelque chose à dire, ils mirent presque tous, au moins tous les
domestiques, le cimeterre à la main, et firent grande peur aux
assistants, qui ne furent pas sans inquiétude tandis qu'on chercha
cette pièce de vaisselle. Par la ville, leurs valets étoient assez
insolents, et prenoient souvent du fruit aux revendeuses sans le
payer.
On fit pour eux quelques assemblées au Palais-Royal, où madame de
Montbazon et mademoiselle de Toussy, depuis la maréchale de La Mothe,
approchant le plus de leur taille, leur plurent plus que tout le
reste: quelques-uns se firent habiller à la françoise, et prirent des
perruques. M. de Bassompierre les traita à Chaillot, et il y fut bu
_egregiè_.
Quand la Reine alla dire adieu à M. d'Orléans, lui, sa femme et sa
fille ne la traitèrent pas comme ils le devoient; il ne la reconduisit
pas jusqu'à son carrosse. Qui reconduira-t-il, s'il ne reconduit pas
une reine? Il en devoit faire plus que pour une autre, quand ce n'eût
été qu'à cause qu'il l'avoit aimée. Madame et Mademoiselle étoient
jalouses de l'honneur qu'on lui faisoit. Monsieur lui ayant dit
quelque chose du temps passé, elle lui répondit: «Cela n'étoit pas
résolu dans le ciel, et j'étois née pour être reine.» Elle eut le
déplaisir, avant que de quitter Paris, d'apprendre qu'on avoit fait
quelque médisance d'elle et de M. le Grand, et même de Langeron, qui,
comme bailli de Nevers, avoit de tout temps de l'attachement à sa
maison. On soupçonna le résident en France du roi de Pologne, qui
étoit un ecclésiastique de Rome nommé Roncaille, de lui avoir rendu
quelques mauvais offices à la cour de son maître. J'ai de la peine à
le croire, car elle a été assez bien depuis pour le faire révoquer
s'il lui eût déplu. Quoi qu'il en soit, elle ne fut pas d'abord fort
bien reçue en Pologne; puis, le Roi étant malade, elle n'eut pas lieu
de le gagner, n'ayant pas encore couché avec lui. Elle ne fut pas
long-temps après à se mettre bien dans son esprit, et en peu de temps
elle fit congédier la dame d'honneur que le Roi lui avoit donnée,
parce qu'il en étoit un peu épris.
La maréchale de Guebriant, et l'évêque d'Orange, qui l'avoient
accompagnée, comme ambassadeur du Roi, en revinrent fort mal
satisfaits. L'évêque n'eut que quelques pièces de vaisselle d'argent
de peu de valeur, et madame de Guebriant, que deux tapis de soie
relevés d'or. La reine de Pologne en a envoyé depuis de pareils à
madame de Montausier et à madame de Choisy, sa bonne amie et sa
correspondante; elle lui fait de temps en temps quelque régal.
Quelques filles qu'elle fut obligée de renvoyer n'eurent que cent écus
chacune; elle avoit pourtant reçu assez de présents pour leur donner
davantage: mais on l'accuse d'être un peu avare. En ce pays-là les
reines ont beaucoup de profits, car quiconque obtient une charge, ne
l'obtient guère que par l'entremise de la Reine, et après, lui fait
quelque présent d'importance; puis il y a une province destinée pour
leur entretien. On dit qu'elle retrancha dans sa maison pour sept
mille écus de poivre par an.
Quand cette dame d'honneur fut dehors, le Roi, quoique vieux et
ventru, ne laissa pas d'en cajoler d'autres. La Reine avoit mené avec
elle, entre autres filles, une petite de Mailly, fille du comte de
Mailly et de la duchesse de Croy, dont il étoit mari de conscience. On
l'appeloit en riant _la petite duchesse de Croy_. Elle étoit parente
au cinquième degré de la reine de Pologne du côté de M. de Mailly.
Madame de Schomberg, autrefois mademoiselle d'Hautefort, sa parente,
l'habilla et la mit en équipage, car la duchesse de Croy étoit fort
pauvre; elle avoit quatorze à quinze ans, et étoit assez jolie et
adroite; pour l'esprit, vous allez voir ce que c'étoit. Le Roi s'avisa
de lui vouloir dire quelques douceurs: «Sire, lui dit-elle, il y a là
quelque chose de plus obscur pour moi que le polonois.--Vous entendez
bien pourtant, lui dit-il, ce que vous dit un tel (c'est un
gentilhomme polonois avec qui on l'a mariée depuis)?--Je crois bien,
Sire, répondit-elle, c'est un particulier; mais il faut être reine
pour entendre le langage des rois. Si Votre Majesté me le permet, je
demanderai à la Reine ce que cela veut dire.--Ah! petite fille,
répliqua le Roi, je vois bien qu'il ne vous en faut pas dire
davantage.» La petite fripone, qui étoit bien avec celles à qui la
Reine témoignoit le plus d'affection, dit cela à l'une d'elles. La
Reine, quelques jours après, en parla à la petite de Mailly, et
ajouta: «Il en a depuis cajolé une autre.» C'étoit peut-être pour
l'empêcher d'y penser. «Je n'ai rien à souhaiter, madame, lui
répondit-elle, sinon que les autres ne l'écoutent pas plus que moi.»
En ce temps-là, M. d'Arpajon qui mouroit d'envie d'être maréchal de
France, et qui avoit tant pesté quand Gassion le fut, s'offrit à aller
porter le collier de l'Ordre au roi de Pologne. Le voyage lui a coûté
cher; mais il espéroit que ce prince demanderoit après qu'on donnât le
bâton à ce monsieur l'ambassadeur extraordinaire; mais il n'étoit pas
encore à Dantzick que le Roi mourut: il fit pourtant le voyage.
On se plaignit ici de ce que la reine de Pologne n'avoit point donné
avis de la mort de son mari, et qu'on fut long-temps sans recevoir de
ses nouvelles; mais elle étoit malade. On la fit régente durant
l'interrègne; ce fut un grand bonheur pour elle que la mort du fils de
son mari, car elle fut demeurée une pauvre reine douairière: voilà
encore des hausses qui baissent.
Le prince Casimir, ce fou qui s'étoit fait jésuite, et que nous avons
vu ici au bois de Vincennes, après qu'on l'eut pris il y a vingt ans,
comme il alloit servir les Espagnols, fut enfin élu roi, et eut
dispense du pape pour épouser sa belle-soeur, sous prétexte que le
mariage n'avoit point été consommé avec le feu Roi, qui avoit été,
disoit-on, toujours malade.
Durant l'interrègne, qui dura assez long-temps, Bois-Robert étant chez
Rossignol, où il y avoit un homme qu'il ne connoissoit point: je pense
que c'est Bartet[489], on vint à parler des États de Pologne, cet
homme dit: «C'est le prince Casimir qui sera roi.--Voir! dit
Bois-Robert; iroient-ils faire roi un niais qui s'est fait moine?»
Rossignol l'avertit que c'étoit le résident de ce prince; Boisrobert
continue: «Il est vrai que c'est un bon prince et bien pieux; ce n'est
pas peu pour un roi.»
La Reine devint grosse. Saint-Amant[490], qui l'avoit suivie, fit de
méchants vers sur sa grossesse. En arrivant en Pologne, elle lui donna
de bons appointements, et la qualité de conseiller d'état de la Reine:
elle l'envoya ensuite à Stockholm pour assister de sa part au
couronnement de la reine de Suède. J'ai ouï dire qu'il y réussit assez
mal. Il a du génie, mais point de jugement; il ne sait rien et n'a
jamais étudié: au reste, fier à un point étrange, qui se loue jusqu'à
faire mal au coeur. «Fermez, disoit-il une fois; qu'on ne laisse
entrer personne; point de valets (c'étoit à table), j'ai assez de
peine à réciter pour les maîtres.» Une fois il dînoit chez Chapelain.
Je suis tout édifié d'avoir trouvé que Chapelain ait au moins une fois
en sa vie donné à manger à quelqu'un. Esprit, de l'Académie, y étoit,
qui dit: «Que voilà qui est joli!--Nargue de votre _joli_!» reprit
Saint-Amant. Il pensa s'en aller, tant il étoit en colère.
Il dit insolemment un jour qu'il avoit cinquante ans de liberté sur la
tête, et cela à table du coadjuteur, qui l'a vu je ne sais combien
d'années domestique du duc de Retz le bonhomme. Depuis, il s'attacha à
M. de Metz, et enfin, ne sachant plus que faire, il s'en alla en
Pologne. Il en est revenu depuis quatre ans ou environ; il avoit
prétendu pour son _Moïse_ une abbaye et même un évêché, lui qui
n'entendroit pas son bréviaire; et ce fut pour punir l'ingratitude du
siècle qu'il ne le fit point imprimer[491]. Depuis, il l'a donné, mais
rien au monde n'a si mal réussi. Au lieu de _Moïse sauvé_, Furetière
l'appeloit _Moïse noyé_. En une épître à M. d'Orléans, sur la prise de
Gravelines, il s'appelle _le gros Virgile_; il eût mieux fait de dire
le gros ivrogne. En sa jeunesse il faisoit beaucoup mieux; mais il n'a
jamais eu un grain de cervelle, et n'a jamais rien fait d'achevé. Il
travaille toujours pour la reine de Pologne, et elle a soin de lui.
La Reine se portoit si bien dans sa grossesse et se trouvoit si
heureuse en toute chose, qu'elle pria madame de Choisy de faire prier
Dieu pour elle de peur que ce grand bonheur ne fût suivi de quelque
calamité. Elle maria mademoiselle de Langeron, sa dame d'atours, au
castellan de Plotsko, si je ne me trompe, qui a quatre-vingt mille
livres de rente en fonds de terre. On lui promit le premier palatinat
vacant.
La Reine donna en ce temps-là à sa soeur tout ce qu'elle avoit à
prétendre sur le duché de Mantoue et de Montferrat; mais voici encore
des hausses qui baissent; elle n'eut que deux filles, et pas une ne
vécut.
La guerre des Cosaques et celle des Suédois l'ont mise tantôt bas,
tantôt haut: tout cela vient de ce que le feu Roi, qui vouloit se
rendre plus absolu, avoit fomenté sous main cette révolte des
Cosaques, afin d'avoir un prétexte d'être armé.
Celui-ci se laisse gouverner par les Jésuites, et sottement alla
refuser à Radzivil, palatin perpétuel du grand-duché de Lithuanie, une
charge qui lui appartenoit, et qu'il lui fallut donner en dépit qu'on
en eût. Il exila le vice-chancelier, à ce qu'on dit, pour une
amourette. On a écrit qu'il étoit amoureux de sa femme; cela a mis le
feu partout, car ces deux hommes ont excité cette guerre de Suède. Je
laisse cela aux historiens pour venir à madame d'Avenet.
Madame l'abbesse d'Avenet, madame d'Avenet, soeur de la reine de
Pologne, étoit morte avant que sa soeur fût reine. On dit qu'elle
étoit la plus belle des trois, et que pour ses belles mains elle eut
permission de porter des gants. M. de Guise, alors archevêque de
Reims, lui en conta aussi bien qu'à la princesse Anne sa soeur.
Quelquefois elle sortoit par la porte des bois, déguisée en paysane,
et portoit du beurre au marché d'Avenet; le bon archevêque, déguisé
en paysan, l'attendoit dans les bois. Je ne sais pas ce qu'ils y
faisoient avant que d'aller ensemble au marché. Une fois qu'on trouva
à propos de la faire retirer avec ses religieuses dans une ville à
cause des ennemis, elle se retira à Châlons, où elle fit galanterie
avec le comte de Nanteuil. Cela fit un scandale; on la mena dans
l'abbaye d'une de ses tantes, et de là à Paris, où elle mourut.
La princesse palatine Anne fut quelque temps à Avenet, et ce fut là
que M. de Guise[492] en devint amoureux. Il y a bien fait des folies
quelquefois il avoit jusqu'à soixante bouts de plume sur son chapeau,
tout archevêque qu'il étoit. Un jour, comme on lui eut apporté une
houppe pour se friser, il la trouva belle: «Faisons-en,» dit-il à la
princesse Anne et à sa soeur; «faisons-en,» répondirent-elles. On
envoie à Reims, on n'y trouve point de soie plate: «Envoyons à Paris.»
On crève un cheval, et on apporte pour cent écus de soie; mais quand
elle arriva cette fantaisie leur étoit passée.
Par je ne sais quelle vision ils ont couché, la princesse Anne et lui
dans le parloir, la grille entre deux. Ce fut à l'hôtel de Nevers
qu'il l'épousa[493]. Comme elle l'alloit trouver elle fut arrêtée par
le comte de Tavannes. Elle a dit, parlant à une femme de ses amies:
«Il est mon mari, comme votre mari est le vôtre.»
Quand il fut de retour au commencement de la régence, elle lui parla
aux Tuileries, et, ne voyant pas qu'il y eût lieu d'espérer qu'il la
reconnût pour sa femme, elle donna ordre de parler à M. d'Elbeuf, pour
faire le mariage du prince d'Harcourt et d'elle; et elle avoit les
articles qu'il ne falloit plus que signer, quand, en un tourne-main,
elle change et épouse le palatin: c'étoit le quatrième fils de
Frédéric V. Ce garçon ne savoit où donner de la tête. Elle lui fit
changer de religion aussitôt après. La Reine s'en fâcha: on avoit
assez de princes dépossédés sur les bras. Ils s'éloignèrent pour
quelque temps: le mariage de la Reine de Pologne raccommoda tout. Ç'a
été un des garçons du monde le mieux faits; mais, depuis son mariage,
il est tout voûté et tout farouche; il n'y a qu'un certain Anglois
dont il s'accommode: hors cela il est toujours tout seul. Il eut une
espèce de folie et pensa demeurer hors du sens: c'étoit en Champagne.
Durant cette maladie elle ne partit pas du pied de son lit: c'est un
pauvre homme. Dans les Mémoires de la régence il sera parlé amplement
d'elle.
[484] Louise-Marie de Gonzague, fille de Charles de Gonzague, duc
de Nevers et de Mantoue, et de Catherine de Lorraine, naquit vers
1612; elle épousa en 1645 Uladislas IV, roi de Pologne, et en
1649, après la mort d'Uladislas, Jean Casimir, son frère, aussi
roi de Pologne. Elle mourut à Varsovie le 10 mai 1667.
[485] Cinq-Mars.
[486] Tant de hauts et de bas.
[487] Un extravagant Italien, nommé Promontorio, qui se mêloit de
deviner et aussi de vendre des chiens de Bologne et bien d'autres
choses, lui vendit un fort beau chien cinquante pistoles à payer
quand elle seroit reine. Il n'y avoit alors nulle apparence. Elle
l'eût acheté à cette condition cinquante mille écus. Au bout d'un
an et demi elle fut reine, et lui paya volontiers ses cinquante
pistoles. Voilà un grand hasard. (T.)
[488] Anne d'Autriche, avec une politesse toute françoise, céda
le pas à la reine de Pologne pendant toute cette journée.
(_Mémoires de Motteville_, t. 37, p. 159 de la deuxième série de
la Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France.)
[489] Bartet, depuis secrétaire du cabinet. (T.).--C'est à lui
que le duc de Candale fit cette singulière insulte de lui faire
couper tout un côté de ses cheveux. (_Voyez_ les Mémoires de
mademoiselle de Montpensier dans la deuxième série de la
Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France, t. 41,
p. 488; et la note sur la lettre de madame de Sévigné, du 19
juillet 1655; Paris, Blaise, 1818, t. I, p. 37.)
[490] Il est de Rouen; apparemment cette seigneurie de
Saint-Amant vient de ce qu'il est né dans le voisinage de
Saint-Amant de Rouen. C'est peu de chose que sa naissance; il
étoit huguenot. (T.)
Il s'appeloit Marc-Antoine de Gerard, et il prenoit la qualité
d'écuyer, sieur de Saint-Amant, écuyer du roi et gentilhomme de la
chambre de la reine de Pologne.
_Voy._ le privilége de _Moïse sauvé_; Paris, Antoine de
Sommaville, 1660, in-12.
[491] On remarque en effet que le privilége accordé pour ce
mauvais poème est du 20 octobre 1653, et que l'ouvrage n'a été
imprimé qu'en 1660.
[492] Les deux soeurs et lui firent une fois mourir, sans y
penser, une pauvre fille innocemment à Avenet. Il prit une vision
à la princesse Anne d'aller trouver cette fille à son lit avec un
cierge, et l'exhorter à la mort. Cela la saisit, et comme on
disoit en riant: La voilà qui va passer, elle passa
effectivement. (T.)
[493] Elle dit un jour à un homme d'église, chanoine de Reims,
qui les avoit mariés dans la chapelle de l'Hôtel de Nevers:
«N'est-il pas vrai que M. de Guise est mon mari?--Ma foi! madame,
lui dit ce bon homme, vous fûtes aussi aise que s'il y eût eu
mariage.» (T.)
LA DUCHESSE DE CROY.
Mademoiselle d'Urfé, fille du frère aîné de M. d'Urfé, qui a fait
l'_Astrée_, n'ayant guère de bien, fut donnée à la Reine-mère: elle
étoit fort jolie et fort spirituelle. A cette comédie où jouèrent les
fils naturels de Henri IV, elle fit merveille; c'étoit alors toute la
fleur de chez la Reine-mère: aussi fut-elle fort galantisée; on en
médisoit même un peu.
Le duc de Croy, grand seigneur de Flandres, riche, mais un riche mal
aisé, et qui étoit grand d'Espagne, vint à la cour. Il n'avoit pu
trouver à se marier, à cause qu'outre l'embarras des affaires, il
étoit vérolé et puant à un point étrange: avec cela une vraie
ballourde. M. de Bassompierre, qui l'avoit connu en Lorraine, lui
proposa d'épouser mademoiselle d'Urfé: il l'épouse, et l'emmène à
Bruxelles. Balzac a pris cette histoire de travers, et a dit dans ses
_Entretiens_, «qu'un prince étranger avoit demandé en mariage une
fille de la Reine, et que cela avoit fort nui aux autres, qui, en se
flattant, attendoient une même fortune.»
A Bruxelles, ils furent ensemble environ six ans; elle en avoit vingt
quand elle fut mariée. Au bout de ce temps-là, le duc fut tué d'un
coup d'arquebuse, à travers les fenêtres d'une salle basse où il se
promenoit. On accusa le marquis Spinola de cet assassinat, parce qu'il
étoit amoureux de la duchesse, et qu'après cela il la vit fort
familièrement. Elle croyoit l'épouser, quand le roi d'Espagne
l'envoya en Italie, où il mourut peu de temps après.
Or, pour ses conventions matrimoniales et pour son douaire, elle eut
assez d'affaires, dont un de ses parents nommé le chevalier de Mailly
prit le soin. Pour l'en récompenser, elle l'épousa, car il n'avoit
point fait les voeux, et, quoique pauvre, étoit d'une fort bonne
maison de Picardie. Ce mariage ne fut déclaré qu'après la mort de la
duchesse; elle ne vouloit pas perdre son rang: ils demeuroient
cependant ensemble à Saint-Victor. Ils ont eu une fille, qui est celle
dont nous venons de parler: celui qui l'a épousée est de la maison de
Schomberg et est premier maître-d'hôtel du roi de Pologne. Je pense
que madame de Schomberg a aussi contribué à ce mariage.
M. le chancelier tint un jour un enfant avec la duchesse de Croy:
c'étoit une fille. Le curé demanda quel nom elle lui vouloit donner.
«Je ne sais, dit-elle, car mon nom est un vrai nom d'idiote; je
m'appelle Geneviève.» Le curé lui en fit une grande réprimande: «Que
c'étoit une des plus grandes saintes du paradis, et celle de toutes à
qui la France avoit le plus d'obligations.» Ensuite M. le chancelier,
ayant pris des lunettes pour signer, lui en fit des excuses, et dit
que cela étoit bien vilain en présence d'une belle dame comme elle.
«Ne vous embarrassez pas de cela, répondit la duchesse, on m'a accusée
d'aimer un galant qui en avoit aussi bien que vous.» (C'étoit Spinola).
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE SECOND VOLUME.
Pages.
Le maréchal de Marillac. 1
Madame Du Fargis. 4
Le maréchal d'Effiat. 9
Le Père Joseph, les religieuses de Loudun. 10
M. de Noyers et l'évêque de Mende. 15
M. de Bullion. 18
Madame d'Aiguillon. 25
Le cardinal de Lyon. 34
Lopès. 38
Le maréchal de Brézé, son fils et mademoiselle de Bussy. 41
Le duc de Brézé. 50
Le Maréchal de La Meilleraye; et les soeurs de la
maréchale. 51
Louis XIII. 64
M. d'Orléans (Gaston). 88
Sauvage. 97
M. de Montmorency. 99
M. de Bautru. 103
Maugars. 114
L'archevêque de Bordeaux. 120
Mademoiselle de Gournay. 124
Racan et autres rêveurs. 127
M. de Brancas. 139
La Fontaine. 141
Bois-Robert. 144
Feu M. le prince, Henri de Bourbon. 180
L'archevêque de Reims, Éléonor d'Étampes de Valençay. 185
Le cardinal de Valençay. 199
Le marquis de Rambouillet. 207
Madame la marquise de Rambouillet. 214
Madame de Montausier. 234
Madame d'Yères, madame de Saint-Étienne et mademoiselle
de Rambouillet. 256
Croisilles et ses soeurs. 262
Voiture. 271
M. Arnauld, et toute sa famille. 298
Arnauld (Antoine). 304
Arnauld (Isaac). 306
Arnauld du Fort. _Ibid._
Arnauld le Péteux. 308
Arnauld (Jeanne). 310
Arnauld d'Andilly. 312
Arnauld (Henri), évêque d'Angers. 315
Arnauld (Antoine), le docteur. 316
Le Maistre (Antoine). 317
La marquise de Sablé. 320
L'abbé de la Victoire. 330
Le comte et la comtesse de Maure. 332
M. de Lizieux. 338
Le maréchal de Gramont. 340
Madame de Saint-Chaumont. 348
Louvigny, Chalais et sa femme. 349
Le président Jeannin. 354
Le baron de Villeneuve. 357
M. de Chaudebonne et M. d'Aiguebonne son frère. 359
Neuf-Germain. 360
Maître Claude et autres officiers de l'hôtel de
Rambouillet. 363
Silésie. 369
Aldimari. 370
Dubois. _Ibid._
Vaugelas. 371
Godeau, évêque de Vence. 373
Gombauld. 377
Chapelain. 399
Conrart. 416
La reine de Pologne, ses soeurs, Saint-Amant. 426
La duchesse de Croy. 428
FIN DU TOME SECOND.