SOLITUDE, MAL DONT NUL NE SAURAIT GUÉRIR

Sans doute le malheur vint-il de ce que j’acceptai de croire que tout se

trouverait simplifié, si, de ceux qui m’attiraient, je parvenais à faire

des objets. Ainsi fut obstinément, et en vain d’ailleurs, tentée une

transsubstantiation, dont au reste, si elle avait été parfaite, je

n’eusse été capable de me contenter.

A la vérité, le mystère demeure. La peau ne m’a rien révélé. J’ai enfin

appris que les contours charnels ne marquent point de frontières, et que

les corps auront beau se prêter, l’apaisement ne sera point chose de

l’esprit.

La lumière demeure froide qui accuse des systèmes voluptueux ou cruels.

Comment ne point s’exaspérer?

A force de me sentir seul, je me découvre méchant.

S’il m’arrive de le nier, le lendemain, je suis bien forcé d’en

convenir. Mais parfois, au milieu de tous les minutieux instruments

d’analyse qui les ont si bien combinés, les plaies des âmes, les

malheurs de chairs n’exhalent même plus cette odeur chaude et qui,

fétide, encore enivre.

Alors tout se fait algèbre, même pour mes sens.

Équation de peau sur les divans, lettres et chiffres humains se

joignent, changent de place, cherchent des notions d’égalité, sans

d’ailleurs paraître beaucoup s’amuser.

Je puis m’accuser d’avoir trop souvent et trop volontiers parlé d’amour.

J’ai tout de même le droit de dire qu’il m’arriva de le faire. Hélas! au

sein de mes sauvageries, demeure une politesse,--forme de l’ennui,

n’est-ce pas, La Bruyère?--qui me défend contre certaines grandes joies

et douleurs. Nonobstant, je vais écrire, pour la tentation des

innocents:

JE + X

------ = jolie partouse.

Y

* * * * *

Mais que cette partouse ait au moins le mérite de nous fixer un peu sur

les besoins et les possibilités de la matière humaine.

Pour moi je ne trouve pas que la division en races blanche, noire, jaune

soit, à dire le vrai, bien satisfaisante.

Je vois deux classes:

Mon corps et moi · 第 23 / 31 题