la _Tétralogie_ de Wagner et dans les sources, peut être assez
intéressant. Brunhilde, conte la nouvelle _Edda_, «poussa
Gunnar et Högni à tuer Sigurd. Mais, comme ils lui avaient juré
amitié, ils chargèrent leur frère Gutthorm de porter le coup.
Gutthorm transperça Sigurd de son épée, tandis qu'il était
endormi.» Ce récit est conforme à l'_Edda_ de Sœmund, qui,
après maints détails d'une terrible beauté, ajoute: «Sans souci,
Gudrun reposait sur sa couche à côté de Sigurd. Son réveil est
sans joie; elle est baignée dans le sang.» (_Sigurdakvidha
Fáfnisbana Thridja._) Plusieurs autres chants font au crime des
allusions mal concordantes. La conclusion en prose de l'un de
ces chants déclare: «Ici le _lied_ parle de la mort de Sigurd,
et il semblerait qu'ils l'ont tué hors du Burg. D'autres disent
qu'ils l'ont frappé tandis qu'il dormait dans son lit. Mais des
hommes originaires d'Allemagne racontent qu'il a été tué dans la
forêt. Il est dit, dans un ancien _lied_ de Gudrun, que Sigurd
et les fils de Giuki se rendaient au Thing (assemblée) quand
ils l'assassinèrent. Mais tous s'accordent à affirmer qu'ils le
trompèrent odieusement et qu'ils le tuèrent quand il était couché
et sans défense.» (_Brot af Brynhildarkvidhu._) Les _Chants des
Iles Féroë_ se rapprochent des traditions allemandes. Sjurd,
ayant soif, «s'élance vers la source, joyeux et sans souci» et
«se couche pour boire l'eau de la fontaine... Gunnar avait l'épée
qui pouvait entamer le col de Sjurd. Högni le perça et Gunnar le
frappa avec leurs épées d'assassins.»--Dans le _Nibelunge-nôt_, en
lequel se résument les sources allemandes, Siegfrid, comme on l'a
vu par telles notes antérieures, Siegfrid altéré voulant boire,
Hagene, qui s'est offert à le mener vers une source, tout à coup
l'invite à courir: qui arrivera le plus vite à la fontaine? Pari.
Tout naturellement le vainqueur est Siegfrid. «Aussitôt il détache
son épée, dépose ensuite son carquois et sa forte pique contre
une branche» et place son bouclier au bord de l'eau, attendant la
venue du roi, afin de le laisser boire le premier. Cette déférence
lui vaut la mort. Gunther arrive et boit; Siegfrid ensuite
s'incline vers le flot, pour en faire autant. A l'instant même
Hagene s'élance, emporte et cache l'arc et l'épée, revient en hâte
saisir la pique, cherche, sur le vêtement de Siegfrid, la petite
croix qu'y a faite la trop confiante Kriemhilt à l'unique endroit
vulnérable, y frappe le héros, et «si violemment que le sang du
cœur jaillit de la blessure jusque sur les habits de Hagene....
Il laissa la pique fichée dans le cœur.» (_Nibelunge-nôt_, XVI,
148)--_Voir_ aussi la note (3) de la p. 586.]
[Note 606-A: La malédiction d'Alberich éclate foudroyante.
(Partition, page 296.)]
[Note 607-1: «Quand le fort Siegfrid sentit la profonde blessure,
furieux il se releva de la source en bondissant. Le bois de la
longue pique lui sortait du cœur.... Le héros blessé, ne trouvant
point son épée, saisit son bouclier au bord de la fontaine et
poursuivit Hagene.... Quoique blessé à mort, Siegfrid le frappa si
rudement de son bouclier que les riches pierreries en jaillirent
et qu'il se brisa en éclats. Ah! qu'il eût voulu se venger, le
noble hôte! Soudain, par sa main, Hagene est abattu... S'il
avait tenu son épée, Hagene était mort.» (_Nibelunge-nôt_, XVI,
148.)--Dans les sources scandinaves, «le héros se soulève sur
sa couche pour se venger: il lance son épée vers le meurtrier
au cœur de loup. L'arme terrible vole des mains puissantes du
roi.... Le coup a fendu en deux l'ennemi qui s'affaisse. La tête
et les mains sont jetées d'un côté, de l'autre, les jambes tombent
sur le sol....» (_Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja._ Récits
analogues dans l'_Edda_ nouvelle, la _Völsunga_, etc.)]
[Note 608-1: «Le féroce Hagene répondit: «J'ignore ce que vous
regrettez. Nos peines et nos soucis sont maintenant terminés.
Désormais nous n'en trouverons plus guère qui oseront nous
résister. Grâce à moi, nous sommes débarrassés du héros.»
(_Nibelunge-nôt_, XVI, 149.)]
[Note 608-2: «Le roi des Burgondes lui-même déplorait sa mort.»
(_Nibelunge-nôt_, XVI, 140.)]
[Note 608-3: «Tous les guerriers accoururent là où le blessé était
couché. C'était un jour funeste pour beaucoup d'entre eux. Il
était plaint par ceux qui avaient quelque loyauté. Il l'avait bien
mérité, de la part de tous, ce héros magnanime!» (_Nibelunge-nôt_,
XVI, 149.)]
[Note 608-4: Sur cette mort «solaire» de Siegfried, Cf. la note
(4) de la p. 488.]
[Note 608-A: Hagen s'éloigne, lent.--Dans l'immense stupeur,
sourdement, indiciblement, le motif de la Destinée! (Partition,
page 297, au dessous de cette indication: _Hagen se dirige d'un
pas tranquille_, etc.)--Ce motif reparaîtra bientôt, de même que
les traits sourds qui l'accompagnent.]
[Note 608-B: Les Harmonies du Réveil de Brünnhilde reviennent
à l'orchestre (partition page 267 en bas, et page 298). (Cf.
partition de Siegfried, pages 296 et 297.--_Voy._ note de la
page 500.). Voici, de nouveau, les solennels arpèges où semble
se déployer tout l'éblouissement d'un beau ciel retrouvé; voici
l'immense trille d'extase qui va se perdre dans les dernières
profondeurs de l'Ether; et une fois encore le grand Thème héroïque
de Siegfried répond magnifiquement.]
[Note 609-1: «Quand les chefs virent que le héros était mort, ils
le mirent sur un bouclier d'or rouge.» (_Nibelunge-nôt_, XVI,
150.) «Ils prirent le corps de Sjurd, de ce brave guerrier, et le
rapportèrent sur son bouclier.» (_Chants des Iles Féroë._)]
[Note 609-A: Marche funèbre du Crépuscule-des-Dieux.
Un mot, avant de parler--bien timidement--de cette prodigieuse
page. Pourquoi cet intitulé: Marche funèbre? Sans doute parce que
le cortège de Siegfried assassiné s'éloigne aux sons de cette
symphonie. Mais nullement, en dehors de cette particularité
seulement scénique, nullement cette sublime page ne justifie ce
titre, restrictif ici, de marche funèbre. Certes, une marche
funèbre proprement dite, eût été déjà, placée ici par un Wagner,
d'un formidable effet.--Mais cet effet même, qu'est-ce au regard
du colossal ensemble symphonique, où tous les grands thèmes de la
Tétralogie mêlent leurs sublimes, leurs indicibles voix.--Marche
funèbre! Il s'agit bien de cela, quand nous nous trouvons en
présence de quelque chose de plus vaste encore que le Chœur des
Tragédies grecques!--La Tétralogie entière s'incline sur la mort
de Siegfried.
Le Motif du Destin[609-A-a], que nous venons d'entendre, scande
lentement sa morne interrogation, que prolongent deux traits
sourds. Par deux fois, le funèbre _pourquoi_ s'élève, et, à chaque
coup, un thème navrant a répondu--le thème des Malheurs des
Wälsungen (partition, page 301).--Trois notes formidables (_fa_,
_fa dièze_ et _sol_), en une puissante succession, amènent une
énorme explosion que prolongent toujours ces éternels roulements
sourds (partition, _ibid._, lignes 3 et 4), qui s'obstinent,
gémissent lugubrement, enveloppent les autres motifs fugitivement
apparus.--Mais voici que les harmonies s'éclairent comme d'une
mélancolie moins amère;--«les blancheurs plaintives de la lune
suivent maintenant le cortège[609-A-b]» (partition, page 302), et
les thèmes continuent de réapparaître, ainsi que des ombres douces
ou héroïques, émus, oppressant les cœurs d'ineffables souvenirs!
Voici la compassion de Sieglinde pour Siegmund, leur amour, leurs
souffrances. Mais qu'importe! d'eux est né le Héros rédempteur:
et, dans un élargissement formidable, le Thème de l'Epée se lève,
gigantesque, secouant ses splendeurs, et, peu à peu, s'éloigne,
là-bas,--avec le Héros terrassé--, répercutant pour la dernière
fois aux échos du monde ses héroïques sonorités. (Partition, pages
302, en bas, et 303.)
A deux reprises se dessine le thème si expressif de «Brünnhilde
réveillée»; l'oreille, frappée de troubles accords, croit
reconnaître en même temps, le «_herrscherruf_ d'Alberich»,
l'harmonie des «Corbeaux de Wotan», la vague plainte des Filles du
Rhin et un rappel du thème de l'Anneau; de ces évocations obscures
se dégage le motif de la Malédiction, puis, comme assourdie, la
seconde fanfare de Siegfried.]
[Note 609-A-a: Se rappeler aussi la scène IV de l'acte II de la
_Walkyrie_, Cf. Partition de la _Walküre_, pages 150, 151.--_Voy._
la note de la page 361.]
[Note 609-A-b: M. Catulle Mendès: RICHARD WAGNER.]
[Note 610-1: Dans le _Nibelunge-nôt_, avant la chasse fatale,
Kriemhilt cherche à retenir Siegfrid: «Laisse là cette chasse.
J'ai rêvé cette nuit d'un malheur, comme si deux sangliers
sauvages te poursuivaient sur les bruyères; et les fleurs en
devenaient rouges.... Je crains fortement des machinations
ennemies... J'ai rêvé cette nuit d'un malheur, comme si deux
montagnes tombaient sur toi, et jamais je ne devais te revoir!»
(XVI, 140.)]
[Note 611-1: «Grani, le cheval gris, porte la tête basse sur le
corps du roi son maître.» (_Brot af Brynhildarkvidhu._)]
[Note 611-2: «Et Brynhild... se mit à rire cette fois encore
de toute son âme, quand les cris perçants de la fille de Giuki
pénétrèrent jusque dans sa chambre. Gunnar, le maître des faucons,
parla: «O femme avide de sang, ne ris pas ainsi joyeusement
dans notre salle, comme si le meurtre te causait de la joie!»
(_Sigurdarkvidha Fáfnisbana Thridja._) «Et Brynhild se prit
à rire, cette fois de tout son cœur; le Burg en retentit:
«Puissiez-vous régner longtemps sur les terres et sur les hommes,
maintenant que vous avez tué le plus vaillant des rois!» Gudrun,
la fille de Giuki, parla: «Tu te réjouis d'une manière odieuse du
crime commis.» (_Brot af Brynhildarkvidhu._)]
[Note 611-3: Voy. les notes 2 de la p. 616, 1 et 4 de la p. 617.]
[Note 612-1: «Jamais chasse plus funeste ne fut faite par des
guerriers. Car _le gibier qu'ils avaient abattu_ fut pleuré par
mainte noble femme....» (_Nibelunge-nôt_, XVII, 151.)]
[Note 612-2: «Kriemhilt la très belle éveilla ses femmes, elle
ordonna qu'on lui apportât ses vêtements et de la lumière. Survint
alors un camérier, qui aperçut Siegfrid couché à terre... Il
porta dans la chambre le flambeau qu'il tenait à la main. A sa
lueur, dame Kriemhilt allait reconnaître l'affreuse vérité.»
(_Nibelunge-nôt_, XVII, 152.)]
[Note 612-3: Hagene de Troneje répondit: «Je le ramènerai moi-même
au palais. Il m'est bien égal qu'elle apprenne la vérité, celle
qui a affligé le cœur de Brunhilt. Je m'inquiète peu de ce
qu'elle fera lorsqu'elle sera dans les larmes.» (_Nibelunge-nôt_,
XVII, 151.)]
[Note 612-4: Gudrun, la fille de Giuki, était dehors, et voici la
première parole qu'elle dit: «Où donc est maintenant Sigurd, le
chef victorieux? D'où vient que les princes chevauchent en avant?
Högni seul répondit: «Nous avons tué Sigurd avec l'épée.» (_Brot
af Brynhildarkvidhu._)]
[Note 613-1: «Elle s'affaissa à terre et ne dit pas un mot. On
voyait là, étendue, la belle infortunée.» (_Nibelunge-nôt_, XVII,
152.) «Et il advint que Gudrun désirait mourir, tandis que, pleine
de soucis, elle était assise, penchée sur le corps de Sigurd.
Elle ne gémissait pas, elle ne frappait point ses mains l'une
contre l'autre, elle ne pleurait pas comme font les femmes.... Un
instant seulement, Gudrun leva les yeux: elle vit la chevelure du
chef raidie par le sang, les yeux brillants du roi sans regard,
et son cœur, le siège du courage, transpercé. La reine tomba en
arrière sur les coussins du siège. Ses cheveux se dénouèrent,
ses joues rougirent, et un torrent de larmes inonda ses joues.»
(_Gudrunarkvidha fyrsta._)]
[Note 613-2: «Vous allez entendre le récit d'une bien grande
audace et d'une effroyable vengeance. Hagene fit porter le cadavre
de Siegfrid..... devant la chambre où se trouvait Kriemhilt. Il le
fit déposer secrètement devant la porte, afin qu'elle l'y trouvât,
au moment où elle sortirait, avant qu'il fit jour, pour aller à
matines.» (_Nibelunge-nôt_, XVII, 151.)]
[Note 613-3: «Le roi dit «Chère sœur, hélas! quelle souffrance
est la tienne! Que n'avons-nous pu échapper à ce grand malheur!
Nous déplorerons toujours la mort de Siegfrid.» (_Nibelunge-nôt_,
XVII, 156 et 157.)]
[Note 614-1: Voy. d'abord la précédente note: «Nous déplorerons
toujours la mort de Siegfrid», affirme Gunther.--«Vous le faites
sans motif, dit la femme désolée; si vous aviez dû en avoir du
regret, cela ne serait pas arrivé. Ah! vous n'avez point pensé à
moi, je puis bien le dire, puisque me voilà séparée à jamais de
mon époux chéri.» (_Nibelunge-nôt_, XVII, 157.)]
[Note 614-2: «Gudrun, la fille de Juki, s'éveilla et dit ces mots:
«Ce n'est pas de toi, roi Gunnar, que j'aurais dû attendre une
trahison.» Gudrun se dresse sur son lit; elle essuie le sang et
embrasse la bouche sanglante et la tête de Sjurd.» (_Chants des
Iles Féroë._)]
[Note 614-3: La douce reine s'écria avec désespoir: «Malheur à
moi! Oh! douleur! Non, ton bouclier n'est pas lacéré par les
épées, tu as été assassiné.» (_Nibelunge-nôt_, XVII, 153.) «Le
roi Gunther parla: «Je veux que vous sachiez que des brigands ont
assassiné Siegfrid...»--«Ces brigands, répondit-elle, me sont trop
bien connus.... Oui, Gunther et Hagene, c'est vous qui l'avez
fait.» (_Id._, _ibid._, 157.)]
[Note 614-4: «Le féroce Hagene répondit: «J'ignore ce que vous
regrettez... Grâce à moi, nous sommes débarrassés du Héros.»
(_Nibelunge-nôt_, XVI, 149.--Voy. la note (1) de la p. 608.)]
[Note 615-1: Voy. la note 1 de la p. 608.--«En voilà assez, n'en
dites pas davantage. Oui, je suis ce Hagene qui a tué Siegfried,
le héros au bras puissant. Ah comme il a payé cher les paroles
injurieuses que dame Kriemhilt a adressées à la belle Brunhilt!
Oui, sans mentir, cela est ainsi, puissante reine; c'est moi qui
suis la cause de tous vos maux. Je ne veux pas le nier, je vous ai
fait grand dommage.» (_Nibelunge-nôt_, XXIX, 266.)]
[Note 615-2: Dans l'ancienne _Edda_, prédiction de Gudrun: «Mais,
Gunnar, tu ne jouiras pas de cet or; ces anneaux d'or rouge te
coûteront la vie, parce que tu avais fait serment d'amitié à
Sigurd.» (_Gudrunarkvidha fyrsta._)]
[Note 615-3: Ce prodige, dont le sens symbolique est assez clair,
n'est sans doute qu'une transposition dramaturgique de celui
de l'épopée allemande: «Kriemhilt s'écria: «Que celui qui est
innocent le fasse voir clairement; qu'il marche en présence de
tous vers la civière; on connaîtra bientôt ainsi quelle est la
vérité.» Ce fut un grand prodige, et qui pourtant arrive souvent:
dès que le meurtrier approcha du mort, le sang sortit de ses
blessures. Voilà ce qui eut lieu, et on reconnut ainsi que Hagene
avait commis le crime. Les blessures saignèrent comme elles
avaient fait étant fraîches.» (_Nibelunge-nôt_, XVII, 157). On
peut compléter le rapprochement par la comparaison de _l'effet
d'une pareille merveille sur les assistants_: «_Les lamentations
avaient été grandes_; _elles le furent bien davantage_,» ajoute
bien vite le vieux poème. Et la _Tétralogie_: «_Epouvante
générale. Gutrune et les Femmes poussent de hautes clameurs._»]
[Note 616-1: «Les gémissements de Kriemhilt furent terribles et
sans bornes. Revenue de son évanouissement, elle faisait retentir
tout le palais de ses cris... Toutes les personnes de sa suite
pleuraient et gémissaient avec elle.» (_Nibelunge-nôt_, XVII,
153.)]
[Note 616-2: «Guttrönd, fille de Giuki, parla: «Cesse de parler, ô
toi qui es haïe de l'univers entier. Tu as toujours été pour les
guerriers une cause d'infortune. Les vagues du malheur t'apportent
toujours avec elle...» (_Gudrunarkvidha fyrsta._)]
[Note 616-A: La Mélodie primitive, qui reparaît ici, semble saluer
l'arrivée de Brünnhilde.
Rappelons que Brünnhilde est la fille de Erda, déesse de la
Nature. On saisit la puissance de ce rapprochement.
Et, comme conséquence logique, le thème de la Fin des Dieux est
également donné dans ce passage (Partition, page 314, en bas, et
seq.).]
[Note 617-1: «Il y avait souvent plus de joie à la cour que le
jour où mon Sigurd sella Grani, et où ils partirent afin de
conquérir, pour notre malheur, Brynhild, cette femme perfide.»
(_Gudrunarkvidha fyrsta._)]
[Note 617-2: La fabulation étant différente, c'est Kriemhilt qui
adresse, dans le _Nibelunge-nôt_, d'analogues paroles à Brunhilt:
«Si tu avais pu te taire encore, cela eût mieux valu pour toi...
Comment la concubine d'un homme pourrait-elle jamais devenir la
femme d'un roi?» (XIV, 128).]
[Note 617-3: «Brinhild, fille de Budli, parla transportée de
fureur: «... J'ai obtenu l'amour de Sjurd, avant que tu l'aies
vu.» (_Chants des Iles Féroë._)]
[Note 617-4: «Alors la fille de Juki, Gudrun, parla....: «C'est
rarement un bonheur de prendre ce qui appartient à autrui.»
(_Chants des Iles Féroë._)]
[Note 618-1: Cette scène formidable et poignante, dont la seule
lecture fait pleurer de douleur et sangloter d'admiration (tout
au moins dans l'original), cette scène appartient bien tout
entière à Wagner. Toutefois pourrait-on dire qu'elle garde, en sa
beauté, quelques accents du chant correspondant de l'_Edda_ de
Sœmund (_Sigurdakvidha Fáfnisbana Thridja_); oui, un peu de cette
intonation d'immense, divine, sauvage tristesse: «Qui t'accuse,
Gunnar? Tu t'es bien vengé... Jeune encore, j'étais assise dans la
demeure de mon frère avec mon riche trésor... En vérité, je n'eus
pas à me réjouir de votre arrivée. Je m'étais fiancée au chef
qui était assis sur le dos de Grani, avec son or. Il n'avait pas
tes yeux, il n'avait rien de ton visage, quoique tu pusses aussi
avoir l'apparence d'un roi... L'or rouge et les anneaux brillants
qu'apportait Sigurd m'attiraient. Je ne désirais pas les trésors
d'un autre chef. J'en aimais un seul et nul autre; mon cœur de
jeune fille n'était pas changeant... Assieds-toi, Gunnar, je
veux te parler, moi ta femme resplendissante qui suis fatiguée
de vivre... _Car jamais une femme qui a de nobles sentiments ne
voudra vivre longtemps avec un autre que son époux._ Mes tourments
seront bientôt vengés... _Je réfléchis maintenant à tout ce que
vous m'avez fait, quand vous m'avez trompée par vos ruses._ Depuis
lors, j'ai vécu sans joie et sans bonheur... Il vaudrait mieux
que notre sœur (Gudrun) montât aujourd'hui sur le bûcher de
son époux et maître, si les esprits sages lui donnaient un bon
avis, ou si elle avait un cœur comme le nôtre...» ...Gunnar se
leva, le chef des armées, et il jeta les bras autour du cou de sa
femme et tous accoururent pour arrêter celle-ci dans son funeste
projet. Mais elle repoussa tout le monde loin d'elle, et ne se
laissa pas détourner du long voyage. Gunnar appela Högni pour
le consulter... Mais Högni répondit: «Personne ne la détournera
du long voyage... Quand elle est née, déjà sur les genoux de sa
mère elle était vouée à la souffrance; elle est venue au monde
pour le mal et pour le malheur de plus d'un guerrier.» Plein de
soucis, le héros interrompit l'entretien pour se rendre auprès de
la reine qui, parée de ses joyaux, distribuait ses richesses...:
Qu'elles viennent vers moi, celles qui veulent recevoir de l'or
ou d'autres objets précieux...» Toutes se turent et se prirent à
réfléchir jusqu'à ce qu'enfin toutes répondirent à la fois: «Il y
a déjà assez de cadavres! Nous voulons vivre encore...» La jeune
femme, vêtue de ses vêtements éclatants, sortit de ses réflexions
profondes et dit: «Nulle ne doit, pour me complaire, mourir malgré
elle.» ...Elle se revêtit de sa cotte de mailles d'or, son âme
était sombre, et elle se perça d'une épée acérée. Elle s'affaissa
de côté sur des coussins. Le fer encore dans la blessure, elle
songea à ce qu'il lui fallait faire: «...Assieds-toi, Gunnar,
je veux te parler... _Je t'adresse encore une prière, c'est la
dernière que je te fais en ce monde. Elève dans la campagne un
bûcher assez grand pour nous recevoir_, nous tous qui mourrons
avec Sigurd. _Entoure ce bûcher de boucliers et de draperies,
de riches linceuls funéraires_ et de la foule des morts. _Et
qu'on brûle à mes côtés le chef des Hiunen._ Qu'on brûle à mes
côtés, d'une part, le chef des Hiunen, de l'autre, mes serviteurs
ornés de leur riches joyaux, deux à la tête, deux aux pieds,
deux chiens en plus et deux faucons... Mais qu'on place entre
nous deux la brillante épée, la fer acéré, comme lorsque nous
partageâmes la même couche, _et qu'on nous donne le nom d'époux_.
Ainsi les portes de la Walhalla, toutes resplendissantes, ne se
fermeront pas sur le prince, quand ma suite marchera derrière lui.
...Je parlerais encore, j'en dirais bien davantage si le destin
m'accordait plus de temps, mais ma voix s'éteint, mes blessures
se gonflent. Aussi sûr que je meurs, je n'ai dit que la vérité.»
En d'autres chants, de souffle plus court, ces dernières paroles
de Brynhild ont un accent de pareille grandeur: «Maintenant fais
ce que tu voudras, le crime est accompli. Parler ou me taire me
fait également souffrir...» etc. (_Brot af Brynhildarkvidhu._)
«Trop longtemps encore des hommes et des femmes naîtront pour
leur malheur. _Mais Sigurd et moi nous ne serons plus jamais
séparés_...» (_Heireidh Brynhilder._) Le reste des sources se
compose du _Gudrunarkvidha fyrsta_ d'un passage de _La Plainte
d'Oddrun_ (_Oddrunargrair_), du très sec récit de Snorro, etc.,
etc. Les _Chants des Iles Féroë_ disent: «Brinhild s'était
endormie tant de nuits dans les bras de Sjurd, et maintenant
qu'elle avait causé sa mort, de douleur son cœur se brisa.
Brinhild mourut de douleur...» Après d'aussi longues citations,
je ne m'astreindrai pas à noter ci-dessous les réminiscences,
lointaines, de Wagner. La sagacité du lecteur les découvrira,
j'imagine, et d'autant moins difficilement que j'ai marqué, par
des italiques, en ces extraits, les correspondances de l'ancienne
_Edda_.]
[Note 620-1: Voy. la précédente note.--Le même accent de sublime
tristesse sonne en tel autre chant de l'_Edda_, mais dont
l'héroïne est Gudrun: «J'ai eu trois maisons, j'ai eu trois
foyers, j'ai été conduite dans la demeure de trois époux. Sigurd
est celui que j'ai le plus aimé, et mes frères l'ont tué...
Toutes ces douleurs, tous ces malheurs me reviennent à l'esprit.
N'attends pas plus longtemps, Sigurd, conduis ici le noir coursier
du sombre royaume... Rappelle-toi, Sigurd, nos entretiens quand
nous restions assis sur notre couche. O vaillant, viens ici du
fond des demeures de Hel pour me prendre avec toi. Et vous,
nobles Jarls, dressez sous le ciel un grand bûcher de troncs de
chêne. Que la flamme consume ma poitrine accablée d'afflictions.
Que le feu anéantisse ce cœur que la souffrance accable...»
(_Gudrunarkvöt._)]
[Note 620-2: «GRIPIR: «Vous échangerez tous les serments les plus
sacrés, mais vous en tiendrez peu...» SIGURD: «_Comment donc?
Gripir, réponds-moi!_ Vois-tu l'inconstance dans mon âme? Ne
garderais-je pas ma foi envers la jeune fille que je parais aimer
du fond du cœur?» GRIPIR: «Tu agiras ainsi, chef, par les ruses
d'autrui...» SIGURD: «...La volonté de Sigurd est troublée, si
je dois obtenir pour un autre la vierge charmante que j'aimais
moi-même... Ce qui me paraît le plus affreux, c'est que Sigurd
passera pour un fourbe, si les choses arrivent ainsi: _Ce serait
malgré moi qu'avec tant de perfidie j'abuserais la fille des
héros_, dont je connais le grand cœur.» (_Grepisspà._)]
[Note 621-1: _Littéralement_: «afin que sachante devînt une
femme.»]
[Note 621-2: Voy. la note 2 de la p. 483.--Dans le poème eddique
_Heireidh Brynhilder_, après avoir été brûlée, «Brynhild prit le
chemin de Hel et arriva près de la demeure d'une géante... LA
GÉANTE: Tu es Brynhild, fille de Budli, venue au monde à une heure
funeste... BRYNHILD: Du haut de mon char, _moi, qui sais_, je te
dirai, à toi, stupide, si tu veux l'entendre...» etc.]
[Note 621-3: «Hugen et Munen parcourent tous les jours la terre.
Je crains que Hugen ne revienne pas; mais je regretterais encore
davantage Munen.» (_Poème de Grimner_, 20.) Mais il faut voir
surtout la note (1) de la page 550.]
[Note 621-A: Ces paroles de Brünnhilde ramènent le thème de
Walhall--en une forme troublée et sombre--(Partition, page 324).
On notera, dans le même passage, les thèmes du Destin, et de
la Justification de Brünnhilde. (Pour ce dernier thème, Cf.
_Walküre_, partition, page 271, où l'on en verra la forme la plus
nette; _ibid._, page 298, autre forme élargie.--Voy. notes des
pages 394 et 401.).
Tous ces retours de thèmes sont si bien indiqués, si nécessaires
ici, que nous n'insisterons pas autrement sur l'opportunité de
ces réapparitions.--La Marche du Crépuscule-des-Dieux est le
chef-d'œuvre de ce procédé. Nous prions qu'on s'y reporte.]
[Note 622-1: «Le Rhin seul possédera ce trésor connu des Ases
et qui portait malheur aux hommes, l'héritage des Niflungen.
Les anneaux d'or jetteront un plus vif éclat, dans les vagues
du fleuve qui les ballotte, qu'aux mains des fils des Hiunes.»
(_Atlakvidha_).]