c'est elle qui arrêta jadis l'incendie qui menaçait
de détruire Saint-Malo, et une pieuse croyance
raconte que jamais une calamité publique ne frappera
la ville tant qu'une bougie brillera aux pieds
de Notre-Dame de la Grand'Porte.
M. Harvut me communique la légende qui suit:
En 1693 et 1695 les Anglais bombardèrent la ville
de Saint-Malo, mais sans résultat appréciable;
dans ce même temps, on s'aperçut un jour que la
Vierge de la Grand'Porte avait étendu le bras
droit, et semblait, du doigt, indiquer un point de
la place qui s'étend devant sa niche. Comme on
craignait toujours les embûches des ennemis de la
France, on fit des recherches sur le point qu'indiquait
la Vierge, et on découvrit à une certaine
profondeur un dépôt de matières inflammables et
explosibles, munies d'une mèche se profilant au
dehors, et destinées évidemment à faire sauter le
quartier. Aussitôt cette découverte faite, la Vierge
reprit sa position habituelle.
Dans son livre sur les rues de Saint-Malo, M. Harvut
donne quelques détails sur cette statue:
Au-dessus de la porte, du côté intérieur des fortifications,
existe une niche dans laquelle le Père Vincent Huby, jésuite,
fit placer solennellement, en 1663, à la suite de l'incendie
de 1661, une statue de la Vierge de grandeur plus que
naturelle, pour mettre la ville sous l'invocation de
Notre-Dame-de-Bon-Secours.
* * *
Lorsque la statue de Notre-Dame-des-Miracles fut solennellement
remise en son premier et ancien autel, le P.
Georges Fautrel écrivit la relation de cette cérémonie, que
M. de Kerdanet a réimprimée dans son édition de la _Vie
des saints de Bretagne_.
On y trouve ce passage, où il rapproche le miracle de Saint-Malo,
d'un prodige plus ancien arrivé dans une autre ville
de Bretagne: «Il n'est presque personne à Rennes qui ne
sçache que depuis plus de trois cents ans, la ville doit sa
délivrance à la sainte image de Notre-Dame des Miracles.
On ne peut entrer dans Saint-Sauveur, qu'au centre et au
coeur de cette église, il ne s'y remarque aussitôt une pierre
assez visible qui s'élève un peu de terre et semble fermer
un puits: qui ne sait ce qu'elle fait là, ne se peut empêcher
d'en demander la raison. Mais la tradition apprend à
tous ceux qui s'en informent que cette pierre est là pour
boucher l'ouverture d'une mine que firent autrefois les
Anglais ayant dessein sur la ville, dans le désespoir où ils
étoient de l'emporter autrement que par surprise. De plus
elle nous dit que Rennes en fut miraculeusement délivrée
par la faveur de la sainte Vierge, dont l'image qui est
encore la même et sur le même autel qu'elle étoit alors,
par un sensible mouvement de main, montra distinctement
le lieu de la mine et l'endroit par où l'ennemi prétendoit
faire irruption. Et ce qui lui en ôta le moyen ce fut que la
propre nuit qu'il avoit arrêtée pour l'exécution de son
dessein, le peuple appelé en l'église de Saint-Sauveur, au
bruit extraordinaire des cloches qui sonnèrent d'elles-mêmes
à plusieurs reprises, au grand étonnement de tout
le monde, deux cierges ayant apparu sur l'autel où cette
sainte image est honorée, on s'aperçut aussitôt du danger
où l'on étoit, et il ne fut pas difficile aux braves qui
défendoient la ville de repousser ces aventuriers, qui, pour
s'être engagés en cette occasion, furent ensevelis en la
propre fosse qu'ils avaient faite».
[Illustration]
LXXVII
La Vierge du Temple et les Anglais
En 1758, au moment du débarquement des
Anglais en Bretagne, la statue de la Vierge du
Temple suait tellement que deux hommes étaient
constamment occupés à l'essuyer. On dut à son
intercession de voir les Anglais rétrograder. Jamais
en effet, à ce que les paysans racontèrent à Habasque
vers 1832, ils ne purent dépasser le Temple,
bien qu'on ne leur opposât pas de troupes. Suivant
une autre légende que j'ai recueillie, la Vierge pour
arrêter l'ennemi, fit grossir de telle sorte le ruisseau
qui passe à cet endroit, que les Anglais ne
purent le franchir.
(PAUL SÉBILLOT, _Traditions de la Haute-Bretagne_, t. I,
p. 369).
La chapelle du Temple, qui est fort ancienne, est située
au village de ce nom, en la paroisse de Pléboulle.
PERSONNAGES SACRÉS
QUI FIGURENT DANS LA PETITE LÉGENDE DORÉE
Aaron, 162.
Abraham, 93, 151.
Amateur, 79.
André, 74.
Anne (sainte), 83.
Antoine, 75, 77, 90.
Arbrissel, 88.
Benoît de Macerac, 109.
Blanche (sainte), 1, 5.
Briac, 29.
Brigitte (sainte), 115.
Cado, 32.
Carapibo, 133.
Cast, 29, 31.
Chasné (sainte de), 135.
Cieux, 28.
Clément, 14, 16, 21.
Congard, 148.
Convoyon, 62, 154.
Corentin, 144.
Couturier, 132.
Dolay, 148.
Enogat, 29.
Eustache, 211.
Eutrope, 79.
Fiacre, 62, 65, 70.
Froumi, 8.
Gendrot, 138.
Georges, 214.
Germain, 10, 97, 151.
Gobrien, 185.
Gorgon, 148.
Goustan, 38.
Gravé, 148.
Guénolé, 13, 69.
Guillaume, 52.
Guillaume Pinchon, 157, 161, 174.
Guingalois, 67.
Guyomard, 188.
Hubert, 58.
Jacques, 11, 173.
Jacut, 24, 148.
Jean, 77.
Jésus, 172.
Job, 93.
Jugon, 164.
Lambert, 156.
Léger, 49.
Lénard, 141.
Lin, 113.
Lunaire, 29, 33, 34.
Lyphard, 60.
Malo, 29.
Marcoul, 200.
Martin, 48.
Martin de Vertou, 48, 204.
Mathurin, 79.
Maudez, 70, 72, 148.
Maurise, 157.
Mauron, 152.
Méen, 55.
Melaine, 195.
Méloir, 144.
Michel, 45.
Mirli, 98.
Morin (Pierre), 54, 106.
Notre-Dame, 95, 100, 103, 106, 114, 127, 129, 208, 216, 220, 224.
Pabu, 85.
Pataude (sainte), 134.
Patrice, 49.
Perreux, 148.
Pitié (sainte), 83.
Pontin, 8.
Quay, 189.
Riowen, 12.
Roch, 64.
Rou, 135.
Sainte aux pochons, 136.
Samson, 107, 204.
Sauveur, 171.
Servan, 29.
Suliac, 202.
Syphorien, 41.
Tudual, 85.
Valay, 43.
Viau, 50.
Victor de Campbon, 63.
Vierge (la sainte), 9, 40, 49, 95, 177, 216, 220, 224.
Volvire (Mlle de), 133.
Vran, 151.
Yves, 179, 182.
[Illustration: Croix de la partie française du Morbihan, d'après
ROSENZWEIG, _Les Croix de pierre du Morbihan_.]
_Achevé d'imprimer_
le dix-sept avril mil huit cent quatre-vingt-dix-sept
PAR
H. DALOUX
14 _bis_--RUE LOFFICIAL--14. _bis_
BAUGÉ
(Maine-et-Loire)
NOTES:
[1] Cf. SÉBILLOT. _Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne_, t.
1, p. 326; en Berry une légende substitue saint Martin à saint Michel,
et lui fait bâtir en hiver un moulin tout de glace, que le diable troque
contre un moulin de pierre qu'il avait construit.
[2] Voir p. 62, une légende qui se rattache à cette roche.
[3] Village du Gouray, peu distant de la colline où se trouve la
chapelle de saint Roch.
À Ménéne, au milieu d'un ancien retranchement est la chapelle en ruine
de saint Roch. (CAYOT-DELANDRE, p. 340).
[4] Guillaume.
[5] Il mentionne le récit qui se faisait dans le peuple de Montfort
d'une empreinte laissée par la cane sur le manteau de la cheminée de la
grande salle du château.
[6] La mort des fées. _Contes populaires de la Haute-Bretagne_, 2e
série, nº XX.
[7] Village de Saint-Aaron, à six kilomètres de Notre-Dame, où l'on
prétend voir les ruines d'un vieux château.
[8] Voir la légende de la page 68; Mlle de Volvire mouru en odeur de
sainteté, l'an 1694.
[9] D'après une communication de M. Jules Lemoine, cette statue, qui lui
semble du XVIIe siècle, vient de l'abbaye de Saint-Aubin-des-Bois.