La _Vie des saints de Bretagne_ fait mention d'une sainte

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PETITE BIBLIOTHÈQUE BRETONNE

PAUL SÉBILLOT

PETITE LÉGENDE DORÉE

DE LA HAUTE-BRETAGNE

[Illustration]

NANTES

SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS ET DE L'HISTOIRE DE BRETAGNE

M.DCCC.XCVII

[Illustration]

TIRÉ À 400 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS

Pour la _Société des Bibliophiles bretons_

Exemplaire nº

SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES BRETONS ET DE L'HISTOIRE DE BRETAGNE

TABLE

_La sainte marchant sur les eaux_, frontispice, dessin

de Paul Chardin_

PRÉFACE I.

_Croix du Morbihan_ (XVIe siècle) VIII

Sources IX

I.--Sainte Blanche et les Anglais 1

_Sainte Blanche marchant sur les eaux_, dessin de Paul Chardin 3

II.--La statue de sainte Blanche 5

III.--Les taches de la mer et les saints 9

IV.--Saint Riowen marchant sur les eaux 12

V.--Saint Clément 14

VI.--Saint Clément et les vents 16

VII.--Saint Clément et la tempête 21

VIII.--Pourquoi Saint-Jacut n'est plus une île 24

IX.--Saint Cieux 28

_Ancienne statue de saint Briac_,

dans l'église de ce nom, dessin d'Auguste Lemoine 29

X.--Le pied de saint Cast 31

XI.--Saint Lunaire 34

_Saint Lunaire et la colombe_ 35

_Tombeau de saint Lunaire_ 37

XII.--Saint Goustan 38

XIII.--Les pas de la Vierge 40

XIV.--Le saut de saint Valay 43

XV.--Les saints et les mégalithes 45

XVI.--Saint Guillaume 52

XVII.--Pierre Morin 54

XVIII.--Le grés saint Méen 55

_Statue de Saint-Méen_, église de Paimpont 55

_Saint Méen_, statuette à Notre-Dame du Haut 57

XIX.--La chasse saint Hubert 58

XX.--La pierre de saint Lyphard 60

XXI.--Saint Convoyon et la roche aboyante 62

XXII.--Saint Roch 64

XXIII.--La fontaine du Pas de Saint 67

XXIV.--Saint Maudez, saint André et saint Fiacre 70

XXV.--Pourquoi on offre des clous à saint Maudez 72

XXVI.--Pourquoi on offre du chanvre à saint André 74

XXVII.--Le cochon de saint Antoine 75

XXVIII.--Saint Jean, saint Antoine et les cochons 77

XXIX.--Saint Mathurin, saint Eutrope et saint Amateur 79

_Saint Mathurin_, image populaire 80

_Ancien plomb de saint Mathurin_ 81

_Ancienne médaille de saint Mathurin, en plomb_ 82

XXX.--Sainte Anne et sainte Pitié 83

XXXI.--Le départ de saint Pabu 85

XXXII.--Saint Robert d'Arbrissel 88

XXXIII.--La chapelle du Bois-Picard 89

XXXIV.--La croix des sept loups 91

XXXV.--Les chapelles de Champeaux 93

XXXVI.--Les Notre-Dame de l'Épine 95

XXXVII.-- Notre-Dame du Nid de Merles 100

XXXVIII.--La chapelle de Notre-Dame à Bovel 103

XXXIX.--Le prieuré de Notre-Dame à Montreuil 104

_Pierre sculptée_ de la façade du prieuré 105

XL.--La statue qu'on ne peut emmener 106

XLI.--Saint Samson et la cathédrale de Dol 107

XLII.--Saint Benoît de Macerac 109

_Tombeau de saint Benoît_ 110

_Fontaine de saint Benoît_ 111

XLIII.--Saint Lin 113

XLIV.--Notre-Dame du Pont d'Ars 114

XLV.--La cane de sainte Brigitte 115

_La cane et ses canetons_, ancienne verrière de Montfort 121

XLVI.--Les fées chrétiennes 122

XLVII.--La croix des fées 125

XLVIII.--Comment Notre-Dame de Lamballe fut bâtie par les fées 126

XLIX.--Les fées et les chapelles 129

L.--Les canonisations populaires 132

LI.--La fosse à Gendrot 138

LII.--Saint Lénard 141

LIII.--Saint Méloir 144

LIV.--Les sept saints 146

LV.--Saint Mauron 152

LVI.--Les saints et les Corbeaux 156

LVII.--Pourquoi les veuves de Landebla ne se remarient pas 158

LVIII.--Le fossé de saint Aaron 162

LIX.--Saint Jugon 164

_Statuette de saint Jugon_, à Carentoir 167

LX.--Légende de Rieux 171

LXI.--Saint Guillaume au Chemin-Chaussée 174

_Le tombeau de saint Guillaume_ à Saint-Brieuc 176

LXII.--Les aboyeuses de Josselin 177

LXIII.--Les vengeances de saint Yves 179

LXIV.--Saint Yves et les couturiers 182

_Saint Yves_, image populaire 183

LXV.--Pourquoi les gars de Saint-Servan n'ont plus de fesses 185

_Statuette de saint Gobrien_ 186

LXVI.--Saint Guyomard 188

LXVII.--Saint Quay et les femmes 189

LXVIII.--Saint Melaine 195

_Saint Melaine et les prisonniers_, dessin de Busnel 198

LXIX.--Saint Marcoul 200

LXX.--Saint Suliac et les ânes 202

LXXI.--La submersion d'Herbauge 205

LXXII.--Le voleur puni 208

LXXIII.--Saint Eustache 210

LXXIV.--Saint Georges 214

LXXV.--La Vierge sauve Lamballe 216

LXXVI.--La Vierge de la Grand'Porte à Saint-Malo 220

LXXVII.--La Vierge du Temple et les Anglais..... 224

Table alphabétique des personnages sacrés

qui figurent dans la Petite Légende

dorée 225

PRINCIPAUX OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

CONTES POPULAIRES DE LA HAUTE-BRETAGNE, 1re série. _Paris_,

Bibliothèque Charpentier, 1880, in-18. 3 fr. 50

CONTES DES PAYSANS ET DES PÊCHEURS, 2e série des contes populaires

de la Haute-Bretagne. _Paris_, Bibliothèque Charpentier,

1881, in-18. 3 fr. 50

CONTES DES MARINS, 3e série des contes populaires de la

Haute-Bretagne. _Paris_, Bibliothèque Charpentier, 1882,

in-18. 3 fr. 50

LITTÉRATURE ORALE DE LA HAUTE-BRETAGNE. _Paris_, Maisonneuve,

1881, pet. in-12 elzévir. 5 fr.

TRADITIONS ET SUPERSTITIONS DE LA HAUTE-BRETAGNE. _Paris_,

Maisonneuve, 1882, 2 vol. petit in-12 elzévir. 10 fr.

CONTES DE TERRE ET DE MER, légendes de la Haute-Bretagne,

illustrations de G. Bellenger, Léonce Petit et Sahib. _Paris_,

Charpentier, 1883, in-8 (épuisé).

LE BLASON POPULAIRE DE LA FRANCE (en collaboration avec

H. Guidoz). _Paris_, L. Cerf, 1884, in-18. 3 fr. 50

CONTES DES PROVINCES DE FRANCE. _Paris_, L. Cerf, 1884, in-18.

3 fr. 50

GARGANTUA DANS LES TRADITIONS POPULAIRES. _Paris_, Maisonneuve,

1883, p. in-12 elzévir. 5 fr.

LÉGENDES CROYANCES ET SUPERSTITIONS DE LA MER. _Paris_, Bibliothèque

Charpentier, 1886-1887, 2 in-18. 7 fr.

COUTUMES POPULAIRES DE LA HAUTE-BRETAGNE. _Paris_, Maisonneuve,

1886, pet. in-12 elzévir. 5 fr.

LES TRAVAUX PUBLICS ET LES MINES DANS LES LÉGENDES ET LES

SUPERSTITIONS DE TOUS LES PAYS. _Paris_, Rothschild, 1894,

in-8 illustré. 40 fr.

LÉGENDES ET CURIOSITÉS DES MÉTIERS. _Paris_, E. Flammarion,

1895, gr. in-8 illustré. 12 fr.

ANNUAIRE DE BRETAGNE pour 1897 (en collaboration avec René

Kerviler). _Rennes_, Plihon et Hervé, 1897, in-8 illustré. 4 fr.

CONTES ESPAGNOLS. _Paris_, Charavay, Mantoux et Martin, 1897,

in-8 illustré. 1 fr. 50

[Illustration: Les «sentes» de la mer, dessin de PAUL CHARDIN.]

PRÉFACE

Les légendes qui figurent dans ce petit recueil ont un caractère très

nettement déterminé: elles sont avant tout locales, ou tout au moins

localisées par les conteurs, qui ne manquent pas d'indiquer les lieux où

se sont passés les actes, dont le souvenir n'a souvent survécu qu'à

l'état fragmentaire: la mer conserve la trace des saints qui l'ont

parcourue, les rochers portent à jamais les empreintes qu'ils y ont

laissées; des fontaines ont jailli sous leurs pas, et la piété populaire

a jalonné leur passage en construisant des chapelles ou en érigeant des

croix. Leurs sanctuaires sont le centre d'un culte qui est particulier à

une région et auxquels ses fidèles, parfois assez rares, demeurent très

attachés.

Parmi ces saints que l'on pourrait appeler nationaux en raison de leur

naturalisation populaire, il en est que l'Église ne reconnaît pas,

d'autres qui ne sont même pas mentionnés dans la _Vie des saints de

Bretagne_, pourtant si profondément légendaire; parfois le clergé du

diocèse où se trouve la petite chapelle placée sous leur vocable, la

petite croix qui leur est dédiée, ou la fontaine qui porte leur nom, ne

leur rend aucun culte et ignore même presque leur existence.

Le peuple, lui, les connaît, et jusqu'à ces derniers temps il a conservé

dans sa mémoire leur petite légende dorée, souvent plus intéressante au

point de vue des traditions que celle de beaucoup de bienheureux

célèbres. Mais elle n'est guère racontée que dans le voisinage du petit

monument qui porte le nom du saint obscur, mais pourtant aimé, que l'on

regarde dans le pays comme une sorte de divinité locale. Toutefois si le

culte persiste encore, la légende va s'effaçant un peu tous les jours,

comme ces pierres tombales des églises, jadis sculptées en relief, dont

le pied des passants a rongé peu à peu les ornements et les

inscriptions. Celles qu'on peut encore retrouver aujourd'hui,--j'allais

dire déchiffrer,--sont généralement courtes; au lieu d'une vie entière,

il ne subsiste plus que des épisodes, ou une sorte d'abrégé d'une

tradition, sans doute mieux sue jadis et plus développée.

J'ai fait de mon mieux pour sauver tout au moins les débris qui en

subsistent encore. Les quelques récits qui ont paru en 1885 dans la

_Revue de l'histoire des religions_ m'ont attiré de précieuses

communications; j'ai continué à enquêter autour de moi, et en réunissant

aux récits ainsi recueillis ceux puisés par divers auteurs dans la

tradition orale, je suis parvenu à réunir environ quatre-vingts

légendes.

Comme beaucoup de ces saints sont souvent à peu près inconnus dès qu'on

s'éloigne du lieu qui leur est consacré, leur légende n'est sue que de

bien peu de gens, dont le nombre va en diminuant tous les jours; ce sont

surtout les vieillards qui la connaissent: la jeune génération l'ignore

ou la traite avec dédain. Il faut beaucoup de patience et un peu de

bonheur pour arriver à rencontrer la personne, peut-être unique, qui la

conserve encore avec quelque précision. Il m'a été relativement plus

facile de recueillir en Haute-Bretagne près d'un millier de contes

populaires que de trouver le demi-cent de courtes légendes de ce volume

qui sont dues à mon enquête personnelle. Sans que j'aie fait porter

spécialement sur elles l'effort de mon exploration, je puis dire sans

exagérer que je m'en suis occupé pendant une vingtaine d'années. Mais

les conteurs sont, en ce qui regarde ces légendes, assez défiants; ils

ne les disent pas volontiers, craignant sans doute qu'on ne se moque des

récits naïfs, transmis de génération en génération, qui racontent des

épisodes de la vie des petits saints. Presque toujours ils s'expriment

avec un certain respect, même quand ils rapportent des traits, assez

rares d'ailleurs, qui n'ont pas toute la gravité qui convient à la

légende dorée. Mais il n'est que juste de remarquer que tel passage,

qui nous paraît vulgaire ou bizarre, semble tout naturel au conteur,

qui n'y entend pas malice. Dans deux ou trois récits seulement

intervient la note comique, et même un peu irrévérencieuse en apparence;

mais il ne faudrait pas y voir une idée de moquerie ou de scepticisme à

l'égard des bienheureux populaires. Presque toujours ceux qui leur ont

manqué de respect sont, ainsi qu'on le verra dans toute une série de

récits, trop punis, même pour des fautes assez vénielles, pour que les

conteurs se permettent autre chose qu'une plaisanterie, qui ne leur

semble pas déplacée.

Dans les légendes que j'ai recueillies moi-même comme dans celles que

j'ai empruntées à divers auteurs, il en est qui forment des récits à peu

près complets, le plus souvent assez courts, où l'on rencontre des

épisodes poétiques ou gracieux dans leur naïveté, qui ne dépareraient

pas une Vie des Saints de Bretagne; d'autres ne présentent plus guère

que des fragments assez frustes: en historien fidèle, je les ai

rapportés sans essayer de les restaurer. Ce sont en quelque sorte des

pièces d'un musée hagiographique de la Haute-Bretagne: à côté de

statuettes entières ou à peu près, il en est d'autres qui ont gravement

souffert des outrages du temps, et dont il ne reste guère que des

tronçons.

Si mutilées qu'elles soient, quelques-unes de ces légendes ont conservé

des détails qui méritent d'être notés. Plusieurs se retrouvent dans ce

fonds de merveilleux antérieur au christianisme, qui a fini par se mêler

au merveilleux chrétien. Parfois le saint paraît avoir emprunté des

épisodes entiers de sa vie à d'anciennes et obscures divinités locales,

de même qu'aux yeux du peuple, il a gardé les vertus de protection, de

bonheur ou de guérison, que les petits dieux inconnus auxquels il a

succédé passaient pour posséder il y a deux mille ans.

Dans mes notes j'ai relevé, aussi exactement que je l'ai pu, les

particularités physiques qui se trouvent dans le voisinage des lieux où

l'on rend à ces saints locaux un culte, soit public, soit clandestin; là

où il existe on constate presque toujours la présence d'une fontaine,

parfois elle est dans le sanctuaire lui-même; peut-être quelques-unes

cachent-elles encore dans leur couche séculaire de vase, des témoignages

des offrandes variées qui leur ont été faites aux différents âges.

J'aurais voulu pouvoir donner, à côté des récits, des représentations

iconographiques; je n'ai guère pu en trouver plus d'une douzaine. Cela

tient sans doute à ce que les petits saints sont surtout honorés dans de

modestes chapelles, et que ceux qui les ont bâties étaient plus riches

de piété que d'écus. Peut-être aussi n'a-t-on pas recherché avec assez

de soin les statuettes, les vieux tableaux ou les vitraux qui ont eu

pour but d'honorer ces humbles bienheureux. C'est un peu dans l'espoir

de provoquer des recherches que j'ai accompagné les récits de quelques

images; en cherchant bien il est probable qu'on en rencontrera plusieurs

qui ont jusqu'ici échappé aux investigations de l'auteur ou des

écrivains dont il a consulté les livres.

La _Petite Légende dorée_, telle que je la présente aujourd'hui, est

loin de contenir tout ce que le peuple raconte dans cet ordre d'idées.

Les lecteurs que ces récits intéresseront, s'ils ont la patience de

rechercher autour d'eux, en trouveront sans doute bien d'autres,

peut-être même de très jolis. Je m'estimerais très heureux si ce petit

volume devenait le point de départ d'un supplément d'enquête sur les

saints, pour ainsi dire nationaux, de la Haute-Bretagne.

[Illustration: Partie supérieure d'une croix du XVIe siècle, partie

française du Morbihan, d'après ROSENZWEIG.]

SOURCES ET OUVRAGES CITÉS

ALBERT LE GRAND. _La vie des saints de Bretagne_,

édition Kerdanet, 1837, in-4.

AMÉZEUIL (Ce d'). _Légendes bretonnes._ Dentu, 1863,

in-18.

_Annuaire de Bretagne_, par René Kerviler et Paul

Sébillot. Rennes, Plihon et Hervé, 1897, in-8.

(Pour les fêtes des saints et leurs patronages).

BÉZIER (P.). _Inventaire des mégalithes de l'Ille-et-Vilaine._

Rennes, H. Caillière, 1883, in-8.

--_Supplément à l'inventaire des mégalithes de

l'Ille-et-Vilaine._ Rennes, H. Caillière, 1884, in-8.

A. DE LA BORDERIE. _Saint-Lunaire, son histoire, ses

monuments._ Rennes, Plihon, 1881, in-8.

--_Histoire de Bretagne_, t. I. Rennes, Plihon, 1896,

in-4.

CAYOT-DELANDRE. _Le Morbihan._ Vannes, Cauderan,

1847, in-8.

CERNY (Elvire de). _Saint-Suliac et ses traditions._

Dinan, Huart, 1861, in-18.

(DUCREST DE VILLENEUVE). _Le château et la commune._

Rennes, 1842, in-18.

DULAURENS DE LA BARRE. _Nouveaux fantômes bretons._

Paris, Dillet, 1881, in-18.

ERNOUL DE LA CHENELIÈRE. _Inventaire des monuments

mégalithiques des Côtes-du-Nord._ Saint-Brieuc,

1881, in-8.

ESTOURBEILLON (Comte Régis de l'). _Légendes du

pays d'Avessac_, 1882, in-18.

----_Saint Benoît de Macerac et ses légendes_, 1883,

in-8.

----_Itinéraire des moines de Landévennec._ Saint-Brieuc,

1889, in-8.

FOUQUET (Docteur). _Légendes du Morbihan._ Vannes,

Cauderan, 1857, in-12.

(GOUDÉ: Le chanoine). _Histoires et légendes du pays

de Châteaubriant._ Châteaubriant, 1879, in-8.

GUILLOTIN DE CORSON. _Récits historiques, traditions

et légendes de la Haute-Bretagne._ Rennes, Gaillet,

1870, in-12.

----_Statistique des cantons de Bains, Redon, etc._

(Mém. de la Soc. arch. d'Ille-et-Vilaine, 1878).

HABASQUE. _Notions historiques sur le littoral des

Côtes-du-Nord._ Saint-Brieuc, Guyon, 1832-1836,

3 in-8.

HERPIN (Eugène). _La Côte d'Emeraude._ Rennes, II.

Caillière, 1894, in-8.

JOLLIVET (B.). _Les Côtes-du-Nord, Histoire et Géographie._

Guingamp, B. Jollivet, 1854 et suiv.,

in-8.

JOÜON DES LONGRAIS. _Jacques Doremet_, suivi de la

Cane de Montfort. Rennes, Plihon, 1894, in-18.

KERBEUZEC (Henri de). _La légende de saint Rou._

Rennes, Simon, 1894, in-18.

LE CLAIRE (abbé). _L'ancienne paroisse de Carentoir._

Vannes, Lafolye, 1895, in-8.

OGÉE. _Dictionnaire de Bretagne_, éd. Marteville.

Rennes, 1843-1853, 2 in-8.

OHEIX (Robert). _Bretagne et Bretons._ Saint-Brieuc,

1886, in-18.

ORAIN (A.). _Curiosités, Croyances, etc. de l'Ille-et-Vilaine_,

Rennes, p. in-12.

PITRE DE L'ISLE DU DRENEUC. _Dictionnaire archéologique

de la Loire-Inférieure._ (Saint-Nazaire), Nantes,

1884, in-8.

_Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou_ (passim).

_Revue des Traditions populaires_ (passim).

SÉBILLOT (Paul). _Contes populaires de la Haute-Bretagne_,

1re série. Paris, Charpentier, 1880, in-18.

--_Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne._

Paris, Maisonneuve, 1882, 2 in-12 elzévir.

--_Petites légendes chrétiennes de la Haute-Bretagne._

Paris, Leroux, 1885, in-8. (Extr. de la Revue

de l'histoire des Religions).

Légendes I, II, V, IX, X, XI, XXII, XXIV-XXIX.

--_Légendes, croyances et superstitions de la Mer._

Paris, Charpentier, 1886-1887, 2 in-18.

--_Coutumes populaires de la Haute-Bretagne._

Paris, Maisonneuve, 1880, in-12 elzévir.

_Semaine religieuse du diocèse de Rennes._

_Société d'émulation des Côtes-du-Nord._

_Société polymathique du Morbihan._

I

Sainte Blanche et les Anglais

Il était une fois un petit garçon dont la mère mourut; son père, qui

était capitaine de navire, resta avec lui et cessa de naviguer pour

l'élever de son mieux. Mais quand ses économies eurent été mangées, il

recommença à naviguer, après avoir mis son fils au collège. Celui-ci,

qui apprenait tout ce qu'il voulait, entra à l'école navale, en sortit

officier, et, en se battant contre les Anglais, il devint capitaine de

vaisseau.

Cependant les Anglais débarquèrent en France; partout où ils passaient,

ils dévastaient tout, brûlaient les églises et les châteaux, éventraient

les couettes pour mettre les plumes au vent, et quand ils ne pouvaient

plus boire, ils défonçaient les tonneaux pour s'amuser à voir le cidre

courir dans les ruisseaux.

Il y avait dans ce temps-là, au village de l'Isle en Saint-Cast, une

jeune fille, nommée Blanche, qui était un modèle de sainteté. Plusieurs

fois ce pays avait été envahi par les Anglais, qui prenaient aux pauvres

pêcheurs leurs bateaux et leurs filets. Un jour qu'ils étaient débarqués

à l'Isle, ils surprirent Blanche qui disait ses prières du soir dans une

vieille chapelle. Ses voisins eurent beaucoup de chagrin de la voir

ainsi emmenée, car elle était aimée de tout le monde; mais elle leur dit

de ne pas pleurer, parce que dans huit jours elle serait de retour à

Saint-Cast.

Blanche fut conduite à bord d'un des vaisseaux, et l'escadre anglaise

mit à la voile; quand elle fut arrivée dans le port de Londres, tous les

Bretons qui avaient été enlevés furent désignés pour être _guillotinés_.

L'exécution devait avoir lieu devant le Palais du roi, et on embarqua

les condamnés dans des chaloupes pour les y conduire. Blanche, qui était

avec les autres, s'écria tout d'un coup, en sautant à la mer:

--Je ne suis plus en votre pouvoir, Dieu m'appelle, et je retourne en

Bretagne.

Un des Anglais essaya de la retenir, et il lui coupa même deux doigts de

la main gauche; mais Blanche se dégagea, et elle se mit à marcher sur

l'eau, où sa trace reste marquée par un ruban de mer plus blanc que

l'eau voisine. Quelques heures après elle était de retour dans son pays.

[Illustration: Le chemin de sainte Blanche, dessin de PAUL CHARDIN]

Les habitants furent bien étonnés de la voir revenir sur l'eau, et tous

les journaux du temps (_sic_) racontèrent comment Blanche s'était sauvée

des mains des Anglais. Le capitaine de vaisseau, qui était aussi du

pays, vint pour la voir, et s'apercevant que c'était une sainte, il lui

demanda comment faire pour battre les Anglais; car il devait

prochainement prendre le commandement d'une expédition contre eux:

Blanche lui donna des conseils, et lui assura que dans quinze jours il

reviendrait vainqueur.

Le capitaine suivit les avis de la jeune fille, et quand, après avoir

battu les Anglais, il revint pour la remercier, il tomba amoureux

d'elle, et Blanche consentit à l'épouser. Elle suivait son mari partout,

même à la guerre. Un jour leur navire fut entouré d'ennemis; le

capitaine fut tué à son poste, et le découragement se mit parmi

l'équipage. Mais Blanche sauta à la mer, et, marchant sur les eaux, elle

se dirigea vers les Anglais. Ceux-ci eurent tant de peur qu'ils

s'enfuirent. Alors Blanche revint à bord, et ramena le vaisseau en

France.

Elle pleura beaucoup son mari, et avec les sept enfants qu'elle avait

eus de son mariage, elle se retira dans son village, où elle continua la

vie d'une sainte. Quand elle mourut, on l'enterra dans la chapelle où

elle avait coutume de prier, et depuis les gens du pays l'invoquent sous

le nom de sainte Blanche.

Ses enfants furent tous les sept des évêques et des saints, et s'ils ne

sont pas morts ils vivent encore.

(_Conté en 1884, par François Marquer, de Saint-Cast_).

* * *

Dans cette légende, où l'on trouve un singulier mélange

d'anachronismes et d'emprunts à l'histoire populaire

des guerres avec les Anglais, sainte Blanche est un

personnage en chair et en os, une sorte de Jeanne d'Arc

maritime: dans le récit suivant, ce n'est plus une sainte,

c'est la statue elle-même, qui est funeste aux Anglais et

opère des miracles.

II

La statue de sainte Blanche

Au temps jadis, lorsque les Anglais enlevaient

les pêcheurs avec leurs bateaux, et qu'ils volaient

les saints dans les églises, la statue de sainte

Blanche, qui se trouvait à sa chapelle de l'Isle en

Saint-Cast, fut mise sur un de leurs navires pour

être transportée en Angleterre.

Pendant la traversée, les Anglais lui firent mille

affronts, et même ils lui coupèrent deux doigts,

au moment où le navire entrait dans le port de

Londres. Mais la statue sauta par dessus le bord, et

elle se mit à marcher sur l'eau comme une personne

vivante. À cette vue, les Anglais furent saisis

d'épouvante, et ils firent feu sur elle; mais au

même instant le tonnerre tomba sur le vaisseau,

qui fut mis en pièces, et les hommes qui le montaient

furent brûlés ou noyés. C'est alors que les

Anglais crurent que sainte Blanche était vraiment

puissante, et qu'il ne faisait pas bon se moquer

d'elle.

Cependant la statue continua sa route pour

retourner à sa chapelle, et partout où ses pieds

ont touché la mer, les traces sont restées sur l'eau,

qui est plus claire que partout ailleurs; c'est ce

qu'on appelle encore aujourd'hui le «Chemin de

sainte Blanche».

Quand les habitants de Saint-Cast apprirent que

leur sainte avait échappé aux Anglais, ils coururent

à la chapelle, et furent bien heureux de la

retrouver à la place même où elle était avant

d'avoir été enlevée.

Mais les Anglais étaient furieux contre elle,

parce qu'elle avait fait tomber le tonnerre sur

leurs compagnons, et ils revinrent à Saint-Cast

pour enlever de nouveau sainte Blanche et la brûler.

Alors, la statue qui connaissait leurs projets,

se cacha dans une cheminée, et ils ne purent la

trouver. Quand les Anglais furent partis, elle sortit

de sa cachette et alla se remettre à sa place; mais

la fumée l'avait noircie, et les gens de l'Isle, qui

croyaient que leur sainte revenait encore d'Angleterre

disaient: «Ce n'est plus sainte Blanche, mais

sainte Noire».

(_Conté en 1883 par François Marquer_).

* * *

D'après une autre version, dès que la sainte eut

mis le pied en Angleterre, elle disparut si subitement

qu'on ne sut ce qu'elle était devenue. Elle

traversa pourtant la mer, et de Saint-Cast on la

vit marcher sur l'eau. Quand elle aborda, elle

n'avait point les pieds mouillés, et elle alla d'elle-même

se replacer dans sa niche, qui était alors

dans une vieille maison. Celle-ci s'écroula, mais

la statue n'eut d'autre mal qu'une égratignure au

doigt. Depuis le lieu de la côte anglaise d'où elle

partit jusqu'à Saint-Cast, il y a sur la mer une

trace blanche qu'on appelle le chemin de Sainte-Blanche.

* * *

La _Vie des saints de Bretagne_ fait mention d'une sainte

Blanche, épouse de saint Fracan, qui vivait à Ploufragan

au Ve siècle, et qui est fêtée le 30 octobre; aucun des

épisodes de notre légende n'y figure.

On raconte que jadis un habitant de Saint-Cast, étant

tombé dangereusement malade, fit un voeu à sainte

Blanche, et lui promit de faire repeindre sa statue que la

fumée avait toute noircie. Dès qu'il fut guéri, il porta la

statue chez un peintre auquel il raconta sa maladie et son

voeu. Le peintre lui dit que ce n'était pas difficile, et il

assura à son client que dans huit jours la statue serait

aussi fraîche que lorsqu'elle était neuve. Le lendemain il

se mit à l'ouvrage, et ayant voulu placer un peu de peinture

rose sur les joues de la sainte, il lui fut impossible de

la faire tenir; après avoir essayé à plusieurs reprises, il

vit bien que la sainte voulait garder son nom et qu'elle ne

voulait souffrir ni rose ni rouge sur sa figure.

La statuette de sainte Blanche est encore à l'Isle de

Saint-Cast; elle se trouve dans une maison située auprès

de l'endroit où était sa chapelle. Elle a soixante centimètres

environ de hauteur, et elle tient à la main une petite

baguette. On voit souvent à côté, de petits bonnets que les

mères offrent pour que leurs enfants soient préservés des

croûtes à la tête.

Sainte Blanche est invoquée à Saint-Cast pour la guérison

du mal blanc, qui se nomme aussi le mal Sainte-Blanche;

il consiste en une infinité de petits boutons qui couvrent

entièrement le corps. On vient tremper les chemises des

malades à une fontaine dite de sainte Blanche, au bas

de la falaise. Une chapelle et une fontaine, qui sont

dédiées à cette sainte, se trouvent près de l'abbaye en

ruine de Lantenac, dans la forêt de Loudéac. Elle a tous

les jours de nombreux visiteurs. On y vient de fort loin,

tellement l'eau est réputée favorable à la guérison de cette

maladie. Il faut boire un peu de cette eau et porter une

chemise qui ait été trempée dans la fontaine, et toujours

séchée à l'ombre: il ne faut pas oublier une prière et

l'offrande à la bienheureuse. Il est recommandé aussi

de ne pas négliger le culte de saint Froumi et de saint

Pontin dont les images se trouvent aux côtés de sainte

Blanche. (_Revue des Traditions populaires_, t. IV, p. 164).

[Illustration]

III

Les taches de la mer et les saints

Les légendes qui attribuent à des épisodes de

la vie des saints les taches qui se voient sur

la mer sont assez nombreuses en Haute-Bretagne.

Aux environs de Saint-Malo on appelle «Sentes de

la Vierge», des espèces de sentiers d'une couleur

plus blanche, dont la teinte laiteuse tranche sur

le bleu de la mer; quand on les voit distinctement,

les pêcheurs se réjouissent, parce que l'on croit

que c'est la trace du passage de la bonne Vierge,

qui descend sur les flots agités, et passe rapidement

un peu partout pour les calmer.

* * *

M. E. Herpin a inséré dans son livre la _Côte

d'Emeraude_, une légende qui se rattache au fait

historique de la bataille de 1758. Bien que j'aie

longtemps séjourné à Saint-Cast, je ne l'y ai

jamais entendue, ce qui ne veut pas dire qu'elle y

soit inconnue.

Au moment de la bataille, une belle dame

blanche s'éleva dans l'air, sortant du vieux puits

de Saint-Cast; c'était la sainte Vierge qui jusqu'alors

avait vécu sous la forme d'une petite statue

dans la niche étroite creusée dans la pierre du

vieux puits. Elle s'envolait vers la mer, si vite, si

vite, allant et venant au bord du rivage, qu'on eût

dit un long voile de mousseline qui se déroulait

sans fin, une étrange traînée de brouillard planant

au ras du flot, mystérieuse, indécise, impalpable.

Et à distance, ce long voile de mousseline, cette

étrange traînée de brouillard semblait être la crête

des dunes. Voilà pourquoi tous les canons anglais

tirèrent trop haut, durant la bataille.

Les longues traînées blanches qui se croisent,

s'entrelacent et se déroulent sont, dit la légende,

l'ineffaçable sillage qu'a laissé sur l'azur du flot la

robe miraculeuse de la Vierge lorsqu'elle glissait

comme une céleste apparition, au long des vaisseaux

anglais, pour leur voiler nos gars embusqués

dans les dunes.

* * *

Dans la baie de Fresnaye (Côtes-du-Nord),

quand le temps est calme et la mer haute, on voit

une marque blanche qu'on appelle le «Sillon de

saint Germain». Voici son origine: au temps jadis la

statue de ce saint, auquel est dédiée, à l'extrémité

de la commune de Matignon, une chapelle, débris

d'une ancienne église paroissiale et but d'un pèlerinage

annuel, se trouvait à Plévenon, le jour où

devait avoir lieu le pèlerinage; il faisait si mauvais

temps qu'aucun bateau ne pouvait se risquer sur

la mer. Pour ne pas contrarier les fidèles qui

étaient venus à sa chapelle, la statue du saint se

mit en mouvement, et traversa la mer toute seule.

Le sillon blanc est la trace de ses pas. Dans la

même baie une autre raie se nomme «Chemin de

saint Jean».

À Frégéac, vers l'embouchure de la Vilaine, est

la petite chapelle de saint Jacques: quelquefois,

lorsque le vent souffle vers l'amont de la rivière de

Vilaine, il pousse devant lui un rouleau d'écumes

que les habitants du pays appellent le «Chemin de

saint Jacques»: c'est la route que suivit le saint

lorsque remontant la Vilaine en marchant sur les

eaux, il voulut s'arrêter à Rieux.

(PAUL SÉBILLOT. _Légendes de la mer_, t. I, p. 184).

On trouvera un peu plus loin une version de cette légende

plus détaillée.

[Illustration]

IV

Saint Riowen marchant sur les eaux

Saint Riowen, moine du monastère de Redon,

vers l'an 837, est devenu depuis une époque

très reculée, patron de la frairie de la Haye, en

Avessac, où son souvenir est encore conservé

dans la dénomination du village de _Rozrion_ (tertre

de Rion ou Riowen) et dans celle du _Domaine

de saint Riowen_ (matrice cadastrale, section B,

nº 1593).

Saint Riowen, dit la tradition locale, aimait tout

particulièrement Avessac et surtout les bords de

la Vilaine, qu'il remontait souvent pour venir

soulager ou soigner les malheureux.

Un jour que les eaux, grossies par la marée et la

tempête, avaient emporté sa petite barque pendant

qu'il était à soigner un pauvre, on le vit, après

une courte prière, marcher sur les eaux à pied

sec, et, s'avançant sur les flots, gagner ainsi sans

crainte son monastère de Redon. Aussi, est-il

souvent invoqué, dans les mauvais temps, par les

bateliers du Don et de la Vilaine et les pêcheurs

d'anguilles de Murain.

(_Traditions locales recueillies par le marquis de l'Estourbeillon_).

* * *

La _Vie des saints de Bretagne_ relate plusieurs miracles

de personnages marchant sur l'eau, et parmi eux celui de

Riowen, moine de la suite de saint Convoyon qui, n'ayant

pas trouvé de bateau, traverse ainsi la Vilaine; saint

Guénolé frappe la mer avec son bourdon et elle devient

solide comme un chemin.

[Illustration]

V

Saint Clément

Un jour saint Clément, portant son ancre au

cou, voulut traverser la grève entre Saint-Servan

et Saint-Malo; mais la grande marée le

surprit, et comme le poids de son ancre l'empêchait

de se sauver, il se noya.

Un an après, la mer se retira plus que d'habitude,

et une femme, qui pêchait au bas de l'eau, vit le

corps de saint Clément étendu auprès d'un rocher,

et aussi frais que s'il venait de se noyer. Elle reconnut

qu'il était saint, et posant son enfant, qu'elle

avait amené avec elle, elle s'agenouilla auprès du

cadavre et pria jusqu'à ce que la mer vint mouiller

ses pieds. Elle n'eut que le temps de s'enfuir en

toute hâte, oubliant son enfant près du corps du

saint.

L'année suivante la mer se retira encore, et la

femme vint au bas de l'eau, à l'endroit où elle

avait vu le corps de saint Clément. Lorsqu'elle y

arriva, son fils dormait à la place où elle l'avait

laissé un an auparavant; bientôt il se réveilla, se

frotta les yeux et se mit à appeler sa mère.

On assure aussi que lorsque saint Clément fut

noyé il surgit une chapelle auprès de son corps.

* * *

Ce récit, qui a été recueilli dans les environs de Saint-Malo,

diffère, par les détails seulement, d'un épisode de la

vie de saint Clément qu'on peut lire dans la _Légende dorée_

(éd. Brunet, t. II, p. 205-6). Dans la version de Jacques de

Voragine, le saint, au lieu de se noyer par accident, est

jeté à la mer par un persécuteur. Le miracle de la mer qui

se retire a disparu du récit populaire, qui l'a remplacé par

le phénomène beaucoup plus naturel des marées d'équinoxe

qui découvrent de si vastes espaces; l'épisode de l'enfant

est, aux détails près, semblable à celui de la légende du

littoral, qui pourrait bien avoir été empruntée à la vie de

saint Clément, très populaire comme on le sait parmi les

gens de la mer. Peut-être aussi a-t-il circulé un livret de

colportage où la vie du saint, extraite de la _Légende dorée_,

aura surtout reproduit les épisodes de la vie de saint

Clément qui sont en relation avec la mer.

[Illustration]

VI

Saint Clément et les vents

Il y avait une fois un capitaine de Saint-Cast

qui sortit du port de Saint-Malo pour se rendre

à Terre-Neuve. Comme il passait près du Légeon, il

vit sur le rocher un homme qui appelait au secours.

Il fit aussitôt mettre la chaloupe a l'eau et le

naufragé fut amené à bord.

En ce temps-là il n'y avait pas de vent sur la mer,

et les navires étaient obligés d'aller dans le sens

du courant, ou bien on les faisait marcher à force

de rames. On avait jeté l'ancre pour recueillir le

naufragé, et le capitaine dit à ses matelots d'aller

se coucher en attendant que la marée permît

de recommencer la route. Il se trouva alors seul

avec l'homme qu'il venait de sauver, et celui-ci lui

dit:

--Où allez-vous, capitaine?

--À Terre-Neuve.

--À Terre-Neuve! je ne vous vois pas arrivé.

--J'arriverai avec le temps, et j'espère faire

une bonne année.

--Je puis vous porter chance, dit le naufragé;

mais il faut que pour cette fois, vous renonciez au

voyage de Terre-Neuve.

--Quelle idée avez-vous là! s'écria le capitaine,

si je ne vais pas au banc, que deviendront ma

femme et mes enfants?

--Ils n'y perdront rien, bien au contraire; ramenez-moi

à Saint-Malo et je vous enseignerai

mon secret.

Le capitaine fit lever l'ancre et revint à Saint-Malo.

Le naufragé lui dit alors:

--Vous avez entendu parler des vents, capitaine?

--Oui, et j'ai même ouï dire que le roi donnerait

son plus beau vaisseau au marin qui pourrait les

amener sur l'Océan.

--Hé bien! si vous voulez m'écouter, c'est

vous qui aurez le beau vaisseau du roi. Vous allez

partir pour le pays des vents, et ils vous suivront;

mais auparavant, il faut que je vous dévoile mon

secret. Lorsque j'étais sur le rocher, je me serais

bien sauvé tout seul si j'avais voulu, car je suis un

saint puissant et je m'appelle saint Clément; mais

j'ai voulu voir si vous aviez bon coeur, et, puisque

vous m'avez secouru, il est juste que je vous récompense.

Approchez votre bouche de la mienne.

Le capitaine obéit, le saint lui souffla dans la

bouche et lui dit:

--Depuis que les vents sont vents, c'est moi

qui les gouverne et ils m'obéissent. Quand vous

serez en leur présence, vous n'aurez qu'à siffler,

et il vous obéiront comme à moi. Vous les ferez

monter à votre bord, et quand ils seront sur

l'Océan, vous aurez le beau navire du roi.

Le capitaine remercia le saint, qui disparut aussitôt.

Il partit pour le pays des vents, et il fut longtemps

à aller, car les marées n'étaient pas toujours

favorables et les matelots se lassaient de ramer

sans cesse. Enfin on arriva au pays des vents. Le

capitaine descendit à terre, et quand il fut en

présence des vents, il dit à Nord, leur chef:

--Capitaine, il y a longtemps que vous êtes

dans ce pays, ainsi que vos matelots; j'ai reçu

l'ordre de vous emmener ailleurs et je viens

vous chercher.

Nord, qui ne voulait pas suivre le capitaine, se

mit en colère, et lui et tous ses matelots

soufflèrent sur le pauvre capitaine, qu'ils faisaient

tourbillonner en l'air comme une feuille morte. Il

se rappela alors le pouvoir que lui avait donné

saint Clément, et il siffla de toute sa force; aussitôt

les vents s'apaisèrent, devinrent doux comme des

moutons, et le suivirent à bord.

Le navire ne mit pas grand temps à se rendre

en France, car les vents soufflèrent constamment

sur les voiles; on marchait aussi bien de flot que

de jusant, et les matelots étaient joliment contents

de n'avoir plus à tirer sur les avirons.

Le capitaine débarqua les vents à terre; ils se

dispersèrent sur l'Océan, où depuis ils ont toujours

soufflé, et grâce à eux les matelots n'ont plus

besoin de ramer pour faire avancer les navires.

Le roi de France était bien content; il fit venir

le capitaine et lui donna son plus beau vaisseau.

Le capitaine cessa de naviguer peu de temps

après, et il resta à vivre à Saint-Cast, avec sa

femme et ses enfants. En reconnaissance du

service que saint Clément lui avait rendu, il fit

placer sa statue dans l'église paroissiale où elle

est toujours restée depuis.

(PAUL SÉBILLOT. _Légendes de la Mer_, t. II, p. 136).

* * *

Lorsqu'il fait tout calme les matelots de la

Haute-Bretagne invoquent souvent

Saint Clément

Qui gouverne la mer et le vent.

et ils lui disent:

Bien heureux saint Clément

Donnez-nous du vent.

Après avoir sifflé, ils lui font une petite prière; s'il ne se hâte pas

de faire souffler la brise, ils se mettent à jurer, l'insultant et

l'appelant Pierrot.

Autrefois à Saint-Cast, lorsque les marins avaient fait bonne pêche, ou

s'ils n'avaient pas été contrariés dans leur voyage, ils allaient porter

de la raie à saint Clément. Cette coutume est tombée en désuétude.

On racontait naguère à Saint-Cast que les marins avaient acheté une

ancre à saint Clément, leur patron. Un matin, le recteur, en entrant

dans l'église, s'aperçut que l'ancre était tombée des mains du saint. Il

cria au miracle et sermonna ses paroissiens, leur disant que le saint

abandonnait les marins. Ils vinrent tous se jeter aux pieds du saint, le

priant de ne pas leur retirer sa protection. Depuis ce moment ils l'ont

pris pour leur patron définitif et ne cessent de l'invoquer dans les

plus grands périls. Saint Clément a sa statue dans plusieurs églises de

la côte: celle qu'on voit à Saint-Cast a environ un mètre de hauteur;

elle est en bois, le saint est représenté en costume de pape; il a une

croix dans la main droite et une ancre à la main gauche.

VII

Saint Clément et la tempête

Au temps jadis, saint Clément résolut de traverser la mer pour aller

chez les infidèles prêcher la religion chrétienne. Il se fit construire

un petit bateau, à bord duquel il s'embarqua.

Pendant qu'il était sur mer, il s'éleva une violente tempête. Saint

Clément tint vaillamment tête à l'ouragan et continua son voyage sans

s'émouvoir. Sur sa route il rencontra un navire, et les marins qui le

montaient, voyant ce petit bateau avec un seul homme dedans, crurent que

c'était un naufragé; ils mirent le cap dessus, et quand ils furent à

portée, le capitaine proposa au marin de le prendre à son bord. Saint

Clément accepta, à la condition qu'on embarquerait aussi son canot. Le

petit bateau fut hissé à bord et saint Clément monta sur le navire qui,

revenant des mers de Chine, se dirigeait vers les côtes de France.

Ce n'était pas la France que saint Clément désirait visiter; mais comme

le capitaine et les matelots parmi lesquels il se trouvait n'étaient pas

chrétiens, il résolut, avant de les quitter, de les convertir. Il se

fit d'abord connaître à eux en leur racontant la mission qu'il avait

reçu de Dieu. En l'entendant ainsi parler, le capitaine et les matelots

pensèrent qu'ils avaient affaire à un vieux marin que la tempête qu'il

avait essuyée à bord de son petit bateau avait rendu fou; et comme le

vent continuait à souffler avec rage et qu'ils avaient fort à faire, ils

le laissèrent et ne firent plus attention à lui.

Le lendemain l'homme de vigie aperçut la terre, et le capitaine reconnut

qu'il longeait la côte de Bretagne. La mer à cet endroit était plus

houleuse qu'au large, et le vent soufflait avec plus de force que

jamais. Le capitaine commanda de virer de bord, et les matelots

exécutèrent la manoeuvre; mais le navire manqua à virer: ils essayèrent

une seconde fois, puis une troisième; mais ce fut en vain. Le capitaine

voyant qu'il était impossible de lutter contre la tempête, fit jeter les

ancres dehors et amener et carguer partout; cela ne servit pas à

grand'chose, car le navire une fois mouillé traînait ses ancres, et la

mer et le vent le poussaient violemment vers la côte. Tout le monde à

bord se considérait déjà comme perdu; seul saint Clément ne paraissait

même pas y faire attention. Cependant il se dirigea vers son canot, qui

était toujours sur le pont du navire, en tira une petite ancre de quinze

a vingt livres qu'il étalingua (attacha) à un bout de corde et lança à

la mer; les matelots le regardèrent avec pitié, car ils croyaient

réellement avoir affaire à un fou; mais un moment après, à leur grande

surprise, ils s'aperçurent que le navire ne bougeait plus; l'ancre de

saint Clément avait mordu le fond, et de plus la tempête était calmée,

et la mer, d'agitée qu'elle était, était devenue droite comme un papier.

Surpris de ce miracle, le capitaine et les matelots tombèrent à genoux

devant saint Clément et lui demandèrent pardon de s'être moqués de lui.

Ils se convertirent tous à la foi chrétienne, et aussitôt débarqués, le

capitaine emmena saint Clément à sa maison et le pria de rester avec

lui, mais il refusa et quitta le pays.

Le capitaine reconnaissant envers ce saint fit bâtir une chapelle en son

honneur.

(_Conté en 1892 par François Marquer_).

VIII

Pourquoi Saint-Jacut n'est plus une île

Au temps jadis, Saint-Jacut-de-la-Mer était une île, et le principal

village, qui porte encore le nom de l'Isle, était de tous côtés entouré

par l'eau. Quand il faisait mauvais temps, les Jaguens ne pouvaient

communiquer avec la terre ferme et ils en étaient bien marris.

Un jour que la mer était grosse, un pêcheur de Saint-Jacut essaya

d'aller en bateau à Trégon; mais il ne put y réussir, et il ramena son

embarcation dans le havre. Après l'avoir solidement amarrée, il se

disposait à s'en aller, quand il rencontra un bonhomme qui avait la mine

d'un ancien pécheur, et qui lui demanda la charité.

--Je ne sé (suis) pas riche, répondit le Jaguen, et je n'ai brin de pain

sez ma (pas de pain chez moi); mais si tu veux veni' o ma, (venir avec

moi), tu mangeras des patates.

Le bonhomme accepta, et pendant trois jours le Jaguen le traita de son

mieux: au bout de ce temps, l'homme se disposa à partir, et il demanda

à son hôte combien il lui devait pour l'avoir nourri et couché.

--Je ne vous demande ren, répondit le pêcheur, car vous n'ez (n'avez)

pas la mine pu' riche que ma, et entre pauvres gens i' faut s'entraider.

--Eh bien, mon ami, c'est Dieu qui vous récompensera, répondit le

bonhomme.

Et comme le pêcheur partait pour la pêche, le saint toucha un de ses

filets, et lui dit:

--Adieu, mon ami, je vous souhaite bonne chance; tâchez de prendre

beaucoup de poissons; je reviendrai vous voir.

Le saint disparut, et le pêcheur alla à la mer, en maugréant un peu, car

on sait qu'il ne faut pas souhaiter bonne chance à ceux qui vont à la

pêche.

Pourtant à cette marée, il prit beaucoup de poissons; le lendemain il en

prit encore davantage, et toutes les fois qu'il sortait, par bon ou

mauvais temps, il avait autant de poissons qu'il en pouvait porter. Il

était bien content, et il remarquait que les poissons se prenaient

toujours dans les mêmes filets--ceux que le saint avait touchés,--et

qu'ils n'avaient jamais besoin de réparation.

Bientôt il fut à l'aise, et il devint même l'homme le plus riche du

pays. Il attendait toujours la visite du bonhomme, qui avait promis de

venir le voir.

Un jour il le trouva à sa porte et il fut bien content; il lui offrit de

demeurer pour toujours avec lui, et il lui demanda qui il était. Le

saint lui raconta alors sa vie, et lui dit que Dieu l'envoyait prêcher

la religion aux infidèles.

--Vous aurez besoin de courage, grand saint, lui répondit le Jaguen;

car, à coup sûr, vous serez persécuté.

Le lendemain saint Jacut commença ses prédications; mais les Jaguens ne

voulurent pas l'écouter, et ils le dénoncèrent au seigneur du pays, qui

envoya des soldats pour se saisir de lui.

Le saint, en voyant cette troupe de gens armés, eut peur, et il

s'enfuit; mais comme la mer était haute et qu'elle entourait l'île, il

ne savait comment s'échapper. Arrivé sur le bord, il se mit en prière,

et posant la main sur l'eau, il dit: «Je désire qu'une terre relie cette

île au continent.»

Aussitôt une langue de terrain sembla sortir du fond de la mer, et forma

une sorte de route, sur laquelle le saint marcha à pied sec.

Quand il fut passé sur la terre ferme, il se retourna et dit:

--Tant que le monde sera monde, ceci existera.

C'est depuis ce temps que la paroisse de Saint-Jacut est devenue une

presqu'île.

À la vue de ce miracle, les Jaguens cessèrent de persécuter le saint,

et quand il mourut, ils les avait presque tous convertis à la foi

chrétienne.

(_Recueilli à Saint-Cast par François Marquer._)

* * *

On m'a montré à Saint-Jacut, il y a environ vingt-cinq ans, un rocher

isolé qui, vers son milieu, avait une dépression, et l'on disait que

c'était la marque de la corde du bateau de saint Jacut.

Saint Jacut, prince de Domnonée, premier abbé du monastère qui porte son

nom, Ve siècle (5 mars), est le patron de Saint-Jacut-du-Mené, de

Saint-Jacut-de-la-Mer, de Saint-Jacut-sur-Ars; ancien patron de

Gicquelleau, il a des chapelles à Dirinon et à Plestin.

Ce saint figure aussi dans une légende du Morbihan, intitulée les Sept

Saints, qu'on trouvera plus loin.

[Illustration]

IX

Saint Cieux

On trouva saint Cieux dans un rocher, où l'on montre encore son berceau

et l'empreinte de son premier pas. Il était en effet tout petit, et

personne ne savait d'où il venait.

Quand il fut en âge de gagner sa vie, il devint pêcheur, et tout en

faisant son métier, il se mit à prêcher la religion chrétienne, mais il

rencontra de mauvaises gens qui le tuèrent sur la falaise vis-à-vis la

pointe Saint-Martin.

À l'endroit où tomba saint Cieux, il y avait une grande tache de sang,

et l'on y voit encore une traînée rouge; on dit dans le pays que c'est

le sang de saint Cieux.

Au temps jadis, on y planta une croix; mais comme la mer rongeait la

falaise, on la transporta plus haut, à l'endroit où on la voit

actuellement, et qui est un peu plus éloigné du rivage.

(_Tradition orale de Lancieux_)

D'après Jollivet (_Les Côtes-du-Nord_, t. II, p. 338), on montre

près du rocher appelé Berceau de saint Cieux, le sentier

qu'il gravit, sur le bord duquel est placée une croix qui

porte son nom. Tout près sont un port et une fontaine,

dits aussi de saint Cieux. La fontaine se nomme aussi

«mine d'eau», et comme l'eau qui s'en échappe tombe

en gouttes ressemblant à des pleurs,

on a nommé celles-ci «les larmes de

saint Cieux».

On raconte à Lancieux une autre légende

assez différente:

Il y avait une fois huit frères

qui vinrent d'Angleterre en Bretagne,

pour y prêcher la religion

chrétienne: c'étaient saint Cast,

saint Jacut, saint Cieux, saint

Briac, saint Lunaire, saint Enogat,

saint Malo et saint Servan.

Saint Cieux débarqua à l'endroit

qu'on appelle le port Saint-Cieux.

[Illustration: Ancienne statue

de saint Briac.]

Il bâtit l'église de Lancieux,

qui était jadis sur une butte, auprès du moulin de

la Touche, sur la route de Ploubalay. Quelque

temps après la mort de saint Cieux, on transporta

son corps dans l'église qu'il avait bâtie; mais le

lendemain, on le trouva sur le bord de la falaise.

On le rapporta plusieurs fois dans l'église, mais

comme on le retrouvait toujours le lendemain au

bord de la mer, on comprit qu'il voulait que

l'église fût à l'endroit où on la voit aujourd'hui;

dès que le corps du saint eut été mis dans l'église

neuve, il resta tranquille dans sa tombe.

Pendant la Révolution, toutes les statues des

saints qui ornaient l'église furent brûlées, mais on

eut beau mettre dans le feu celle de saint Cieux

qui est au-dessus de l'autel, on ne put parvenir à

la brûler.

* * *

Les récits relatifs à saint Cieux et à saint Lunaire, ont

été recueillis en 1884, à Lancieux, par Mlle Marthe Gesnys,

ma nièce, alors âgée de treize ans.

Petite légende dorée de la Haute-Bretagne · 第 1 / 10 段