Le jeune roi d'Espagne désirait vivement profiter de son passage par la
France, à son retour d'Allemagne, pour revoir Paris et s'y attarder
pendant deux ou trois jours qu'il emploierait à sa guise, affranchi des
représentations officielles et des obligations protocolaires. Il a
réalisé ce projet, du 19 au 21 novembre, descendu à l'hôtel Bristol,
d'où une rapide automobile l'emportait constamment vers les buts divers
de sa fantaisie. Mais son incognito relatif ne l'a pas empêché ni de
faire visite à l'Elysée, ni d'accepter du président de la
République,--avec quel empressement!--une invitation à chasser.
Cette chasse eut lieu, lundi dernier, dans les tirés de Rambouillet. A
midi, après un déjeuner au château, un landau, attelé à la daumont de
quatre mules harnachées aux couleurs espagnoles--celles-là mêmes que le
souverain offrit à M. Loubet lors de son voyage à Madrid--conduisait le
président et son hôte, suivis de quelques invités de marque, aux tirés,
où le colonel Lamy organisait les battues. Bravant une neige épaisse,
d'un effet fort pittoresque dans les bois, mais peu clémente aux
chasseurs, et moins encore au malheureux gibier destiné à la rougir de
son sang, Alphonse XIII se montra plein d'endurance et d'entrain.
Rarement on eut l'occasion d'assister à pareille hécatombe de faisans,
de lièvres, de lapins, etc.: 829 pièces au tableau; et la «part du roi»
y fut, dit-on, très belle.
[Illustration: L'arrivée du roi de Portugal à la gare du Bois de
Boulogne.]
[Illustration: Le roi Carlos et le président Loubet se rendant au palais
du quai d'Orsay.]