Après de longues hésitations, les savants s'accordent aujourd'hui à
admettre que l'eau _physiquement_ pure, vue en masse, est bleu d'azur.
Cette couleur est celle que prend la lumière blanche du soleil absorbée
par l'eau, par suite d'un phénomène dont l'explication serait un peu
longue. Elle n'est pas due à la pureté _chimique_ de l'eau, puisque la
mer, qui est l'eau la plus bleue, est aussi celle, qui contient le plus
de sels. Cependant, d'après les expériences de Forel, les matières en
solution seraient la cause prédominante de la modification de couleur
sur laquelle agissent encore les matières en suspension, la couleur du
fond, le reflet du ciel et des berges. Aussi l'eau bleue est assez rare
dans la nature; beaucoup de mers, de lacs, qui nous donnent l'impression
de cette nuance, sont verts.
L'eau actuellement reconnue la plus bleue est celle de la mer des
Sargasses, entre les îles du cap Vert et les Antilles. L'eau de la
Méditerranée, sur la côte française et autour de Capri, est plus bleue
que celle du Léman, beaucoup moins bleue elle-même que celle des lacs de
Kandersteg et d'Arolla, en Suisse.
Jusqu'ici, on n'avait point précisé le rapport entre la couleur de l'eau
et son degré de pureté. Le professeur belge, M. Spring, qui étudie
depuis longtemps cette question délicate, vient de communiquer à
l'Académie des sciences de Bruxelles plusieurs chiffres intéressants. De
l'eau pure contenant un millionième d'hydrate ferrique paraît brune sous
une épaisseur de 6 mètres; il suffit d'un dix-millionième pour qu'elle
soit verte; et, pour qu'elle reste bleue, il en faut moins d'un
vingt-millionième. Quant à la matière humique, elle fait disparaître la
coloration bleue à une dose inférieure à un quarante-millionième. Les
composés calciques auraient une grande influence sur la clarification,
car ils éliminent jusqu'à un certain état d'équilibre les composés
ferriques et humiques.