Et pourra éteindre les dettes jusqu'à la somme de 440.625

En la réduisant par des remboursements sagement

et habilement faits, on voudrait savoir

si ces réductions pourraient diminuer le capital

des dettes jusqu'à la concurrence de

100.000 cruzades neuves ou 500.000

ce qui, au denier 5, ne ferait plus qu'une somme de 15.000

livres à payer annuellement en intérêts.

1º On a trompé en jetant des doutes sur la naissance illustre

tant de père que de mère de Mlle de Rohan-Rochefort.

2º On a trompé, en disant que le duc de Cadaval n'était pas

assez riche pour se marier: ce sont des énoncés de gens

intéressés à le tenir en tutelle, pour abuser de sa fortune.

Il peut, et cela est prouvé, payer ses dettes en dix ans

et cependant toucher annuellement jusqu'à l'époque de sa

liquidation, 8.000 ducats, somme bien suffisante pour vivre

marié comme il convient à son rang.

3º On a trompé, en disant qu'il était sans vaisselle et sans

meuble: il est amplement pourvu à ces divers égards et ses

richesses en argenterie feraient deux superbes vaisselles; le

surplus payerait les façons.

4º On a trompé, en disant que son mariage le jetterait en

des dépenses au-dessus de ses moyens. On lui apporte une dot

de 100.000 cruzades, qui accélérera le paiement des dettes,

quoiqu'elles puissent l'être sans secours en dix ans.

5º On a trompé, en disant que sa maison du Roccio ne pouvait

loger une duchesse: avec très peu de frais on en fera une

habitation agréable; telle qu'elle est on y résiderait très

décemment.

Tous ces faits prouvés, ce qui se peut, en vingt-quatre heures,

serait-il croyable qu'on voulût empêcher un mariage dont la

seule idée l'a raccommodé avec madame sa mère. Tandis que celui

qu'on voulait lui faire contracter[253] le brouillait avec cette

mère et l'éloignait de toutes les bonnes dispositions qu'il

montre depuis que le langage de l'honnêteté et du respect filial

lui est tenu.

[253] Avec une parente, Mlle de Saint-Vincent.

Dans l'intervalle sont arrivées à Lisbonne deux lettres de Mme de

Marsan, datées des 14 et 15 décembre, qui, selon toute apparence,

vont renverser tout l'échafaudage.

La première semblerait faire croire qu'une «tendresse déplacée» de la

princesse de Rohan aurait amené sa fille à lui sacrifier par respect

filial un établissement si convenable à tous égards. «Ces idées

chimériques renversent toutes les miennes. On ne m'a pas cependant

donné de réponses positives, mais je ne veux pas vous compromettre,

et malgré leur indécision je leur ai signifié hier que j'allais vous

prier de suspendre toutes démarches. Je crains même que ma lettre

n'arrive trop tard pour arrêter celle que vous projetiez de faire,

mais je n'ai pu vous en avertir plutôt, étant dans la confiance qu'il

ne serait pas possible qu'on ne sacrifie pas un intérêt personnel à

celui de sa fille et de toute sa maison qui aurait été flattée d'un

pareil établissement. Le malheur me poursuit et toujours par les

miens; le prince Victor est désolé. Il part aujourd'hui pour aller

prendre le commandement d'une frégate à Toulon; il aurait bien

désiré que sa mission l'eût encore conduit à Lisbonne et me charge de

vous assurer de son respect et de sa reconnaissance. J'en conserverai

une bien tendre de toutes les marques de zèle et d'amitié que j'ai

reçues de vous, Madame, etc.

«... Si mes parents se déterminent à prendre un parti plus

raisonnable, je vous le manderais avec empressement, mais je ne

l'espère pas...»

Il n'y a pas qu'une respectueuse soumission aux regrets de sa mère

dans le refus de Mlle de Rohan, comme le prouve un court billet de

Mme de Marsan suivant de quelques jours la lettre du 14 décembre:

«Je suis désolée, Madame, Mlle de Rohan a attendu au dernier moment

à nous faire l'aveu d'une infirmité qui est la conséquence d'une

chute malheureuse et à laquelle on n'avait pas fait attention.» Après

l'expression de nouveaux regrets Mme de Marsan annonçait l'envoi

d'une lettre ostensible.

«Mlle de Rohan, est-il dit dans cette lettre, avait senti comme nous

tout l'avantage d'une alliance aussi flatteuse et aussi désirable

et y avait consenti. Depuis ce temps, elle avait fait une chute qui

n'avait point alarmé, mais qui a laissé une suite fâcheuse, dont on

ne s'est point aperçu. Sa modestie, sa timidité, l'incertitude du

succès de cette affaire l'ont engagée à garder le silence; cependant

sa délicatesse a surmonté tous les motifs de se taire et elle nous en

a fait l'aveu d'une manière si touchante qu'à peine nous avons eu le

courage de lui en faire des reproches. Elle nous a dit qu'elle avait

sacrifié sa vie, mais qu'elle ne pouvait risquer les _inconvénients

qui pouvaient en résulter pour la postérité_ si illustre et si

précieuse de M. le duc de Cadaval. C'est donc à lui, Madame, qu'elle

et nous ferons le sacrifice de la chose du monde que nous avions le

plus désirée. Si la Reine en est instruite, elle ne peut qu'approuver

ces sentiments... Je suis persuadée qu'elle vous estimera encore

davantage lorsqu'elle saura les motifs qui vous ont fait agir avec

tant de zèle par reconnaissance pour une seconde mère; j'en ai

bien toute la tendresse et vous seule m'occupez dans le moment.

Remplie d'amertume, ma vie en est abreuvée, comme vous savez, depuis

longtemps, mais j'ai peu éprouvé de chagrins plus cuisants...»

Le portrait est enfin arrivé. Tandis qu'à Paris on croit tout

détruit, à Lisbonne on est toute flamme.

«Nous n'avons plus à presser le duc de Cadaval, écrit le marquis

de Bombelles, le 19 décembre. C'est lui qui cherche maintenant à

accélérer le mariage qui nous intéresse. Sa mère, comblée d'aise que

nous lui ayons ramené le cœur et les égards de son fils, regarde

déjà Mlle de Rochefort comme l'ange de paix de sa maison... Nous

avons pour nous tout ce qui est bien famé, bien vu de la Reine, et

la duchesse de Cadaval a très justement observé que, le jour où le

mariage de son fils serait su à Lisbonne, il rallierait à lui toutes

les maisons qui ont eu des Rohan pour mères.»

«Attendez-vous, Madame, à ce qu'il soit très possible que, quinze

jours ou trois semaines après l'arrivée de ma lettre, vous receviez

celle par laquelle M. le duc de Cadaval demandera la main de Mlle

de Rochefort en vous priant, dans les termes les plus convenables,

de faire parvenir ses vœux au père et à la mère de cette jeune

princesse...»

«Le marquis ne voudrait pas, ayant été vite en besogne, risquer

d'être désapprouvé ou démenti. «Si Mlle de Rochefort ou ses parents

n'avaient pas senti l'avantage de cette alliance, nous aurions été

avertis depuis longtemps de ne plus suivre ce projet, et sûrement

vous ne nous auriez pas autorisé, Princesse, à montrer le portrait

confié à Mme de Bombelles. Je sais qu'il ne faut pas sacrifier le

bonheur à des calculs souvent en défaut; mais, lorsque je vois

les sœurs du cardinal de Rohan épouser MM. de Ribeira et de

Vasconcelles, gens sûrement d'une grande naissance, je pense que,

comme leur existence ne peut cependant pas entrer en comparaison

avec un duc de Cadaval, quand ce duc est honnête, bon enfant, facile

à vivre, riche de plus de deux cent mille livres de rentes, quand

_toutes_ les dettes de sa maison seront payées... je pense, dis-je,

que Mlle de Rochefort ne pourra jamais regarder qu'elle ait été

sacrifiée en devenant Mme de Cadaval. Il n'est point de seigneur

français qui ait les chances d'un duc issu en légitime descendance de

la maison de Bragance.»

De son côté, la marquise amplifiait sur les détails. «La Reine aime

sincèrement le duc de Cadaval. Elle vient de faire enfermer un gueux

de précepteur qui voulait le perdre au physique et au moral. Une

femme d'esprit et vertueuse développera, si je ne me trompe, le

germe de bien des vertus en lui. Il vient à présent nous voir comme

un fils qui se trouve à son aise chez des parents raisonnables...

Au milieu des peines de l'expatriation, Mlle de Rochefort, si elle

est raisonnable, doit trouver ici un bonheur solide et que son cœur

appréciera d'autant plus en pensant qu'après les malheurs de sa

maison l'éclat de son mariage rejaillira sur tout ce qui lui est

cher.»

Croyant le mariage prêt à se conclure, Mme de Bombelles est entrée

avec le duc dans mille détails de maison. Bien que suivant l'usage

il ait déjà à nourrir plus de vingt femmes attachées au service de

sa mère et de sa grand'mère, M. de Cadaval trouverait naturel que

Mlle de Rochefort amenât des femmes à elle et aussi des domestiques

mâles. La dot de la jeune princesse sera-t-elle de 100.000 écus ou

de 250.000 livres? On se préoccupe, du côté Cadaval, des «reprises»

de la femme en cas de mort du duc... Il semble que les deux parties

soient d'accord et qu'il n'y ait plus qu'à signer le contrat, toutes

conditions bien stipulées.

Et voici que les dernières lettres venues de France renversent tout

l'édifice, causant les plus grands ennuis aux Bombelles qui, d'après

les lettres de Mme de Marsan, se sont crus en droit de marcher de

l'avant et se trouvent en très mauvaise posture en face de la maison

de Cadaval.

De là un flot de lettres écrites par le marquis et la marquise à la

comtesse de Marsan, à la baronne et au baron de Mackau.

D'abord une lettre de l'ambassadeur:

Angélique de Mackau, Marquise de Bombelles, et la Cour de Madame Élisabeth · 第 26 / 42 题