MÉMOIRE

_SUR DÉLIBÉRÉ_

POUR Me. L....., Procureur au Parlement, Défendeur & Demandeur;

_CONTRE Me. GILLES ....., Procureur au Châtelet, Demandeur &

Défendeur._

Je me trouve obligé de me défendre contre les plus ridicules accusations,

& les moins décentes même pour l'Accusateur. Je n'emploierai point

cependant de secours étrangers. Mon adversaire n'est point redoutable;

mes propres forces me suffiront. C'est Me. Gilles..... Procureur au

Châtelet, qui m'accuse. Nous sommes voisins, & pour ainsi dire,

confreres. Il prétend que j'ai attaqué son honneur domestique. Il m'en

demande des réparations. Le simple récit des faits va apprendre lequel

de nous deux a à se plaindre de l'autre.

Son crédit a empêché que ma cause ne fût plaidée en la Chambre

Criminelle, où elle est. Me. Gilles ..... a redouté le Public, & avec

raison. Il est toujours le juste estimateur du vrai. Pour sauver à Me.

Gilles ..... la honte de la plaidoirie, on a prononcé un délibéré le 31

Janvier dernier. Je n'en dois pas moins être défendu; & je me crois

également redevable du compte de ma conduite au Public, ainsi qu'à mes

Juges.

J'occupe, il y a près de trois ans, un appartement, rue Beaubourg, dans

une maison, qui étoit alors saisie réellement. Vers le mois de Juillet de

l'année 1747, on procéda à un nouveau bail judiciaire. Je craignis d'être

obligé de me déplacer. Je pris le bail sur le pied de 2500 livres de

loyers. Je sçavois parfaitement qu'un Officier ne doit pas faire métier

de prendre des baux judiciaires; & j'en sentois les conséquences; mais il

ne me paroissoit pas que je me misse dans ce cas. Je cherchois uniquement

à n'être pas délogé; & je croyois que cela étoit permis. Des gens dont

l'état & le caractere demandent encore plus d'attention, prennent

souvent, à pareil titre, une maison de campagne, pour la procurer à leurs

plaisirs. Cela n'a jamais choqué dans la société.

J'avois ce bail sous le nom du sieur P..... qui étoit mon Clerc. Je ne

lui en demandai même aucune déclaration, tant j'étois dans la bonne foi.

Je donnai un de mes parens pour caution, & je servis de certificateur;

c'étoit donc moi qui devois être engagé.

Au moyen de ces arrangemens, je me trouvai en possession de la totalité

de la maison au premier Janvier 1748; c'étoit l'époque du commencement de

ce bail judiciaire. Me. Gilles .... m'y demanda un appartement pour

Pâques. Il se présenta avec toutes les graces & l'affabilité que la

nature lui a données. Je me crus trop heureux d'acquérir un pareil

voisin, & la dame ... paroissoit encore devoir rendre ce voisinage plus

précieux. On ne sçait qui doit prévaloir en elle, ou du caractere, ou de

la figure. Tout y est aimable; on se promit de grandes liaisons de part &

d'autre. Je louai à Me. Gilles ... un appartement extrêmement commode au

premier, pour deux années neuf mois, si le bail judiciaire duroit autant.

La location commençoit au premier Avril 1748; le prix fut de 350 liv. par

an: c'étoit bon marché, mais je crus devoir donner quelque chose à

l'agrément du commerce. J'en profitai en effet. Nous fûmes très-liés

jusqu'à la Pentecôte, c'est-à-dire, pendant deux mois. Elle arriva le 2

Juin: je fus passer ces fêtes à la campagne.

Pendant ce tems, une ancienne domestique, qui n'étoit plus chez moi,

nommée _Nanon_, & âgée de près de quatre-vingts ans, vint pour aider à

garder ma maison. Son grand âge ne lui a pas encore ôté la gaieté. Seule,

pour se désennuyer, elle chantoit au rez-de-chaussée; c'est l'appartement

que j'occupe. Me. ..... est au-dessus. Cette vieille femme avoit tort

sans doute; & c'étoit inconsidérément troubler les travaux de Me. Gilles

.... qui emploie son tems si utilement pour le service du Public; mais il

n'est pas étonnant que cette vieille Nanon ne sçût pas porter le respect

dû à Me. Gilles .... & à ses occupations. Elle ignoroit même qu'il fût en

même-tems Avocat & Procureur, & qu'avec ces qualités il méritât de

doubles égards. Il le lui dit cependant; car il ne perd jamais de vûe ses

prérogatives. Il la harangua en cette qualité, & le discours fut long; la

facilité qu'il a acquise pour la parole, le trompe quelquefois sur

l'usage qu'il en doit faire.

La vieille Nanon goûta peu l'éloquence de Me. Gilles .... Avocat ou

Procureur, le titre lui parut fort indifférent. Son discours avoit été

dur. La voix de Nanon continua sans doute à la servir. Elle chanta

toujours. C'est une domestique, & une vieille domestique; dès-là par une

conséquence nécessaire, peu docile.

La seconde leçon de Me. Gilles .... fut plus désagréable. Il vuida,

presque sur le corps de Nanon, un vaisseau extrêmement deshonnête. Le

fait est prouvé. Un de mes Cliens qui venoit me chercher, en dépose

précisément. Il vit le pot jetté ou du moins ce qu'il contenoit & qui

étoit très-mal propre, & un homme en veste noire & en bonnet de nuit, qui

se retiroit de la fenêtre de Me. Gilles ...... l'opération finissant:

c'étoit lui-même. Cela parut augmenter la voix de la vieille Nanon: elle

en reprit de nouvelles forces, & chanta plus haut, & cela devoit être

ainsi. Me. Gilles ..... avec l'usage qu'il a du monde, & l'esprit dont il

est si heureusement pourvu, pouvoit-il attendre autre chose d'une

pareille femme? Il a vu bien des pays. A-t-il trouvé quelque part des

femmes de cet âge, de cet état, de cette éducation, que l'on se soit

aisément asservies en les maltraitant.

Il l'accabla cependant d'injures. Il la menaça de coups de bâton, & de

coups de pied dans le ventre. Etoit-ce donc là un discours convenable à

un Ex-Avocat, même à un Procureur? car enfin, je ne pense pas que ces

deux états admettent aucune différence, quant aux sentimens & à la

conduite. Qu'il eût été beau de voir Me. Gilles ..... aux mains avec la

vieille Nanon! Les armes sont journalieres. Dans le cas où la victoire se

fût décidée pour la vieille Nanon; quel rôle eût joué Me. Gilles.., & qui

eût-il appellé à son secours, ou des Avocats, ou des Procureurs?

J'appréhende fort que tout le monde ne l'eût abandonné. On ne doit pas

compromettre ainsi son état.

Cette correction peut n'avoir pas eu le succès qu'en attendoit Me.

...... Aussi n'étoit-elle pas faite pour réussir. La vieille Nanon

chanta, & ne cessa de chanter dans la cour une chanson qui commence,

dit-il, par ces mots _cornua cum cornibus_, & qu'il prétend extrêmement

insultante. Je lui ai demandé copie de cette chanson. Je ne la connois

pas; & je ne puis juger de l'insulte qu'en voyant la chanson. J'ignore

totalement quelle application raisonnable elle peut avoir à Me. Gilles

..... Je ne prévois pas même qu'il puisse s'en trouver aucune. Je le lui

avoue de bonne foi. Je suis malheureusement garçon; & je ne sens pas

encore toutes ces délicatesses de ménage.

Je revins de la campagne. Je trouvai le trouble dans ma maison. Comme je

vis cependant qu'il ne s'agissoit que de chansons, cela me parut d'abord

ne devoir pas avoir des suites considérables. Je me trompai. Il ne me fut

pas possible de remettre la tranquillité chez moi. Je m'apperçus même que

Me. Gilles .... s'étoit servi de cet empire, que sa physionomie, son

esprit, ses talens lui donnent singuliérement sur le beau sexe, qu'il

s'en étoit servi pour mettre dans son parti quelques-unes de mes

Locataires. Je voulois, à quelque prix que ce fût, me procurer le repos.

Le 8 Juillet 1748, je donnai congé à la dame de M...., Sous-locataire

d'un appartement au premier étage, & qui n'avoit point de bail, Dame

extrêmement sage, dont j'aurois ambitionné le voisinage en toute autre

occasion, mais que Me. Gilles ...... avoit trop séduite: & qui pourroit

en effet lui résister quand il le veut?

Je croyois cette Dame veuve. Le 12 Juillet 1748, en son nom, & au nom de

Messire Pierre-Louis de M....., Ecuyer, Capitaine de Cavalerie au

Régiment de Grassin, son mari, on me signifia: _Que l'on ne sçavoit pas

pourquoi, moi Sous-locataire de la même maison, & qui avois une vieille

Domestique, par qui_ _je faisois insulter journellement les autres

Locataires, chantant des chansons indécentes_, je signifiois un congé:

_Que c'étoit une continuation d'insultes, dont on se réservoit à demander

raison, mais que comme l'Exploit étoit nul, on ne pouvoit défendre au

fond. Crainte de surprise, & pour en demander la nullité, on

substituoit_..... On ne dit pas qui. La vieille Domestique avoit tourné

la tête à l'Avocat-Procureur. Il oublie même que c'est lui qu'il veut

constituer. Dans cet état informe, il fait signifier cet acte _pour

plaider_, dit-il, _au lendemain_.

Mais Me. Gilles ..... s'étoit occupé, dans les ténebres, d'objets plus

importans; & c'est ici que s'ouvre la scene tragique. Contre l'ordre de

tous les théâtres, la petite piece a précédé. Dans des tems de paix,

j'avois fait confidence à ce bon voisin du nom de mon Fermier-Judiciaire;

& il sçavoit que j'avois négligé de prendre une déclaration de lui. Le

sieur P...., ce Fermier-Judiciaire, étoit alors Clerc chez Me. C.... de

la T....., Procureur au Parlement. Me. Gilles ..... le fut trouver. Il

lui demanda une déclaration de ce bail judiciaire en sa faveur. Menaces,

remontrances, frayeurs, offres d'argent, tout fut employé pour le gagner;

il lui offrit jusqu'à dix pistoles. Je devois recevoir tous les loyers,

disoit-il, & ne rien payer; & le coup tomberoit sur P...... Il étoit

cependant mineur. La caution étoit bonne. J'en étois le Certificateur.

N'étoit-ce pas à nous que l'on se seroit adressé?

Me. Gilles ..... réussit néanmoins en partie: & a-t-il jamais manqué

quelque chose de ce qu'il a voulu entreprendre? P.... lui donna toute sa

confiance. En conséquence Me. ....., le 10 Juillet 1748, fit saisir entre

les mains de mes Locataires. Le 11 Juillet il me fit donner congé de

l'appartement que j'occupois dans cette maison, & dont je puis dire, avec

quelque fondement, que j'avois seul le bail. Me. ..... se constitua

Procureur contre moi. Il n'oublia pas pour lors son nom dans cet Exploit.

Le 12 Juillet, car il n'y eut aucun jour de perdu, je fus assigné à la

requête de P...., pour me voir condamner, & par corps, à lui payer le

prix du bail judiciaire, avec une nouvelle constitution de Me. ..... Le

13 il envoya une cohorte d'Huissiers, pour saisir, & exécuter mes

meubles, faute de lui avoir payé, disoit-il, mes loyers. Heureusement

j'avois évoqué le tout aux Requêtes du Palais, & en vertu de mon

_Committimus_, & parce qu'il s'agissoit de l'exécution d'un bail

judiciaire émané de ce Tribunal. Cela me débarrassa de ces Huissiers. En

quatre jours on saisit entre les mains de mes Locataires: on me donne

congé: on me fait commandement de payer, & par corps: on vient pour

exécuter mes meubles. Tous les instans sont utilement employés.

N'avois-je pas eu raison d'acheter un si excellent voisin? Jeune

Officier, les modeles m'étoient nécessaires. Et où en aurois-je pu

trouver de pareils, pour l'ardeur, la vigilance, la candeur & la bonne

foi? Mais il échappe toujours quelque chose aux grands hommes; & Me.

Gilles ....., à qui ses occupations trop facilement multipliées ne

laissent pas tout appercevoir, quelle que soit sa sagacité, n'avoit pas

fait d'attention que son nouveau Client, P..., étoit mineur, & que toute

cette procédure, faite sous son nom, étoit nulle.

Les expédiens ne lui manquerent pas pour la réparer. Tel est l'avantage

des excellens génies. Les ressources se trouvent toujours à leur

commandement. P.... mineur avoit son pere & sa mere, ses Tuteurs

naturels. Il n'eût pas été aisé de les faire entrer dans ces opérations.

Me. Gilles ..... crut les pouvoir remplacer. Il dressa un avis de parens

pour P... qui n'en avoit aucuns en cette ville. Me. Gilles .... fut

lui-même très-décemment le faire signer de maison en maison par ses

propres amis, ce qui procura à P... l'avantage d'avoir Me. Gilles .....

pour Tuteur, à l'effet de former contre moi toutes les demandes qu'il

aviseroit: & de quelles demandes ne devoit-il pas s'aviser?

Il pensa, en homme instruit, que mon évocation aux Requêtes du Palais

tomboit au moyen de la nullité de la procédure que j'avois évoquée; & sur

ce fondement, il en recommença une nouvelle au Châtelet, quoique le bail

judiciaire qui faisoit son prétendu titre, fût émané, comme on l'a déja

observé, des Requêtes du Palais.

Cet avis des amis de Me. Gilles ...., homologué pour le sieur P..., fut

signifié le 23 Juillet 1748 à mes Locataires, avec commandement de payer

mes loyers à Me. ...., au nom, & comme Tuteur de P...; & Me. ...., pour

ce dispensé, déclare qu'il occupera en son nom. Le voilà donc Tuteur &

Procureur de P... Quelle moisson de significations! Le véritable

Fermier-Judiciaire, c'est-à-dire moi, qui devois payer, je me croyois

trop heureux si j'en étois quitte pour les loyers de Me. Gilles ....

Cet homme, Avocat-Procureur, fait saisir de nouveau ces loyers par les

Commissaires aux saisies-réelles. Il les avoit été effrayer sur mon

compte; la preuve s'en trouve dans mon enquête. Pour être plus sûr de ses

opérations, il avoit fait sortir son pupille P.... de chez Me. C..., mon

Confrere, & il en avoit accru le nombre de ses Clercs. Il l'avoit mené

aux saisies-réelles, pour solliciter des contraintes contre moi. Quelle

passion! pour ne pas dire, quelle fureur! Il m'eût été difficile

d'arrêter la vivacité de Me. Gilles ..., si je n'avois pas évoqué de

nouveau aux Requêtes du Palais. Cela suspendit enfin sa procédure: & dans

aucun Tribunal, je ne craignois pas de trouver un second Officier qui lui

ressemblât.

Mais échappé, quant au civil, aux mains trop avides de ce cher voisin, il

me poursuivit au criminel. Lui qui le 17 Août 1748 avoit cruellement

porté la vexation à mon égard au point où l'on vient de le voir, ose

rendre plainte à M. le Lieutenant-Criminel contre moi. Il prétend que le

16 du même mois, depuis huit heures & demie du soir jusqu'à dix, étant

dans ma salle à manger, je n'ai cessé de proférer à haute voix contre son

honneur & contre celui de sa femme, des injures que la bienséance & la

pudeur ne permettent pas de répéter; & il demande à en faire preuve.

Dans une nouvelle requête du 30 Août, il expose: _que depuis le 18 Juin

1748, matin, qui lui Me. .... en levant ses significations dans sa boîte,

y a trouvé un morceau de fer en forme de_ cornes; _il m'a fait porter ses

plaintes, que la vieille servante Nanon_, avec laquelle il n'avoit pas

sans doute eu l'adresse de se réconcilier, _montroit les_ cornes

_derriere le dos dudit Me. Gilles ..... quand il passoit seul, ou avec

son épouse, dans la cour, &_ _chantoit une chanson en ces termes_,

cornua cum cornibus, dont il demande à faire preuve.

Voilà donc un nouvel événement dans la cause. Un morceau de fer en forme

de _cornes_, trouvé dans la boîte aux significations de Me. Gilles ....

Mais qui est-ce qui l'a trouvé? A-t-on vu quelqu'un l'y jetter? L'enquête

a été faite. Aucun témoin n'en dépose. Où le corps du délit est-il?

Qu'a-t-on fait de ce morceau de fer? Il le falloit déposer au Greffe. Ce

fer représente-t-il effectivement des _cornes_? Qui l'a vu? Me. Gilles

.... en sera-t-il cru sur sa parole? Ne se trompe-t-on pas quelquefois en

fait de forme extérieure? & sur-tout ici, où il semble que tout paroisse

_cornes_ à Me. Gilles ....? Ne les devoit-il pas faire voir? Prétend-il

s'y connoître assez bien pour en pouvoir juger lui seul? A quel titre

veut-il que l'on s'en rapporte à lui? Sera-t-il Juge & Partie dans sa

propre cause? Il falloit envoyer chercher un Commissaire, faire dresser

un procès-verbal de la levée de ces _cornes_, les faire déposer au

Greffe. Voilà ce qu'on appelle une marche juridique & réguliere; &

comment a-t-elle échappée à un ancien Avocat, actuellement Procureur? Ces

matieres ne lui doivent-elles pas être extrêmement familières? Au défaut

de ces mêmes pieces, que peut-il espérer de sa plainte?

Sur tous ces faits, une Sentence du 3 Septembre 1748 permet à Me. Gilles

.... d'en faire preuve; & après que j'ai mis en fait que c'étoit Me.

Gilles ..... qui avoit été chercher chez Me. C...., Procureur, le nommé

P... pour lui prêter son nom, pour me faire un procès au sujet du bail

judiciaire de la maison où nous demeurons, & qu'il avoit cinq ou six fois

sollicité contre moi des contraintes aux saisies-réelles, on m'a

pareillement admis à la preuve.

Les enquêtes ont été faites. Celle de Me. ..... est composée de ses

Clercs, témoins certainement reprochables, de cette dame M...., qu'il a

sçu se rendre ma partie & à qui j'avois donné congé, de la demoiselle sa

fille, & de sa domestique. Ces Témoins se contredisent les uns les

autres. Aucun ne dépose des faits qui regardent la dame .... Un seul

prétend m'avoir entendu dire, _qu'elle étoit bien malheureuse d'avoir un

pareil mari_; mais c'étoit la plaindre, & non pas l'insulter.

C'est elle cependant, si l'on en croit Me. Gilles ...., qui fait le grand

objet de cette affaire. Que je voie Madame, dit-il à qui veut l'entendre,

que je la contente, qu'elle soit satisfaite; & elle sera maîtresse dans

l'instant de lui imposer silence; tout sera terminé. L'unique bonne

volonté de Me. .... dépend de la satisfaction que j'aurai donné à Madame.

Il ne s'agit que de cela dans cette cause. Que je contente Madame. Et

seroit-il rien de plus heureux pour moi? Me. Gilles ..... ne demande que

cela. La transaction me seroit trop avantageuse: mais je ne l'ai pas

offensée. Quelle réparation lui pourrois-je offrir qui fût du goût de Me.

Gilles ...., & qu'elle avouât elle-même?

On m'a entendu le 16 Août au soir, dit la plainte de Me. Gilles ....,

c'est-à-dire pour parler exactement, qu'il se plaint le 17 de ce que l'on

m'a entendu la veille, c'est précisément le 16, conter avec vivacité mes

aventures de voisinage; & ses Témoins déposent que c'est le 15. Est-il

donc permis de varier sur de pareilles époques?

J'ai parlé vivement de mes aventures avec lui; & quel héros de patience

l'auroit pu faire avec tranquillité? Mais c'étoit chez moi que je

parlois, dans l'intérieur & dans le secret de ma maison, avec mon seul

ami; & que lui disois-je? Des faits vrais. Je lui détaillois une

procédure honteuse, que m'avoit fait Me. Gilles .... mon Locataire, qui

trouve le secret de ne me pas payer; qui me doit encore trois termes;

pour qui je les ai payés; j'en ai la quittance finale; & qui dans cette

position ose me donner congé à moi-même, me fait commandement de lui

payer, à lui à qui il n'est rien dû, à lui qui me doit, & faute d'obéir à

ce commandement, m'envoie exécuter mes meubles; en un mot qui entre chez

moi le 1er. Avril, & me persécute avec fureur depuis le mois de Juillet

par une procédure unique, & dont il faut faire tout l'honneur à Me.

Gilles ... Il n'en avoit certainement pas vu de modele. C'est une

procédure faite sous le nom d'un mineur qui a ses pere & mere, & dont il

s'est rendu sans mission, sans cause, sans aveu, & avec indécence le

Tuteur postiche; d'un mineur qui m'avoit prêté son nom lui-même, qui l'a

déclaré dans un acte autentique pardevant Notaires le ... Septembre 1748;

d'un mineur dont j'étois la caution, pour qui je devois par-conséquent,

& pour qui j'ai payé; d'un mineur à qui il a offert de l'argent pour

avoir le droit de me persécuter, qu'il a enlevé de chez son Procureur à

cet effet, qu'il a retiré chez lui pour rendre la persécution plus

certaine, qu'il a conduit aux saisies-réelles, qu'il a fait marcher à son

gré pour en faire le ministre de sa mauvaise foi & de sa vengeance. Tous

ces faits sont prouvés & par la procédure que je rapporte, & par les

Témoins que j'ai fait entendre. M. G..., Régisseur des saisies-réelles,

MM. S..., C... de la T..., & H..., Procureurs au Parlement, en déposent

précisément. La preuve est complette.

Ce n'est pas dans son cabinet que Me. .... a voulu me deshonorer, c'est

en public, c'est dans le Bureau des saisies-réelles, c'est dans les

maisons de différens particuliers; ce n'est pas un seul jour, c'est

pendant plusieurs mois. Il m'a présenté à tout le monde comme un

malhonnête homme. Il a annoncé qu'il alloit me faire interdire; &

j'aurois eu tort de me plaindre de lui à un ami? Je l'ai fait trop

vivement: a-t-il agi avec modération? Des actions de la nature de celles

dont je viens de rendre compte, peuvent-elles jamais être compensées par

des discours tels qu'ils soient? Ce ne sont pas des chansons que je lui

oppose; ce sont des discours graves. Ce ne sont pas des gestes

inconsidérés qu'on a à lui reprocher; ce sont des faits importans. Ce

n'est pas d'une vieille Domestique, âgée & sans conséquence, que je me

plains; c'est d'un Procureur, d'un âge mûr, qui doit rien faire au

hasard, d'un Procureur sur-tout qui a l'honneur d'être Avocat. Nos

positions se trouvent-elles égales?

Et qui est-ce qui a déposé de ces vivacités dans mes discours? P., ce

Clerc pupile de Me. ..? Il étoit dans son appartement. Il a tout

entendu; mais il y avoit dans ce même appartement deux autres Clercs de

Me. ... avec P.., & leurs dépositions se trouvent totalement différentes.

Comment ces injures grossieres, dont P.... orne sa déposition, leur

auroient-elles échappées? P... est-il croyable en cela? Peut-on seulement

l'écouter? N'a-t-il pas joué un rôle trop considérable dans la procédure

civile, pour en pouvoir soutenir un second dans la procédure criminelle?

C'est la dame de M...; elle ne m'a pas encore pardonné le congé que je

lui ai fait donner. Sa Domestique qu'elle a envoyé sur l'escalier pour

écouter, n'a pu rien distinguer; & elle seule auroit entendu. Cela n'est

pas vraisemblable. Cette affaire se résume donc en deux mots.

Je ne suis pas garant de la vieille Nanon. Elle n'est plus ma Domestique.

Je ne réponds, ni ne dois répondre d'elle en aucune façon. Me. Gilles ...

l'a inconsidérement maltraitée. Il auroit dû éviter avec soin que le

Public fût instruit de ces trop ridicules discussions; mais ces faits me

sont absolument étrangers.

Quant à Madame, je l'honore & la respecte comme je le dois. Aucune

déposition ne me chargera contre elle. Je ne crains rien à cet égard. Je

l'ai plaint quelquefois. Je lui rendrai toujours ce qu'elle mérite.

Il ne me reste donc que Me. Gilles .... Qu'il se fasse justice à

lui-même. Qu'il se rappelle qui de nous deux a été l'agresseur, & qui de

nous deux est demeuré le persécuté. Je ne me suis servi de mon bail que

pour le loger à bon compte; & il n'a redoublé ses efforts pour l'avoir,

qu'afin de m'ôter mon logement. J'ai payé pour lui sans lui faire aucun

commandement, & il m'a accablé de procédures quoique je ne lui aie jamais

rien dû. Il prétend qu'une vieille Domestique, qui ne me sert plus, lui a

dit des injures dans la cour; & il n'a cessé de chercher à me deshonorer

dans le Public. Qui des deux a droit d'attendre des réparations? A qui

est-il dû des dommages & intérêts? Que Me. .... prononce, s'il l'ose, à

la face du Public qui nous entend, & vis-à-vis le Magistrat respectable

qui doit décider.

Me. MANNORY, ancien Avocat.

[Illustration: ornement]

[Illustration: ornement]

Causes amusantes et connues · 第 37 / 54 题