POUR le sieur ADRIEN PERCHERON, Marchand Epicier en gros à Paris,
ancien Marguillier de sa Paroisse; & MARIE-LOUISE VION, son
épouse, Appellans, Demandeurs & Défendeurs;
_CONTRE SÉBASTIEN MOUTARDIER, Intimé, Défendeur & Demandeur._
On ne peut pas dire que l'Intimé défere à la Justice un délit bien grave,
& qui mérite toute son attention. Le prétendu crime imputé à l'Appellant
par l'Intimé, est de l'avoir appellé _Fripon_.
Peu de gens raisonnables s'allarmeroient aussi fort d'une invective
proférée sans fondement. Malheureux un honneur assez délicat pour être
blessé d'un trait aussi léger, malheureuse une réputation assez mal
affermie pour qu'un pareil coup y fasse une si grande brêche, qu'elle
exige une _réparation de 3000 livres_ pour la rétablir.
Mais s'il est vrai qu'il peut y avoir des circonstances qui affoiblissent
l'énormité des grands crimes, il est vrai en même-tems qu'il y en a qui
anéantissent une faute aussi peu considérable que celle dont il s'agit.
Ces circonstances se réunissent toutes en faveur de l'Appellant. _Avant
que l'Intimé ait porté sa plainte d'une injure aussi frivole_,
l'Appellant avoit rendu la sienne d'emportemens & d'excès contre lui & sa
famille: injures d'autant plus graves, qu'elles ont été faites à
l'Appellant par un homme qui leur est certainement subordonné dans la
société civile.
Par quelle fatalité le Juge dont est appel a-t-il adopté une requête
d'aussi foible conséquence que celle de l'Intimé, & rejetté _une plainte
antérieure à la sienne_, beaucoup plus juste & plus importante?
C'est cette erreur du premier Juge, qui fait l'objet de l'Appel porté en
la Cour, & que les Appellans esperent qu'elle réformera, en leur
accordant une satisfaction proportionnée à ce qu'ils ont souffert de la
part de l'Intimé.