LES THÉÂTRES

Théâtre du Palais-Royal.--_Le Baptême du petit Oscar_, par MM. Eugène

Grangé et Victor Bernard.

Sur le vu de l'affiche, les naïfs se disaient: «Ce sera quelque drôlerie

prenant sa source dans le _Baptême du petit ébénisse_.» Eh bien, non,

rien de semblable.--La chose n'en est pas pour cela plus originale,

croyez-le bien. Il s'agit d'une rengaine tirée du _Chapeau de paille

d'Italie_, cette odyssée burlesque qui est toujours jeune après

vingt-cinq ans de reprise. Seulement il y a ici une inversion d'une

allure assez amusante. Ce qu'on perd, ce qu'on cherche, ce qu'on demande

à tous les échos de la grande ville, ce qu'on ne trouve et ce qu'on

finit pourtant par trouver, ce n'est plus un chapeau de paille, non,

c'est un enfant au maillot, c'est le petit Oscar lui-même. Le poupon a

été égaré dès son premier jour, ni plus ni moins que Coelina, l'enfant

du mystère, dans le roman fameux de Ducray-Duminil. Ajoutez toutefois

que c'est d'une façon infiniment moins sinistre.

Le patron du vieux vaudeville de 1847 étant donné, vous voyez se

dérouler d'ici vingt ou trente scènes bizarres qui peuvent prêter au

comique d'un pareil sujet. En cherchant le petit Oscar, les personnages

de la pièce pénètrent un peu partout. C'est un moyen de faire plus d'une

étude de moeurs dans le Paris actuel. Voilà comment le thème le plus

burlesque peut mener de bons et joyeux esprits jusque dans les petits

sentiers de la comédie. Les auteurs ont trouvé là deux ou trois jolis

mouvements et des mots propres à faire pouffer de rire.

Il n'y a rien de plus à demander au théâtre pendant les chaleurs

caniculaires que nous traversons.

A l'orchestre, quelques rieurs un peu plus sévères que les autres

s'amusaient à saluer tout haut des moyens, ou, comme on dit en argot de

théâtre, des _ficelles_ de l'ancien temps.--Par exemple, il arrive

qu'avant d'être baptisé, le petit Oscar a trois parrains au lieu d'un.

Le père, la mère et la grand'mère ont choisi chacun celui qui leur

convenait le mieux. Ce conflit de parrains ne manque pas d'amener une

confusion un peu renouvelée des quiproquos de l'_Ours et le Pacha_.

Autre chose. Chacun des trois parrains tire à son tour de sa poche le

cadeau traditionnel à faire au filleul, c'est-à-dire une demi-douzaine

de petites cuillères! Savez-vous ce que c'est que ça? Une réminiscence

de Frétillon, une grivoiserie que Mlle Déjazet jouait à ce même petit

théâtre au temps jadis. Là, il y avait, entre grisettes et commis de

magasin, un dîner sur l'herbe, et chacun des convives, en s'approchant

de la pelouse, exhibait de sa poche un fromage de Neufchâtel. Trois

fromages de Neufchâtel, comme trois demi-douzaines de petites cuillères,

ce sont de ces répétitions qui égaient toujours.

Pour tout dire sur le _Baptême du petit Oscar_, s'il n'est pas

absolument neuf, il est très-récréatif; il peut marcher fort bien de

pair avec _Célimare le bien-aimé_, ce qui n'est pas un éloge déjà si

mince. On va le voir avec plaisir et l'on y revient très-volontiers.

Il faut ajouter, pour être tout à fait juste, que cette pochade est

jouée avec une grande verve et beaucoup de rondeur par les excellents

comiques de l'endroit.

--Nommons surtout Hyacinthe, Lhéritier et Priston.

--On a fait fête à la jolie Mlle Georgette Ollivier.

Philibert Audebrand.

L'Illustration, No. 1590, 16 Août 1873 · 第 23 / 31 题