Le Roitelet

Un fouillis de plantes aquatiques sur le bord d'un marais, voilà la

scène où M. R. Bodmer, en sa nouvelle composition, a posé ses

personnages: un roitelet et deux demoiselles.

Les demoiselles courent la prétantaine à travers les joncs, les

colchiques et les phalarides. L'une d'elles s'est un instant arrêtée,

prête à reprendre son vol. L'autre arrive, fendant l'air sur ses ailes

de gaze. Sans doute elle poursuit la première, qui prend plaisir au jeu.

Question d'amour et passe-temps de coquette. Mais l'idylle menace de

tourner au drame. L'ennemi, un roitelet, est là qui les guette, et tout

entiers à leurs ébats, les amoureux imprévoyants ne l'ont pas aperçu. Il

est venu sans bruit, et maintenant posé sur une feuille de roseau, il

prend ses mesures pour fondre sur eux. Le haut du corps est penché en

avant, le bec en arrêt, les ailes à demi-ouvertes. Sa petite queue

relevée avec force indique l'importance qu'il attache au mauvais coup

qu'il médite et la jouissance qu'il s'en promet. N'en doutez pas, les

demoiselles sont condamnées et le glouton s'en repaîtra.

Mais un jour où l'autre il portera la peine de sa voracité; un jour où

l'autre, après avoir croqué quelque mouche ou quelque vermisseau, il

rencontrera, lui aussi, sur son chemin, sinon

L'embuscade d'une araignée,

du moins la mésangette perfide d'un bambin qui le guettera à son tour,

et il expiera ses noirs forfaits par une captivité qui ne finira

très-vraisemblablement qu'avec sa vie.

L'Illustration, No. 1590, 16 Août 1873 · 第 15 / 31 题