Vers 1741.
Ci dit l'aucteur coment Amours
Trait à l'Amant, qui pour les flours
S'estoit el vergier embatu,
Four le bouton qu'il a sentu;
Qu'il en cuida tant aprochier,
Qu'il le péust à lui sachier;
Mès ne s'osoit traire en avant,
Car Amours l'aloit espiant.
M. Francisque Michel traduit _trait à l'Amant_ par _vient à l'Amant_. Si
nous acceptions cette version, il en résulterait que l'Amant aurait
aperçu le Dieu d'Amours qui le poursuivait, et alors la rage de décrire
l'emportant sur le danger, l'Amant serait ridicule, et sa situation
perdrait tout intérêt. Mais notre opinion émise dans la note des vers
1364-1363 subsiste tout entière; nous la maintenons, et nous sommes
très-étonné que M. Francisque Michel soit tombé dans une si grosse
erreur. Il est vrai que quelques lignes plus bas: «L'Amant qui ne
s'osoit traire en avant,» c'est-à-dire se traîner en avant (une fois
blessé), semblait justifier cette interprétation. Mais s'il avait lu ce
passage avec attention, il eût certainement corrigé cette faute. En
effet, au vers 1761, il traduit _trait à moi_ par _tire sur moi_ ou
_contre moi_ sa flèche. Ce vers ne peut du reste se comprendre
autrement, et tel est le sens exact du mot dans ces deux circonstances,
d'où il résulte que l'Amant ne s'aperçut de la présence du Dieu d'Amours
qu'en sentant ses atteintes.
On voit par cette note combien il faut être circonspect [p.301] dans
une traduction, et qu'une erreur de cette nature, au début surtout, peut
jeter une défaveur sur l'oeuvre entière; or, comme les interprétateurs
qui veulent trop précipiter leur travail se laissent généralement
prendre à leur première impression, il en résulte des opinions exagérées
et fausses, d'autant plus pernicieuses que celui qui les émet a plus
d'autorité.
NOTE 38, _pages_ 114-115.
Vers 1787-1789.
Ainçois remest li fers dedans,
_Toujours le fer dedans restait_.
Nous aurions aussi bien pu mettre _le dard_ comme nous l'avons fait plus
loin; mais nous avons tenu à traduire textuellement, parce que c'est une
faute. L'auteur, en effet, nous affirme plus haut qu'en ces ces cinq
flèches:
... _Rien que d'or ne fût,
Sauf les ailerons et le fût_.
C'est pourquoi aussi nous avons cru pouvoir mettre quatre vers plus
haut:
_Le dard de fer barbelé_.
C'est encore une négligence que certainement l'auteur eût corrigée s'il
eût vécu.
NOTE 39, _pages_ 116-119.
Vers 1838-1839.
Desous ung olivier tamé.
On trouve également, dit M. Francisque Michel, [p.302] la mention d'un
olivier dans le _Roman des aventures de Frègus_, page 75, vers 5, dont
la scène se passe en Écosse. Il est douteux que cet arbre ait jamais pu
venir dans les contrées du nord de l'Europe. Comme cependant il est
nommé dans plusieurs autres ouvrages analogues, par exemple dans un des
romans de Tristan, où ce chevalier est représenté portant un chapeau
d'olivier, à la cour du roi Marc, son oncle, il faut croire que ce nom
se donnait à quelque arbre des pays froids. (Francisque Michel.)
Cette note est ici déplacée. Guillaume de Lorris a eu soin de nous dire
que Déduit avait peuplé son jardin de plantes venues de la terre des
Sarrasins.
NOTE 40, _pages_ 136-137.
Vers 2110-2112.
Mès espoir ce n'iert mie tost.
_Mais de bien longs délais s'imposent_.
La traduction littérale de ce vers est: «Mais vraisemblablement ce ne
sera pas tôt.» Dans cette hypothèse, ce vers doit se terminer par une
virgule, et le vers suivant lui fait naturellement suite. C'est
l'opinion que nous avons adoptée, malgré l'avis contraire de M.
Francisque Michel, qui met un point à la fin de ce vers et le traduit
ainsi: «Mais j'espère que ce ne sera pas bientôt.» Cette phrase serait
ainsi le complément du vers précédent. Nous préférons la première
interprétation.