En tête de ces notes nous ferons une observation. C'est que les titres
des chapitres ont été ajoutés après coup par les copistes en guise de
notes marginales. Ils sont en effet d'un style beaucoup plus moderne que
l'ouvrage. Nous les avons conservés pour reproduire exactement l'édition
de Méon. Toutes les notes prises dans les éditions de Méon et de M.
Francisque Michel portent la signature des auteurs. Celles non signées
sont de nous.
NOTE 1, _page_ 3.
Vers 7. _Treuve_ pour _trouve_.
Ce mot, aujourd'hui hors d'usage, se voit encore dans Malherbe, La
Fontaine et Molière.
Nous avons cru devoir introduire ou conserver dans tout le cours de ce
travail nombre de mots, de locutions et même de phrases entières qui
pouvaient s'accorder avec l'exigence de la traduction. Ceci nous a
permis de laisser subsister les expressions caractéristiques qu'il était
difficile de bien rendre en français moderne, et qui, rajeunies, se
fussent mal accommodées d'une diction surannée. Nous espérons que le
lecteur nous saura gré d'avoir conservé à cette belle oeuvre un parfum
d'archaïsme qui s'harmonise si bien avec la naïveté gracieuse de nos
deux romanciers. C'est ainsi que nous n'avons pas cru [p.280] devoir
faire disparaître un grand nombre d'hiatus, chaque fois que, sans être
par trop fatigants pour nos oreilles délicates, le vers servait
fidèlement la pensée de l'original. Mais toutes les fois que, sans nuire
à la traduction, et sans tomber dans un défaut pire, il était possible
de les éviter, nous nous sommes empressé de le faire.
NOTE 2, _page_ 2.
Vers 9. _Macrobe_, auteur latin qui vivoit à la fin du IVe siècle. Il
composa divers ouvrages remplis d'érudition. Ceux qu'il a intitulés:
_Les Saturnales_, traitent de différens sujets, et sont un agréable
mélange de critique et d'antiquités. Son Commentaire sur _le Songe de
Scipion_ est très-sçavant; il y établit cinq espèces de songes:
_somnium, Visio, oraculum, insomnium, visum_. Ce dernier est une
imagination phantastique d'une chose qui n'existe pas. Macrobe ne veut
pas que l'on ajoute foi à ces deux dernières espèces de songes, n'y
ayant que les trois premiers qui soient revêtus de tous les caractères
de la vérité. _Macrobii in somnium Scipionis, liber prim., cap. 3, vers_
7.
Pétrone ne veut pas que les songes et les inspirations qui nous arrivent
en dormant soient l'ouvrage de quelque divinité; il prétend, au
contraire, que nos songes ne sont que des réminiscences des choses qui
nous sont arrivées lorsque nous ne dormions pas.
_Somnia quae mentes ludunt volitantibus umbris
Non delubra Deum, nec ab aethere numina mittunt
Sed sibi quisque facit_.
(Petronii Arbitri Satyricon.)
Les anciens ont toujours eu les songes en grande [p.281] recommandation.
Pharaon, roi d'Égypte, avoit à ses gages des gens dont l'unique emploi
étoit d'interpréter les songes. (_Genese_, chap. 41.)
Joseph avoit reçu de Dieu un talent particulier pour les expliquer, et
ses frères, jaloux de cette faveur, ne l'appelloient plus que le
Songeur. (_Ibidem_, chap. 37.)
Homère croyoit que les songes entrent dans l'âme par deux portes
différentes, dont l'une est d'yvoire et l'autre de corne; que ceux qui
passent par la première nous trompent toujours, n'y ayant de véritables
que ceux qui passent par celle de corne. (_Odyssée_, livre 19.)
Les poètes qui sont venus après lui ont pensé de même; Virgile en parle
en ces termes:
_Sunt gemini somni partae; quarum altera fertur
Cornea; qua veris facilis datur exitus umbris.
Altera candenti perfecta nitens elephanto:
Seà falsa ad coelum mittunt insomnia manes._
(_Aeneidos_, lib. VI, sub fine.)
Horace, parlant des songes, dit à Galatée qu'il vouloit détourner d'un
voyage:
... _An vitiis carentem
Ludit imago
Vana, quae porta fugiens eburna
Somnium ducit?_
(_Ode_ 27, lib. 3.)
Et Properce, dans son Élegie à Cynthia, fait aussi mention de ces
portes.
_Nec tu sperne piis venientia somnia portis:
Cum pia venerunt somnia, pondus habent_.
(Elegia, VII, lib. 4.)
(Lantin de Damery.)