NOTES DU PREMIER VOLUME. [p.279]

En tête de ces notes nous ferons une observation. C'est que les titres

des chapitres ont été ajoutés après coup par les copistes en guise de

notes marginales. Ils sont en effet d'un style beaucoup plus moderne que

l'ouvrage. Nous les avons conservés pour reproduire exactement l'édition

de Méon. Toutes les notes prises dans les éditions de Méon et de M.

Francisque Michel portent la signature des auteurs. Celles non signées

sont de nous.

NOTE 1, _page_ 3.

Vers 7. _Treuve_ pour _trouve_.

Ce mot, aujourd'hui hors d'usage, se voit encore dans Malherbe, La

Fontaine et Molière.

Nous avons cru devoir introduire ou conserver dans tout le cours de ce

travail nombre de mots, de locutions et même de phrases entières qui

pouvaient s'accorder avec l'exigence de la traduction. Ceci nous a

permis de laisser subsister les expressions caractéristiques qu'il était

difficile de bien rendre en français moderne, et qui, rajeunies, se

fussent mal accommodées d'une diction surannée. Nous espérons que le

lecteur nous saura gré d'avoir conservé à cette belle oeuvre un parfum

d'archaïsme qui s'harmonise si bien avec la naïveté gracieuse de nos

deux romanciers. C'est ainsi que nous n'avons pas cru [p.280] devoir

faire disparaître un grand nombre d'hiatus, chaque fois que, sans être

par trop fatigants pour nos oreilles délicates, le vers servait

fidèlement la pensée de l'original. Mais toutes les fois que, sans nuire

à la traduction, et sans tomber dans un défaut pire, il était possible

de les éviter, nous nous sommes empressé de le faire.

NOTE 2, _page_ 2.

Vers 9. _Macrobe_, auteur latin qui vivoit à la fin du IVe siècle. Il

composa divers ouvrages remplis d'érudition. Ceux qu'il a intitulés:

_Les Saturnales_, traitent de différens sujets, et sont un agréable

mélange de critique et d'antiquités. Son Commentaire sur _le Songe de

Scipion_ est très-sçavant; il y établit cinq espèces de songes:

_somnium, Visio, oraculum, insomnium, visum_. Ce dernier est une

imagination phantastique d'une chose qui n'existe pas. Macrobe ne veut

pas que l'on ajoute foi à ces deux dernières espèces de songes, n'y

ayant que les trois premiers qui soient revêtus de tous les caractères

de la vérité. _Macrobii in somnium Scipionis, liber prim., cap. 3, vers_

7.

Pétrone ne veut pas que les songes et les inspirations qui nous arrivent

en dormant soient l'ouvrage de quelque divinité; il prétend, au

contraire, que nos songes ne sont que des réminiscences des choses qui

nous sont arrivées lorsque nous ne dormions pas.

_Somnia quae mentes ludunt volitantibus umbris

Non delubra Deum, nec ab aethere numina mittunt

Sed sibi quisque facit_.

(Petronii Arbitri Satyricon.)

Les anciens ont toujours eu les songes en grande [p.281] recommandation.

Pharaon, roi d'Égypte, avoit à ses gages des gens dont l'unique emploi

étoit d'interpréter les songes. (_Genese_, chap. 41.)

Joseph avoit reçu de Dieu un talent particulier pour les expliquer, et

ses frères, jaloux de cette faveur, ne l'appelloient plus que le

Songeur. (_Ibidem_, chap. 37.)

Homère croyoit que les songes entrent dans l'âme par deux portes

différentes, dont l'une est d'yvoire et l'autre de corne; que ceux qui

passent par la première nous trompent toujours, n'y ayant de véritables

que ceux qui passent par celle de corne. (_Odyssée_, livre 19.)

Les poètes qui sont venus après lui ont pensé de même; Virgile en parle

en ces termes:

_Sunt gemini somni partae; quarum altera fertur

Cornea; qua veris facilis datur exitus umbris.

Altera candenti perfecta nitens elephanto:

Seà falsa ad coelum mittunt insomnia manes._

(_Aeneidos_, lib. VI, sub fine.)

Horace, parlant des songes, dit à Galatée qu'il vouloit détourner d'un

voyage:

... _An vitiis carentem

Ludit imago

Vana, quae porta fugiens eburna

Somnium ducit?_

(_Ode_ 27, lib. 3.)

Et Properce, dans son Élegie à Cynthia, fait aussi mention de ces

portes.

_Nec tu sperne piis venientia somnia portis:

Cum pia venerunt somnia, pondus habent_.

(Elegia, VII, lib. 4.)

(Lantin de Damery.)

Le roman de la rose - Tome I · 第 119 / 150 题