_Vénus_.
Pourquoi vous montrez-vous, beau Sire,
Vers cet amant si dédaigneux,
Et de ce baiser savoureux
Pourquoi si longtemps vous défendre?
Car vous devez voir et comprendre
Qu'il aime en toute loyauté,
Et suffisante est sa beauté
Pour vaincre votre indifférence.
Quelle grâce, quelle élégance!
Comme il est beau, comme il est gent,
A tout le monde doux et franc!
Puis il est à la fleur de l'âge,
Ce n'est pas son moindre avantage.
Si, dédaignant de l'apaiser,
Lui refuser ce doux baiser
Je voyais dame ou châtelaine,
Je la tiendrais pour moult vilaine.
Accordez-lui cette douceur,
Mieux n'emploirez votre faveur.
Car il a, je crois, douce haleine,
Et sa bouche n'est pas vilaine,
Il semble fait pour les désirs,
Pour les soulas et les plaisirs;
Il a les lèvres vermeillettes
Et les dents si blanches et nettes
Qu'ordure ou tache l'on n'y voit;
A mon avis, c'est à bon droit
Qu'un baiser au moins on lui donne;
Faites-le donc, je vous l'ordonne,
Car plus vous aurez attendu,
Plus vous aurez de temps perdu.
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