VIII

L'Auteur parle de Courtoisie

Moult courtoise et de tous bénie,

Ne cherchant qu'à faire plaisir;

Aussi chacun la doit chérir.

Après se tenait Courtoisie

Qui moult était de tous chérie.

* * *

[p.82]

Si n'ere orguilleuse ne fole. 1271

C'est cele qui à la karole

La soe merci m'apela

Ains que nule, quant je vins là,

El ne fu ne nice, n'umbrage,

Mès sages auques sans outrage,

De biaus respons et de biaus dis,

Onc nus ne fu par li laidis,

Ne ne porta nului rancune.

El fu clere comme la lune

Est avers les autres estoiles[31]

Qui ne resemblent que chandoiles.

Faitisse estoit et avenant,

Je ne sai fame plus plaisant.

Ele ere en toutes cors bien digne

D'estre emperieris, ou roïne.

A li se tint uns chevaliers

Acointables et biaus parliers,

Qui sot bien faire honor as gens,

Li chevaliers fu biaus et gens,

Et as armes bien acesmés

Et de s'amie bien amés.

La bele Oiseuse vint après,

Qui se tint de moi assés près.

De cele vous ai dit sans faille

Toute la façon et la taille;

Jà plus ne vous en iert conté,

Car c'est cele qui la bonté

Me fist si grant qu'ele m'ovri

Le guichet del vergier flori.

* * *

[p.83]

Son coeur ne connait pas l'orgueil. 1269

C'est elle qui me fit accueil

Avant tout autre à la karole

Et vint m'adresser la parole.

Son air ouvert et souriant,

Son abord simple et engageant,

Son esprit vif, ses réparties

Toujours fines et bien senties

Dénotaient toute sa bonté.

Comme la lune sa beauté

Brillait, près de qui les étoiles[31]

Ne sont que petites chandoiles.

Je ne sais rien d'aussi plaisant

Que cet être aimable et charmant;

Dans les cours on verrait à peine

Plus digne impératrice ou reine.

Près d'elle un noble chevalier

Aimable et galant cavalier,

De bonne et docte compagnie,

Semblait bien aimé de sa mie;

Car il était beau, fier et gent

Dessous ses armes et vaillant.

Après venait la belle Oyseuse

Que je choisis pour ma danseuse.

Je vous ai tout au long conté

Tous ses atours et sa beauté;

Je n'ai plus rien à vous en dire.

Souvenez-vous qu'à mon martyre

C'est sa bonne âme qui mit fin

A la porte du beau jardin.

* * *

[p.84]

IX

Ici parole de Jonesce 1301

Qui tant est sote et jengleresce.

Après se tint mien esciant,

Jonesce au vis cler et luisant,

Qui n'avoit encores passés

Si cum je cuit, douze ans d'assés.

Nicete fu, si ne pensoit

Nul mal, ne nul engin qui soit;

Mès moult iert envoisie et gaie,

Car jone chose ne s'esmaie

Fors de joer, bien le savés.

Ses amis iert de li privés

En tel guise, qu'il la besoit

Toutes les fois que li plesoit,

Voians tous ceus de la karole:

Car qui d'aus deus tenist parole,

Il n'en fussent jà vergondeus,

Ains les véissiés entre aus deus

Baisier comme deus columbiaus.

Le valés fu jones et biaus,

Si estoit bien d'autel aage

Cum s'amie, et d'autel corage.

Ainsi karoloient ilecques

Ceste gens, et autres avecques,

Qui estoient de lor mesnies,

Franches gens et bien enseignies,

Et gens de bel afetement

Estoient tuit communément.

[p.85]

IX

Enfin Jeunesse la dernière 1299

Si naïve et sotte et légère.

Ensuite, comme il m'en souvient,

La mignonne Jeunesse vient.

Ses douze premières années

A peine étaient-elles sonnées;

Ce n'était encor qu'un enfant

Au visage clair et luisant.

La pauvrette dans sa simplesse

Ne pensait à mal ni finesse,

Mais à rire, à se divertir,

A jouer; c'est le seul plaisir,

Comme vous savez, de l'enfance.

Comme elle sans expérience

Son petit ami la baisait

Toutes les fois qu'il lui plaisait,

Devant tous ceux de la karole.

Car aussi bien, quelque parole

Que l'on dît d'eux, sans s'émouvoir,

Vous eussiez pu toujours les voir

Se baiser comme tourterelles.

C'était bien les mêmes cervelles

Et la même naïveté,

Et même âge, et même beauté.

Ainsi cette gente assemblée

Dansait la karole, mêlée

A une foule de danseurs

Comme eux beaux et brillants seigneurs

Et dames de grandes manières

Aussi belles que les premières.

* * *

[p.86]

X

Comment le Dieu d'Amors suivant, 1329

Va au Jardin en espiant

L'Amant, tant qu'il soit bien à point

Que de ses cinq flesches soit point.

Quant j'oi véues les semblances

De ceus qui menoient les dances,

J'oi lors talent que le vergier

Alasse véoir et cerchier,

Et remirer ces biaus moriers,

Ces pins, ces codres, ces loriers.

Les kàroles jà remanoient,

Car tuit li plusors s'en aloient

O lor amies umbroier

Sous ces arbres por dosnoier.

Diex, cum menoient bonne vie!

Fox est qui n'a de tel envie;

Qui autel vie avoir porroit,

De mieudre bien se sofferroit,

Qu'il n'est nul greignor paradis

Qu'avoir amie à son devis.

D'ilecques me parti atant,

Si m'en alai seus esbatant

Par le vergier de çà en là,

Et li Diex d'Amors apela

Tretout maintenant Dous-Regart:

N'a or plus cure qu'il li gart

Son arc: donques sans plus atendre

L'arc li a commandé à tendre,

Et cis gaires n'i atendi,

Tout maintenant l'arc li tendi,

[p.87]

X

Ici vous allez voir comment 1329

Va le Dieu d'Amours épiant

L'Amant, tant que l'instant saisisse

Et de ses flèches le férisse.

Quand les danseurs j'eus admiré

Et leurs semblances à mon gré,

Je pus de ce verger splendide

Visiter les beautés sans guide,

Et rêver sous ces beaux mûriers,

Ces pins, coudriers et lauriers.

Du reste, désertant la danse,

Chacun de chercher le silence

Et l'ombre fraîche deux à deux

Dans les sentiers délicieux.

Dieu! qu'ils menaient joyeuse vie!

Fol de leur sort qui n'eût envie!

Qui telle vie avoir pourrait

D'autre bien moult se passerait;

Car posséder femme qu'on aime

Mieux vaut que le paradis même.

Lors donc, la karole quittant,

Je partis tout seul m'ébattant

Au hasard sur l'herbe nouvelle.

Soudain le Dieu d'Amours appelle

Tous bas Doux-Regard son ami,

Car il n'a plus besoin de lui,

Mais de son arc; sans plus attendre

Il lui commande de le tendre.

Doux-Regard céans obéit,

Tend l'arc, en même temps choisit

* * *

[p.88]

Si li bailla et cinq sajetes 1359

Fors et poissans, d'aler loing prestes.

Li Diex d'Amors tantost de loing

Me prist à suivir, l'arc où poing.

Or me gart Diex de mortel plaie[32]!

Se il fait tant que à moi traie,

Il me grevera moult forment.

Je qui de ce ne soi noient,

Vois par le vergier à délivre,

Et cil pensa bien de moi sivre;

Mès en nul leu ne m'arresté,

Devant que j'oi par tout esté.

Li vergiers par compasséure

Si fu de droite quarréure,

S'ot de lonc autant cum de large;

Nus arbres qui soit qui fruit charge,

Se n'est aucuns arbres hideus,

Dont il n'i ait ou ung, ou deus

Où vergier, ou plus, s'il avient.

Pomiers i ot, bien m'en sovient,

Qui chargoient pomes grenades,

C'est uns fruis moult bons à malades;

De noiers i ot grant foison,

Qui chargoient en la saison

Itel fruit cum sunt nois mugades,

Qui ne sunt ameres, ne fades;

Alemandiers y ot planté,

Et si ot où vergier planté

Maint figuier, et maint biau datier;

Si trovast qu'en éust mestier,

Où vergier mainte bone espice,

Cloz de girofle et requelice,

Graine de paradis novele,

Citoal, anis, et canele[33],

[p.89]

Cinq des flèches et lui présente 1359

La plus rapide et plus puissante.

Le Dieu d'Amours tantôt de loin

Me prend à suivre l'arc au poing.

Mon Dieu! de blessure mortelle[32]

Garde-moi; sa flèche cruelle

Me frapperait trop durement!

Moi, sans rien voir, innocemment,

Tandis qu'il me suit et me vise,

Cà et là je vais à ma guise

Sans m'arrêter et sans m'asseoir;

Je veux partout aller, tout voir.

Ce verger couvrait une espace

Carré dont chaque immense face

Formait des angles réguliers.

Il n'était point d'arbres fruitiers,

Fors les malfaisantes espèces,

Dont il n'y eût une ou deux pièces

Au verger, ou plus, s'il advient.

C'était pommiers, il m'en souvient.

Qui tous portaient pommes grenades,

Fruit excellent pour les malades,

Et puis noyers à grand' foison

Qui fruits portaient en la saison

Semblables à des noix muscades

Qui ne sont amères ni fades,

Entremêlés de beaux dattiers

Et de figuiers et d'amandiers;

Voire encor mainte bonne épice,

Clou de girofle et doux réglisse

Pourrait-on, cherchant avec soin,

Trouver, s'il en était besoin,

Graine de paradis nouvelle,

Citoal, anis ou cannelle[33]

* * *

[p.90]

Et mainte espice délitable, 1393

Que bon mengier fait après table.[34]

Où vergier ot arbres domesches,

Qui chargoient et coins et pesches,

Chataignes, nois, pommes et poires,

Nefles, prunes blanches et noires,

Cerises fresches merveilletes,

Cormes, alies et noisetes;

De haus loriers et de haus pins

Refu tous puéplés li jardins,

Et d'oliviers et de ciprés,

Dont il n'a gaires ici prés:

Ormes y ot branchus et gros,

Et avec ce charmes et fos,

Codres droites, trembles et chesnes,

Erables haus, sapins et fresnes.

Que vous iroie-je notant?

De divers arbres i ot tant,

Que moult en seroie encombrés,

Ains que les éusse nombrés;

Sachiés por voir, li arbres furent

Si loing à loing cum estre durent.

Li ung fu loing de l'autre assis

Plus de cinq toises, ou de sis:

Mès li rain furent lonc et haut,

Et por le leu garder de chaut,

Furent si espés par deseure,

Que li solaus en nesune eure

Ne pooit à terre descendre,

Ne faire mal à l'erbe tendre.

Où vergier ot daims et chevrions,

Et moult grant plenté d'escoirions,

Qui par ces arbres gravissoient;

Connins i avoit qui issoient

[p.91]

Et mainte épice complément 1393

Choisi du repas d'un gourmand[34].

Puis en ce verger magnifique

Croît aussi le fruit domestique,

Pêches et coins et cerisiers,

Cormes, alises, noisetiers,

Chataignes, noix, pommes et poires,

Nèfles, prunes blanches et noires.

De tous côtés dans ce jardin

Surgit le laurier, le haut pin,

Des gros ormes l'épais branchage,

Hêtres, charmes au clair feuillage,

Et l'olivier et le cyprès

Comme on n'en voit guère ici-près,

Coudriers droits, trembles et chênes,

Érables hauts, sapins et frênes.

Que vous irai-je encor notant?

D'arbres divers y avait tant,

Qu'avant d'en avoir dit le nombre,

J'ai peur que ce détail encombre.

Sachez aussi qu'avec grand art

On avait, et non par hasard,

Entre eux ménagé la distance

De cinq à six toises, je pense.

Mais de leurs verts rameaux l'ampleur,

Bravant du soleil la chaleur,

L'empêchait au sol de descendre

Dessécher l'herbe fine et tendre,

Sans que jamais pût son ardeur

Percer leur dôme protecteur.

Partout daims et chevreuils timides

Bondissaient, écureuils rapides

Escaladaient le tronc des pins,

Et tout le jour mille lapins

* * *

[p.92]

Toute jor hors de lor tesnieres, 1427

Et en plus de trente manieres

Aloient entr'eus tornoiant

Sor l'erbe fresche verdoiant.

Il ot par leus cleres fontaines,

Sans barbelotes et sans raines,

Cui li arbres fesoient umbre;

Mès n'en sai pas dire le numbre.

Par petis tuiaus que Déduis

Y ot fet fere, et par conduis

S'en aloit l'iaue aval, fesant

Une noise douce et plesant.

Entor les ruissiaus et les rives

Des fontaines cleres et vives,

Poignoit l'erbe freschete et drue;

Ausinc y poïst-l'en sa drue

Couchier comme sor une coite,

Car la terre estoit douce et moite

Por la fontaine, et i venoit

Tant d'erbe cum il convenoit.

Mès moult embelissoit l'afaire

Li leus qui ere de tel aire[35],

Qu'il i avoit tous jours plenté

De flors et yver et esté.

Violete y avoit trop bele,

Et parvenche fresche et novele;

Flors y ot blanches et vermeilles,

De jaunes en i ot merveilles.

Trop par estoit la terre cointe,

Qu'ele ere piolée et pointe

De flors de diverses colors,

Dont moult sunt bonnes les odors.

Ne vous tenrai jà longue fable

Du leu plesant et délitable;

[p.93]

Saillissaient hors de leur tanières, 1427

Et de plus de trente manières

Se poursuivaient en tournoyant

Parmi le gazon verdoyant.

De tous côtés claires fontaines,

Sans crapauds ni bêtes vilaines,

Coulaient sous le feuillage ombreux.

Ces ruisseaux étaient si nombreux

Que Déduit fit faire une foule

De petits tuyaux où s'écoule

Par maints canaux l'onde faisant

Un murmure doux et plaisant.

Entour ces ruisseaux et les rives

Des fontaines claires et vives

Frais et dru poussait le gazon.

Aussi coucher y pourrait-on

Sa mie ainsi que sur la coite,

Car la terre était douce et moite

Par la fontaine, et il venait

Tant d'herbe comme il convenait.

Mais moult embellissait l'affaire

Surtout le beau site dont l'aire[35]

Donnait le jour à quantité

De fleurs et l'hiver et l'été.

Violette y avait trop belle

Et pervenche fraîche et nouvelle,

Et fleurs vermeilles et fleurs d'or

Et d'azur à merveille encor;

La terre était toute émaillée,

Toute peinte et bariolée

De fleurs de diverses couleurs

Dont moult sont bonnes les odeurs.

Je ne vous tiendrai longue fable

De ce lieu plaisant, délectable;

* * *

[p.94]

Orendroit m'en convenra taire, 1461

Que ge ne porroie retraire

Du vergier toute la biauté,

Ne la grant délitableté.

Tant fui à destre et à senestre,

Que j'oi tout l'afere et tout l'estre

Du vergier cerchié et véu,

Et li Diex d'Amors m'a séu

Endementiers en agaitant,

Cum li venieres qui atant

Que la beste en bel leu se mete

Por lessier aler la sajete.

En ung trop biau leu arrivé,

Au darrenier où je trouvé

Une fontaine sous ung pin;

Mais puis Karles le fils Pepin,

Ne fu ausinc biau pin véus,

Et si estoit si haut créus,

Qu'où vergier n'ot nul si bel arbre.

Dedens une pierre de marbre

Ot Nature par grant mestrise

Sous le pin la fontaine assise:

Si ot dedens la pierre escrites

Où bort amont letres petites

Qui disoient: ici desus

Se mori li biaus Narcisus.

* * *

[p.95]

Car du verger la grand' beauté, 1461

Les charmes, la fertilité

Ne se pourrait recenser guère;

Dès à présent je veux m'en taire.

Pour tout voir et tout admirer,

Je voulus partout pénétrer,

De ci, de là, de gauche à droite.

Le Dieu d'Amours qui me convoite

Pas à pas me suit cependant,

Comme le chasseur qui attend

Que la bête en beau lieu se mette

Pour laisser aller la sagette.

En un lieu charmant j'arrivai

A la fin, et là je trouvai

Une fontaine pittoresque

A l'ombre d'un pin gigantesque.

Depuis Karles, fils de Pepin,

Jamais on ne vit si beau pin;

Au verger n'était si bel arbre.

Là, dans un blanc bassin de marbre

Par Nature avec art creusé,

Le flot clair était déversé.

Sur la pierre, je vis écrites,

Au bord amont, lettres petites

Qui disaient: Ici, sur ce bord,

Jadis le beau Narcisse est mort.

* * *

[p.96]

XI

Ci dit l'Aucteur de Narcisus, 1487

Qui fu sorpris et décéus

Pour son ombre qu'il aama

Dedens l'eve où il se mira

En ycele bele fontaine.

Cele amour li fu trop grevaine,

Qu'il en morut à la parfin

A la fontaine sous le pin.

Narcisus fu uns damoisiaus

Que Amors tint en ses roisiaus,

Et tant le sot Amors destraindre,

Et tant le fist plorer et plaindre,

Que li estuet à rendre l'âme:

Car Equo, une haute dame,

L'avoit amé plus que riens née.

El fu par lui si mal menée

Qu'ele li dist qu'il li donroit

S'amor, ou ele se morroit.

Mès cis fu por sa grant biauté

Plains de desdaing et de fierté,

Si ne la li volt otroier,

Ne por chuer, ne por proier.

Quant ele s'oï escondire,

Si en ot tel duel et tel ire,

Et le tint en si grant despit,

Que morte en fu sans lonc respit;

Mès ainçois qu'ele se morist,

Ele pria Diex et requist

Que Narcisus au cuer ferasche,

Qu'ele ot trouvé d'amors si flasche,

[p.97]

XI

L'Auteur ici Narcisse conte 1487

Qui grand' surprise et grand mécompte

Eut par son ombre qu'il aima

Dedans l'onde où il se mira,

En la séduisante fontaine.

Cette amour lui fut si malsaine

Qu'il en rendit l'âme à la fin,

A la fontaine, sous le pin.

Narcisse qu'Amour sut étreindre,

Et tant fit pleurer et se plaindre

Quand il le tint en son réseau,

Était un jeune damoiseau.

Tant il souffrit qu'en rendit l'âme:

Car Echo, une haute dame,

Plus que rien au monde l'aimait,

Et lui si fort la malmenait,

Qu'elle dit: «je serai sa mie

Ou je m'arracherai la vie.»

Mais il fut pour sa grand' beauté

Plein de dédain et de fierté,

Repoussa toujours sa tendresse

Et sa prière, et sa caresse.

Devant ce méprisant accueil

Elle en ressentit un tel deuil,

Tel désespoir, telle colère,

Qu'elle en expira de misère.

Mais au moment qu'elle expira,

Dieu vengeur elle supplia

Que ce Narcisse impitoyable,

Que cet amant si méprisable

* * *

[p.98]

Fust asproiés encore ung jor, 1517

Et eschaufés d'autel amor

Dont il ne péust joie atendre;

Si porroit savoir et entendre

Quel duel ont li loial amant

Que l'en refuse si vilment.

Cele proiere fu resnable,

Et por ce la fist Diex estable,

Que Narcisus, par aventure,

A la fontaine clere et pure

Se vint sous le pin umbroier,

Ung jour qu'il venoit d'archoier,

Et avoit soffert grant travail

De corre et amont et aval,

Tant qu'il ot soif por l'aspreté

Du chault, et por la lasseté

Qui li ot tolue l'alaine.

Et quant il vint à la fontaine

Que li pins de ses rains covroit,

Il se pensa que il bevroit:

Sus la fontaine, tout adens

Se mist lors por boivre dedans.

* * *

Le roman de la rose - Tome I · 第 90 / 150 题