CHAPITRES XIX ET XX.

L'_Amant_ reste seul, languissant, épuisé par ses blessures, et retourne

à ses chères roses, mais sans pouvoir franchir la fatale haie. Peu à peu

il se désespère et se demande s'il ne va pas se précipiter au milieu des

ronces et des épines pour ravir le divin bouton, lorsque soudain arrive

à lui un varlet de gente allure. C'est _Bel-Accueil_, le fils de

_Courtoisie_. Il lui offre gracieusement de lui faire passer la haie

pour sentir de plus près sa chère Rose, mais à condition qu'il se garde

de folie. [p. XXXIX] L'_Amant_ accepte confondu, et, grâce à

_Bel-Accueil_, le voilà dans le pourpris. Celui-ci l'encourage par de

tendres avances et lui cueille même une verte feuille près du divin

bouton. L'_Amant_ la saisit avec transport, s'en pare la poitrine et

raconte à _Bel-Accueil_ comment _Amour_ lui fit au coeur plusieurs

blessures, dont il mourra si on ne lui donne le bouton tant désiré.

_Bel-Accueil_ épouvanté le prie d'abandonner une si folle espérance et

lui reproche de vouloir le déshonorer en lui demandant une chose aussi

perverse et insensée. Pendant qu'ils parlaient, ils ne se doutaient pas

que le hideux _Danger_, gardien du pourpris, dormait à l'ombre du

buisson. Il se lève soudain et, brandissant sa massue, force

_Bel-Accueil_ et l'_Amant_ à prendre la fuite.

Le roman de la rose - Tome I · 第 24 / 150 题