Le tourbillon des plaisirs enivre l'_Amant_, et pendant quelque temps il
ne songe qu'à voir, admirer et se divertir. Mais, une fois le premier
étourdissement passé, il rentre en lui-même, observe tout ce qui
l'entoure; il veut savoir, il veut tout connaître. A force de voir et
d'admirer, chemin faisant, il arrive à la fontaine de _Narcisse_. Le
miroir magique, ce sont les illusions. La jeunesse ne saurait s'y
soustraire. En vain les conseils, l'instruction, la sagesse et la raison
nous mettent en garde contre elles; tous nous les voulons braver, et
tous nous nous y laissons prendre. Notre _Amant_ y succombe; il jette
les yeux sur le miroir, et le voilà soudain affolé. Ce qui l'attire
surtout, au milieu des splendeurs de la nature, c'est la _Beauté_, ce
sont les charmes de la [p. XXXVI] femme et ce parfum exquis de
délicatesse et de sensibilité qui s'exhale autour d'elle. D'abord il les
embrasse toutes dans un amour sans bornes, toutes il voudrait les
posséder; mais il finit par en remarquer une, la plus belle, et que
seule il désire. C'est toujours la femme aimée qui est la plus belle;
puis comme les difficultés ne font qu'accroître nos ardeurs et que les
plaisirs faciles sont ceux qui nous séduisent le moins, c'est justement
la _Rose_ la plus difficile à cueillir que notre _Amant_ préfère à
toutes les autres. Transporté d'admiration, timide, muet, il se contente
d'admirer en silence l'objet tant désiré, il n'ose lui déclarer ses
transports, _de peur du repentir_, car il craint de l'irriter; et puis,
comment vaincre tous les obstacles qui les séparent?