Les danses terminées, chacun se disperse pour goûter le repos sous les
frais ombrages. L'_Amant_, une fois calmé, s'y enfonce et arrive près
d'une splendide fontaine qui coule dans un beau bassin. C'est la
fontaine de _Narcisse_. Au fond est un miroir magique. Malheur à qui
jette les yeux sur ce fatal miroir! En ce paradis terrestre, tout est
séduisant, et le miroir est si bien disposé qu'il reflète jusqu'au
moindre objet, si modeste et si bien caché qu'il soit. Une inscription
est gravée sur la pierre qui borde le bassin: _Ici le beau Narcisse est
mort_. Cette inscription rappelle à notre _Amant_ la fin terrible du
malheureux et l'épouvante. Son premier mouvement est de s'enfuir; mais
il se rassure et se dit que _Narcisse_ n'était qu'un égoïste et qu'un
sot, et que, somme toute, il se sent assez fort pour ne pas [p. XXXV]
tomber dans de pareils excès. Puis la curiosité, l'envie de connaître le
poussant, il y jette un regard furtif. Mais, hélas! il est aussitôt
saisi d'étonnement et d'admiration. Fascinée, sa vue ne peut plus se
détacher du fatal miroir et surtout d'un magnifique buisson de _Roses_
qui s'y reflète. Il y court aussitôt; le parfum suave le pénètre
jusqu'aux entrailles, et timide, tremblant d'être blâmé, il n'ose y
porter la main, car il craint d'irriter le maître de ce beau jardin.
Heureux, s'écrie-t-il, celui qui pourrait seulement cueillir une _Rose_,
n'importe laquelle, mais je donnerais tout pour en posséder une
couronne! Or, entre toutes, il en choisit une, la plus belle, un bouton
tout fraîchement éclos. Mais las! une épaisse haie, barrière
infranchissable de ronces et d'épines, le sépare de la _Rose_.