Professeur de rhétorique au lycée Saint-Louis.
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Permettez-moi, cher maître, de vous dédier cette édition du _Roman de la
Rose_, qui, sans vous, n'eût jamais vu le jour. Vous avez daigné jeter
un regard favorable sur ce premier essai de ma muse, et c'est votre
bonté toute paternelle qui a soutenu jusqu'au bout ses pas hésitants.
Vous seul connaissez mes longs ennuis, mes labeurs et ma persévérance
pour arriver au but tant désiré. Comme à l'Amant, le hideux Danger, la
blême Peur et la rouge Honte m'ont barré bien souvent la voie. Mais Ami
me réconfortait et m'engageait à poursuivre ma route, jusqu'à ce que je
pusse enfin cueillir la Rose. Ami, c'était vous, et maintenant que j'ai
cueilli le divin bouton, je vous en offre les prémices, mon cher maître;
car, vous le savez, mon coeur est toujours resté vôtre, et
Se ge pers vostre bien-voillance,
A poi que ne m'en désespoir.
Autant que moi, vous êtes le père de cette oeuvre, et je vous prie d'en
accepter l'hommage du plus fidèle de vos disciples, du plus sincère de
vos admirateurs, et du plus dévoué de vos amis.
[p. VII]
INTRODUCTION AU ROMAN DE LA ROSE.
Tout le monde connaît, au moins par son titre, le _Roman de la Rose_.
Il est resté populaire à travers tant de siècles disparus. Mais, sauf
quelques rares érudits, personne ne le lit aujourd'hui. Car, nous le
savons par expérience, il faut un certain courage pour oser entreprendre
la lecture d'un aussi volumineux ouvrage, qui, somme toute, ne saurait
avoir autant d'attraits pour nous que pour ses contemporains. Au
surplus, même pour ceux à qui ce vieux langage est familier, la lecture
n'en reste pas moins pénible et jusqu'à un certain point ennuyeuse.
Aussi pouvons-nous affirmer que, même parmi ceux qui daignent y jeter
les yeux, bien peu ont la constance de l'étudier.
Quelle est donc la raison de cette popularité qui survit à l'oeuvre
elle-même pour ainsi dire? C'est que le _Roman de la Rose_ fit époque
aussi bien pour la forme que pour le fond, car la hardiesse des idées y
égale l'énergie du style; c'est que l'influence étonnante [p. VIII] que
ce livre exerça sur son temps, la vogue incroyable dont il jouit pendant
plusieurs siècles, en ont fait comme le point de départ de notre
littérature nationale. En un mot, c'est une grande date dans l'histoire
de notre langue, on pourrait presque dire une révolution.
Quelques rares génies ont ainsi marqué leur siècle d'un sceau
ineffaçable, et pardessus tous les autres leur nom restera populaire.
Tels sont Jehan de Meung, Rabelais, Molière, Voltaire, et de nos jours
Victor Hugo.
Autour de ces astres rayonnants viennent graviter une foule de
satellites, dont l'éclat quelquefois semble faire pâlir ces soleils et
les éclipser. Mais, au moment où ils semblent près de s'éteindre, on les
voit soudain, s'embraser de nouveau, concentrer sur eux-mêmes tous les
feux dispersés des étoiles qui les entourent, et inonder de lumière leur
siècle tout entier.
Tel est Jehan de Meung et son _Roman de la Rose_.