_A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Rodrigo, le 29 Avril, 1811._
MON CHER MARECHAL,
Vos lettres sont inconcevables. Dans celle du 20, vous me dites que
vous ne pouvez me donner aucun secours. Par celle du 22, vous me
dites que le 25 ou le 26 vous me joindrez partout où je serai, et
que la tête de votre colonne arrivera à Salamanque le 26. Par celle
que je reçois à l’instant, vous me dites, que votre cavalerie et
votre artillerie se trouvent encore le 27 à une journée en arrière
de Salamanque; et vous concluez que mon mouvement doit être fini; et
vous me témoignez vos regrèts de n’avoir pû y coopérer. Convenez,
mon cher maréchal, que si l’armée de Portugal recevait un échec,
vous auriez bien des reproches à vous faire. Je vous ai demandé de
l’artillerie et des attelages et encore plus positivement de la
cavalerie; vous avez sous différens prétextes éludé ma demande.
Toutes les troupes qui sont en Espagne, sont de la même famille.
Vous êtes, jusques à ce qu’il y ait de nouveaux ordres, chargé de la
défense et de l’approvisionnement des places d’Almeida et de Rodrigo.
Je n’aurais pas mieux demandé que d’employer l’armée de Portugal sous
me ordres à défendre ces places, à marcher au secours de l’armée du
midi; mais comment puis-je le faire sans vivres?
Je compte faire mon mouvement demain matin. J’ignore quelle pourra
être l’issue de ce mouvement; si ma lettre vous arrive dans la
journée de demain, votre cavalerie et votre artillerie pourraient
toujours se mettre en mouvement dans la nuit pour arriver après
demain 1er Mai à Cabrillas. Je vous prie de faire filer sans
s’arrêter le biscuit, la farine, le grain que vous n’aurez pas
manqué de réunir à la suite de vos troupes. Il est instant que ces
ressources comme beaucoup d’autres, arrivent à Rodrigo; cette place
n’aura pas pour 15 jours de vivres. A mon départ d’ici, il faudra que
des convois considerables y soient envoyés.
(Signé) LE PRINCE D’ESSLING.