SECTION 17.

_A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Salamanque, le 22 Avril, 1811._

MON CHER MARECHAL,

J’ai reçu votre dépêche. Toutes vos promesses de vous réunir à moi

s’évanouissent donc dans le moment où j’en ai besoin, ravitailler

Almeida et Rodrigo est la 1^{re} opération et la seule qui peut

nous donner la faculté de rendre l’armée de Portugal disponible,

lorsqu’on n’aura plus rien à craindre sur le sort des places. En y

jettant pour 3 à 4 mois de vivres, on peut ensuite établir plusieurs

colonnes mobiles; on peut envoyer des troupes à Avila et Ségovie; on

peut au besoin appuyer le mouvement de l’armée d’Andalousie. Mais ne

serait il pas honteux de laisser rendre une place faute de vivres,

en présence de deux maréchaux de l’Empire? Je vous ai déjà prévenu

de la nullité de ma cavalerie, de l’impossibilité où se trouvent les

chevaux d’artillerie de rendre aucun service. Vous savez aussi que

je dois envoyer le 9^{me} corps en Andalousie; je voulais aussi le

faire concourir avant son départ au ravitaillement des places. Pouvez

vous, mon cher maréchal, balancer un seul instant à m’envoyer de la

cavalerie et des attelages d’artillerie? Si vous voulez garder votre

matériel? Ne vous ai-je pas prévenu que je commencerais mon mouvement

le 26? et vous paraissez attendre le (22) une seconde demande de ma

part. Vous le savez aussi bien que moi, perdre un ou deux jours à

la guerre est beaucoup; et ce délai peut avoir des suites fâcheuses

qu’on ne répare plus.

Quand je vous ai dit que je ne réunerais que 6 divisions; c’était

pour ne pas tout dégarnir des points importans occupés par les corps

d’armée; mais de la cavalerie et de l’artillerie sont un secours

dont je ne puis me passer. Je vous prie en conséquence, mon cher

maréchal, de me faire arriver de la cavalerie et des attelages

d’artillerie à marches forcées. Réflechissez qu’une fois les places

réapprovisionnées, je pourrai disposer des ⅔ de l’armée, et que cette

opération passe avant tout.

En m’offrant de nous envoyer les attelages pour 16 pièces, vous

aurez bien entendu, sans doute, mon cher maréchal y comprendre ceux

nécessaires pour les caissons des pièces.

(Signé.) LE PRINCE D’ESSLING.

History of the war in the Peninsula and in the south of France from the year 1807 to the year 1814, vol. 3 · 第 17 / 20 章