_A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Salamanque, le 17 Avril, 1811._
MON CHER MARECHAL,
Le général Reynaud, commandant supérieur à Rodrigo, ainsi que le
général Marchand, qui est avec sa division autour de cette place, me
rendent compte que 2 divisions Portugaises avec une division Anglaise
ont pris position aux environs d’Almeyda. Quoique cette place ait
encore des vivres pour une 20^{ne} de jours, et que les Anglais et
les Portugais meurent de faim dans leurs positions, il faut faire des
dispositions pour les chasser au delà de la Coa, et pour ravitailler
cette place. Je vous propose en conséquence, mon cher maréchal,
de mettre à ma disposition 12 à 1500 chevaux, ceux de l’armée de
Portugal n’étant en état de rendre aucun service; je vous demande de
plus une division d’infanterie pour placer en réserve. Vers le 24 ou
le 29, ces forces se joindront aux 6 divisions que je compte réunir
de l’armée de Portugal pour attaquer l’ennemi, s’il nous attend dans
ses positions et le chasser au delà de la Coa. Il est impossible de
faire faire le moindre mouvement à toutes ces troupes, du moins à
celles de l’armée de Portugal pour attaquer l’ennemi; si on ne peut
leur faire distribuer pour 10 jours de biscuit et avoir de l’eau de
vie à la suite de l’armée. Je vous demande encore 15 à 18 pièces
d’artillerie bien attelées, celles à mes ordres étant hors d’état
de marcher. Avec ces moyens, nul doute que l’ennemi ne soit déposté
et chassé hors des frontières de l’Espagne et au delà de la Coa.
Mon cher maréchal, je vis ici au jour le jour; je suis sans le sol,
vous pouvez tout; il faut donc nous envoyer du biscuit, de l’eau de
vie, du pain et de l’orge. Ce sera avec ces moyens que nous pourrons
manœuvrer. Il ne faut pas perdre un instant. Il est très urgent de
marcher au secours d’Almeyda. C’est à vous à donner vos ordres; et
vous me trouverez porté de la meilleure volonté à faire tout ce qui
sera convenable aux intérêts de S. M.
(Signé) LE PRINCE D’ESSLING.