[Note 846: L'original est à Paris, aux Archives des Affaires
Étrangères.]
Monseigneur,
L'honneur des commandements que j'ay receu de vostre Grandeur
m'a depuis plus relevé le courage à vous rendre toutes sortes
de services avecque autant de fidellité & d'affection que l'on
sçauroit souhaitter d'un fidelle serviteur. Je n'y espargneray
ny mon sang, ny ma vye dans les occasions qui s'en pourroient
rencontrer. Il y a assés de subject en ces lieux, sy vostre
Grandeur desire y contribuer son authorité, laquelle
considerera, s'il luy plaist, l'estat de ce païs qui est tel,
que l'estendue est plus de quinze cents lieues de longitude,
accompagné d'un des beaux fleuves du monde, sur les mesmes
paralleles de nostre France, où nombres de rivieres longues de
plus de quatre cents lieues s'y deschargent, qui embellissent
ces contrées habitées de nombre infiny de peuples, les uns
sedentaires ayans villes & villages, bien que formez de bois à
la façon des Moscovites, aultres qui sont errans, chasseurs &
pescheurs, tous n'aspirant que avoir un nombre de François &
Religieux pour estre instruicts à nostre foy. La beauté de ces
terres ne peut se trop priser ny louer, tant pour la bonté des
terres, diversité des bois comme nous avons en France, comme la
chasse des animaux, gibier & des poissons en abondance d'une
monstrueuse grandeur, tout vous y tend les bras, Monseigneur, &
semble que Dieu vous ayt reservé & faist naistre par dessus
tous vos devanciers pour y faire un progrés agréable à Dieu
plus que aucun n'a faict. Depuis trente ans que je fréquente
ces contrées, qui m'a donné une parfaicte cognoissance tant par
expérience & le rapport que m'ont faict les habitans de ces
contrées. Monseigneur, pardonnez s'il vous plaise à mon zèle,
si je vous dy que, aprés que vostre renommée s'est estendue en
Orient, que la fassiez achever de cognoistre en l'Occident,
36/1448 comme elle a très prudemment commencé à chasser l'Anglois de
Québec, lequel neantmoins, depuis les traictez de paix faict
entre les couronnes, vient encore traicter & troubler en ce
fleuve, disant qu'il leur a esté enjoinct d'en sortir, mais non
d'y rester, & pour ce ont congé de leur Roy pour trente ans.
Mais quand vostre Eminence voudra, elle leur pourra encore
faire ressentir ce que peult vostre authorité, qui se pourra
encore estendre, s'il luy plaise, à ce subject qui se presente
en ces lieux, à faire une paix générale parmy ces peuples, qui
ont guerre avec une nation qui tiennent plus des quatre cents
lieues en subjection, qui faict que les rivieres & les chemins
ne sont libres. Que si ceste paix se faict, nous jouyrons de
tout & facilement: ayans le dedans des terres, nous chasserons,
& constraindrons nos ennemis tant anglois que flammands, à se
retirer sur les costes, en leur ostant le commerce avecque
lesdicts Iroquois, ils seront constraincts d'abandonner le
tout. Il ne fault que cent vingt hommes armez à la légère, pour
esviter les flesches; ce que ayant, avec deux ou trois mille
Sauvages de guerre nos alliez, dans un an on se rendra maistres
absolus de tous ces peuples, en y apportant l'ordre requis, &
cela augmentera le culte de la religion, & un trafic
incroyable. Le païs est riche en mines de cuivres, fer, acier,
potin, argent & aultres minéraux, qui s'y peuvent rencontrer.
Monseigneur, le coust de six vingts hommes est peu à sa
Majesté, l'entreprinse honorable autant qu'il se peult
imaginer.
Le tout pour la gloire de Dieu, lequel je prye de tout mon
coeur vous donner acroissement en la prosperité de vos jours, &
moy d'estre tous les temps de ma vye,
Monseigneur,