Messrs.
Je me remets à respondre à l'agréable vostre que m'a rendu le
Sr Alexandre à son retour, qui j'espere sera en bref. Cependant
vostre homme Mr Lowe n'est comparu icy, qui certes est venu
fort mal à propos, car de luy on eust peu estre esclaircy de
beaucoup de doutes qui ont rendu vos affaires avantageuses pour
Decan & préjudiciables pour vous; toutesfois je vous asseure
qu'on a faict tout ce qui a esté possible, & que ce qui est
accordé conste hors des depositions fort clairement. Il y a
deux points esquels on a trouvé le plus de peine, l'un la
pretension de Decan d'estre payé de ses Castors à 12 £. 10.
selon qu'il les avoit enchery & acheptez, à quoy après beaucoup
d'altercations on a esté forcé de céder par l'exhibition d'un
acte de Messeigneurs du Conseil privé de S. M., auquel est
contenue vostre promesse de faire bon ledit prix ou en porter
le dechet comme pouvez voir par ledict acte qui est du 22
Janvier 1628/29 auquel je vous remets. L'autre pour le poids
des Castors, car le Sr Fitch dit bien d'avoir vendu lb. 4000 de
Castors & 200 Castors, mais nous remet pour le nombre des
Castors au seigneur Bicher, lequel atteste avoir compté 3500
peaux en un magasin & 620 en un autre, les reduisant à 2409 &
33l Castors compte de Canada, ne disant pas sy les 2409 pesent
seuls lb. 4000 ou bien si tous les 2740 pesent 4000 lb. Cecy me
met en doubte, & ne sçavons comme le reigler. Decan prétend que
Fitch n'a enlevé que les 3500 peaux ou 2409 Castors qui
estoyent en son magasin, lesquels doibvent peser 4000 lb poids
d'Angleterre, les autres 331, n'ayant esté en sa puissance ny
les avoir vendus. En quoy il y a de l'apparence de raison, mais
non pas assez pour la pouvoir tellement refuter ny accorder que
ce soit selon l'equité. Nous devons nous trouver ensemble
aujourd'huy pour voir ce qu'il pourra alléguer pour vérifier
son dire. Mais sy vostre homme eust esté icy on eust peu voir &
24/1436 sçavoir les particularitez de tout, & traicter avec luy avec la
solidité & resolution qui est requise pour rembarrer son
audace. La faute est à vous qui n'avez pourveu Monsr.
l'Ambassadeur de meilleures defences, vous asseurant que toutes
les armes qu'avez envoyées ont esté employées sans obmission
d'aucune part qu'on aye peu esplucher pour vostre advantage;
vous verrez le tout à son temps, à quoy me remets.
Préparez vous à partir & soyez les premiers en toute façon pour
prendre l'advantage de la traicte à Tadoussac; n'allez pas trop
foibles ny aussy ne vous mettez en despences extraordinaires,
afin que puissiez faire le voyage à profit & sans perte. Il
faut que vous voyez de prendre ordre aux Interlopers, car cela
vous gasteroit tout pour ceste année; pour les suivantes, que
ceux à qui il touche y prennent esgard. J'ay trouvé bon de vous
donner cest advis par avance, & vous baisant les mains je
demeure Messieurs
Vostre affectionné serviteur,