Sire,
Voicy un troisiesme livre contenant le discours de ce qui s'est
passé de plus remarquable aux voyages par moy faits en la
nouvelle France, à la lecture duquel j'estime que V. M. prendra
un plus grand plaisir qu'aux précédents, d'autant qu'iceux ne
designent rien que les ports, havres, scituations,
déclinaisons, & autres matières plus propres aux Nautonniers, &
Mariniers, que non pas aux autres. En celuy-cy vous y pourrez
remarquer plus particulièrement les moeurs & façons de vivre de
ces peuples, tant en particulier que générale leurs guerres,
munitions, façons d'assaillir, & se desfendre, leurs
expéditions, retraicte en plusieurs particularités, servant à
contenter un esprit curieux; Et comme ils ne sont point tant
sauvages, qu'avec le temps, & la fréquentation d'un peuple
civilizé, ils ne puissent estre rendus polis: Vous y verrés
pareillement quelle & combien grande est l'esperance que nous
avons de tant de longs & pénibles travaux que depuis quinze ans
nous soustenons, pour planter en ce pais l'estendart de la
Croix, & leur enseigner la cognoissance de Dieu, & gloire de
son Sainct Nom, estant nostre desir d'augmenter la Charité
envers ses miserables Créatures, qui nous convient supporter
iv/484 patiemment plus qu'aucune autre chose, & encore que plusieurs
n'ayent pas pareil dessein, ains que l'on puisse dire que le
desir du gain est ce qui les y pousse: Neantmoins on peut
probablement croire que ce sont des moyens dont Dieu se sert
pour plus faciliter le sainct desir des autres: Que si les
fruicts que les arbres portent sont de Dieu, à celuy qui est
Seigneur du Sol, ou ils sont plantez, & qui les a arrousez, &
entretenus, avec un soing particulier, V. M. se peut dire
légitime Seigneur de nos travaux, & du bien qui en reussira,
non seulement pour ce que la terre vous en appartient, mais
aussi pour nous avoir protegé contre tant de sortes de
personnes qui n'avoyent autre desseing qu'en nous troublant
empescher qu'une si saincte délibération ne peust reussir, &
nous ostant la permission de pouvoir librement negotier, en
partie de ses païs, & mettre le tout en confusion, qui seroit
en un mot tracer le chemin pour tout perdre, au prejudice de
vostre estat, vos sujects ayant employé à cet effect tous les
artifices dont il se sont peu adviser, & tous les moyens qu'ils
ont creu nous y pouvoir nuire, qui tous ont esté loués par V.
M. assistée de son prudent Conseil, nous authorisant de son
nom, & soustenants par ses arrests qu'elle a rendus à nostre
faveur. Cest un occasion pour accroistre en nous le desir
qu'avons dés long-temps d'envoyer des peuplades & colonnies par
delà, pour leur enseigner avec la cognoissance de Dieu, la
gloire & les triomphes de V. M. de faire en sorte qu'avec la
langue Françoise ils consoivent aussi un coeur, & courage
françois, lequel ne respirera rien tant aprés la crainte de
Dieu, que le desir qu'ils auront de vous servir: Que si nostre
desseing reussit, la gloire en sera premièrement à Dieu, puis à
V. M. qui outre mille benedictions quelle en recevra du Ciel,
v/485 en recompense de tant d'âmes ausquelles elle en donnera par ce
moyen l'entrée, son nom en sera immortalisé pour avoir porté la
gloire, & le sceptre des François, autant en Occident que vos
devanciers l'ont estendu en Orrient, & par toute la terre
habitable: ce fera augmenter la qualité de Tres-Chrestien qui
vous appartient par dessus tous les Rois de la terre, & montrer
qu'elle vous est autant deue par mérite, comme elle vous est
propre de droit, ayant esté transmise par vos predecesseurs
depuis qu'ils se l'acquirent par leurs vertus, d'avoir voulu
embrasser avec tant d'autres importans affaires le soing de
celle-cy grandement négligée par cy-devant, estant une grâce
specialle de Dieu d'avoir voulu reserver sous vostre regne
l'ouverture de la prédication de son Evangille, & la
cognoissance de son Saint Nom à tant de nations qui n'en
avoient jamais ouy parler, qu'un jour Dieu leur fera la grace,
comme nous, de le prier incessamment qu'il accroisse son
empire, & donne mille benedictions à vostre Majesté._