MARIA ET FRANCISCE TVTELARES MEI

et c'est un des changements les plus importants qui aient signalé le

passage du paganisme au catholicisme. On s'est amusé à rédiger les

fastes du christianisme d'après les oeuvres oratoires et de parade des

théologiens: et ainsi on a obtenu l'histoire de l'évolution de l'idée

religieuse dans les cerveaux, relativement supérieurs, des maîtres du

peuple; mais l'histoire de la religion populaire serait bien différente,

et c'est la seule qui compte, puisque la religion est un besoin

enfantin, puisque les créances religieuses des maîtres du peuple ont

finalement abouti au scepticisme cartésien. Si l'on entreprenait une

véritable histoire du catholicisme romain, d'abord on ne tiendrait nul

compte de la réforme, qui n'est qu'un arrêt de développement ou une

régression; le protestantisme trouverait place dans l'histoire de la

philosophie, où il forme le parti réactionnaire, bien plus que dans

l'histoire de la religion dont il a déformé les vrais principes; cette

question écartée, on remonterait aux plus anciennes religions connues

dont le romanisme peut réclamer l'héritage, jusqu'aux Phéniciens,

jusqu'aux Égyptiens et, çà et là, très loin, jusqu'au coeur des plus

vieilles superstitions asiatiques. En suivant les métamorphoses des

croyances, on devrait parler de Jésus, sans doute, mais pas plus que

de Bacchus, d'Isis ou de Mithra: il y a autant que de christianisme,

du bacchisme, del'isiacisme et du mithriacisme dans le catholicisme

populaire, tout cela greffé ingénument sur l'arbre aux nobles branches

du vieux Panthéon romain. Comme nous avons reçu la langue, nous avons

reçu la religion du Latium; c'est au delà de l'Empire romain, et

seulement au delà, que le Christianisme juif a pu s'établir et vivre.

Les pays aujourd'hui protestants ont toujours été chrétiens; les pays

aujourd'hui catholiques ont toujours été romains ou gréco-romains; un

atlas historique rend très sensible cette vérité méconnue.

La culture des idées · 第 26 / 64 题