Ce 8 septembre.
Ne soyez pas trop sévère; ayez pitié de votre pauvre ami. Je ne suis
plus le même: ou j'éprouve le bonheur le plus vif, ou je suis abîmé de
douleur; tout est passion pour moi. -- Adèle gardait la chambre;
j'étais dévoré d'inquiétude; je craignais qu'elle ne fût menacée de
quelque maladie violente. Je ne la voyais pas; je croyais que je ne
devais plus la revoir; son tombeau était devant mes yeux; je voulais
mourir. Hé bien! elle n'était seulement pas malade; c'était un caprice,
ou l'envie de me tourmenter, et d'essayer son empire. Mon ami! est-ce
que je serai comme cela long-temps?
Ce matin, ne m'étant pas couché, ayant passé la nuit à écouter, à
expliquer le moindre bruit, à huit heures j'ai entendu ouvrir son
appartement. J'y ai couru aussitôt pour demander de ses nouvelles. Sa
femme de chambre n'avait point refermé la porte; jugez de mon
étonnement! Adèle était levée; elle paraissait triste, mais tout aussi
bien qu'à l'ordinaire. Dès qu'elle m'a aperçu, son visage s'est
animé.... _Que voulez-vous, monsieur? laissez-moi_, m'a-t-elle dit;
_laissez-moi, je ne veux voir personne_. -- Ses femmes étaient
présentes; tremblant, je me suis retiré. Elle a fait signe à une
d'elles de fermer la porte sur moi; j'ai regagné ma chambre, et me suis
perdu en conjectures. Qu'est-il arrivé? Qu'ai-je fait? Que peut-on lui
avoir dit de moi? Serait-ce de la jalousie? ô Dieu! de la jalousie! Que
je serais heureux! Ce qui est sûr, c'est qu'elle n'est point malade.